Louis Vuitton Classic 2000

A l’occasion de l’an 2000, le concours "Automobiles Classiques et Louis Vuitton" change de nom et devient Louis Vuitton Classic. Il rejoint ainsi la famille des autres Louis Vuitton Classic organisés à Londres (au Hurlingham Club) et à New York (au Rockfeller Center).

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La femme et l'automobile

Gilles Bonnafous le 09/09/2000

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Modernes aphrodites et voitures de rêve ont toujours fait bon ménage et par la splendeur de ses formes, l'automobile a de tout temps été associée à l'élégance et au charme féminins. Très tôt toutefois, des émules de George Sand ne se sont pas satisfaites de ce rôle galant et ont tenté de se faire une place dans le monde très viril de l’automobile. C’est l’époque où quelques intrépides à la forte personnalité s’approprient le statut de pionnières. Si ces audaces de marginales ouvrent des brèches et montrent la voie, elles défraient aussi la chronique. Mais à l’image des aviatrices, elles font avancer " la cause des femmes ".

De la garçonne des Années Folles... Motorlegend.com

...aux héroïnes du film Thelma et Louise, les femmes prennent les commandes de leur destin. Motorlegend.com
Les premières héroïnes

C’est à la naissance même de l’automobile que le beau sexe a apporté sa contribution, lorsque Carla Benz et Madame Levassor jouent un rôle de premier plan dans la réussite de leurs pionniers de maris.

La première automobiliste française officiellement reconnue comme telle est la duchesse d’Uzès. Féministe active, cette personnalité de la vie politique, artistique et mondaine reçoit en1898 son " brevet " de conductrice. En 1903, Madame Camille du Gast est la première femme à s’engager dans une compétition automobile, en l’occurrence la terrible course Paris-Madrid. Alors qu’elle occupe la huitième place sur une de Dietrich, elle compromet ses chances pour sauver la vie d’un concurrent anglais gravement blessé au cours d’un accrochage. Malgré ce geste généreux, sa hardiesse choque les mentalités de l’époque et provoque des réactions d’hostilité. L’année suivante, l’Automobile Club de France lui interdit de s’inscrire à la Coupe Gordon Bennett. C’en est fait de la participation féminine aux courses automobiles et il faudra attendre 1926 pour que soit créé l’Automobile Club féminin, placé sous la présidence de la duchesse d’Uzès.

Si la Première Guerre mondiale, véritable point de départ de leur émancipation, voit les femmes prendre la place des hommes dans les usines, elle les installe également au volant des ambulances, voire des autobus. Avec les Années Folles et la mode des " garçonnes " naît un nouvel idéal, celui de la femme moderne et sportive. Les vedettes de cinéma et les artistes de music-hall donnent l’exemple, à l’image de Mistinguett qui roule en torpédo Delage et de Joséphine Baker qui possède une Voisin. Même les Sœurs de l’Assomption assurent le ravitaillement des hospices en Citroën 10.
C’est en 1929 que le comte de Rohan-Chabot crée le célèbre rallye Paris-Saint-Raphaël. Première grande classique féminine, l’épreuve réunit une cohorte d’aristocrates, comtesses et baronnes. Amazones modernes, Miss Betty Haig, Yvonne Simon ou l’aviatrice anglaise Amy Johnson s’y illustreront au volant de leurs Bugatti, Delahaye, Voisin et autres Amilcar.


Ces deux élégantes présentent lors d'un concours d'élégance un cabriolet Delahaye 135 M Franay. D.R

Marlène Dietrich et sa somptueuse Cadillac. D.R
Glamour et huile de ricin
Age d’or des concours d’élégance, l’entre-deux-guerres flatte l’alliance de la grâce féminine et du design automobile, notamment lors des défilés de mode associés aux présentations des grands carrossiers. A ces cortèges d’apparat fait écho le glamour mis en scène par le septième art, où voitures de légende et stars adulées alimentent les rêves inaccessibles des spectateurs. Prolongeant le mythe de l'écran à la ville, les vedettes d’Hollywood roulent dans de somptueuses Packard, Cadillac ou Rolls Royce, à l’image de Jean Harlow, Gloria Swanson et Marlène Dietrich.

Parallèlement à cette débauche de luxe et de sophistication, éclot une étonnante floraison de pilotes au féminin, à l’instar de la Tchèque Elisabeth Junek qui court sur Bugatti. Autre figure de l’époque séduite par la marque de Molsheim, la très parisienne Hellé Nice s’illustre également en Grands Prix. Et en 1937, une équipe de quatre rallywomen bat vingt-cinq records de vitesse sur l’autodrome de Montlhéry au volant d’une Matford. Vous avez dit sexe faible ?

C’est en 1925 que des femmes s’inscrivent pour la première fois au rallye de Monte-Carlo, désertant le rôle de passagère auquel elles s’étaient jusqu’alors cantonnées. Et pour un coup d’essai, l’une d’entre elles, Mme Mertens sur Lancia, manque la victoire de cinq points. Prenant leurs habitudes dans le rallye au cours des années trente, certaines concurrentes enlèvent à plusieurs reprises les places d’honneur du classement général.

Michèle Mouton D.R

Michèle Mouton D.R
Des 24 Heures du Mans à la F1

Cette tendance se confirme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec l’apparition de vraies pilotes professionnelles. Annie Soisbault, Claudine Trautmann et Pat Moss s’illustrent en rallyes, Marie-Claude Beaumont en catégorie Sport, notamment aux 24 Heures du Mans.Brisant un tabou, deux Italiennes osent défier les hommes dans le sanctuaire de la course automobile, la Formule 1 : Maria-Teresa de Filippis sur Maserati dans les années cinquante et, vingt ans plus tard, Maria Grazia, dite " Lella ", Lombardi sur March Ford. Cette dernière demeure la seule femme à avoir marqué des points dans le championnat du monde en terminant sixième du Grand Prix d’Espagne en 1975. Dans un registre différent, d’autres manifestent une remarquable audace d’aventurières, comme ces quatre jeunes femmes qui, au volant de deux Renault 4, rallient l’Alaska à la Terre de Feu en 1965.

De cet aréopage de femmes casquées, un nom sort du lot, celui de Michèle Mouton. Souhaitant se positionner très au-delà du classement de la Coupe des Dames, ersatz galant de palmarès, Michèle Mouton a réussi à se hisser sur l’Olympe de la course automobile : vice-championne du monde des rallyes sur Audi Quattro, elle a remporté quatre victoires — ainsi qu’un triomphe à Pike's Peak dans le Colorado. En un siècle de compétition, toutes catégories confondues, la championne est la seule femme à s'être élevée au niveau des meilleurs pilotes. Et à les avoir battus.

Anne Assensio D.R
Vers des voitures signées par des femmes

Les dernières décennies ont été marquées par le poids grandissant des femmes sur le marché de l’automobile. Certains modèles doivent même une large part de leur succès à la gent féminine. La Mini en fournit une illustration exemplaire. Qui plus est, la voiture à réussi le tour de force de séduire toutes les femmes. Car la Minimania a touché toutes les couches de la société. Bourgeoises des beaux quartiers ou employées des banlieues populaires, toutes ont craqué pour la puce géniale. Ainsi, la Mini a été la première voiture à laquelle les femmes se sont réellement identifiées. Se l’appropriant, elles en ont même fait un symbole de la femme moderne.

Le siècle s’achève par une évolution majeure. Porteuse de germes décisifs pour l’avenir, une tendance s’est fait jour : l’émergence du rôle des femmes dans la conception des automobiles. Cette innovation — qui va bien au-delà du choix des matériaux de l’habitacle, secteur depuis longtemps confié aux femmes — tend à prendre en compte les besoins et les désirs de celles qui représentent aujourd’hui une part très importante du marché. Ainsi, l’influence du " deuxième sexe ", cher à Simone de Beauvoir, se révèle grandissante dans le marketing et le design, extérieur comme intérieur. Déjà, de grands constructeurs ont confié à des femmes la responsabilité d’une gamme de produit, à l’instar d’Anne Assensio, qui était il y a encore peu de temps responsable design du segment M1 chez Renault, et de Rose Mary Farenden, chef de projet de la Ford Focus. A terme, l’avenir de l’automobile relèvera sans doute d’une responsabilité partagée entre les deux sexes débouchant sur un enrichissement du produit.
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