Saga Porsche

Interview de Norbert Wagner (Sonauto)

Gilles Bonnafous le 01/01/2004

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Toto Veuillet vainqueur de la classe 1100 cm3 aux 24 Heures du Mans de 1951
Toto Veuillet vainqueur de la classe 1100 cm3 aux 24 Heures du Mans de 1951 D.R
Norbert Wagner
Norbert Wagner D.R
La France est étroitement associée aux premiers pas de Porsche. Grâce à l'action d'un importateur passionné, Auguste Veuillet, et à la première victoire en course de la marque, c'était aux 24 Heures du Mans de 1951.

Auguste, dit Toto, Veuillet créé Sonauto en 1947. Ce n'est alors qu'un magasin de vente de voitures d'occasion installé rue La Boétie à Paris. En 1950, un peu par hasard, il est contacté par un ami pour importer une nouvelle marque, Porsche.

Charles Pozzi nous a confié il y a quelques années qu'Auguste Veuillet lui avait proposé de s'associer avec lui. Mais il déclina l'invitation car il ne croyait pas aux chances d'une telle aventure. Il estimait que l'on était encore trop près de la guerre, considérant par ailleurs, et non sans raison, que la 356, qu'il avait longuement essayée, " tenait la route comme une savonnette "

Auguste Veuillet s'engage donc seul aux côtés de Ferry Porsche et devient en 1951 le premier importateur officiel Porsche - après avoir exposé la 356 au salon de Paris de 1950. Par la suite, la marque prendra la majorité du capital de Sonauto (en 1969). Entré dans l'entreprise comme adjoint d'Auguste Veuillet en 1971, Norbert Wagner devient deux ans plus tard président de la société, qui, la même année, devient une filiale à 100% de Porsche.

Nous avons rencontré Norbert Wagner, Président de Porsche-Sonauto de 1973 à 1996 et petit-neveu de Ferdinand Porsche, et lui avons demandé d'évoquer trente ans de souvenirs de la présence Porsche en France.
La 356 aluminium aux 24 Heures du Mans de 1951
La 356 aluminium aux 24 Heures du Mans de 1951 D.R
La 356 aluminium aux 24 Heures du Mans de 1951
La 356 aluminium aux 24 Heures du Mans de 1951 D.R
Motorlegend : Parlez-nous de ces premiers faits d'armes que constitue la victoire de classe aux 24 Heures du Mans 1951. Il s'agissait d'une 356 en aluminium et roues carénées, qui faisait partie de la cinquantaine de coupés (1100 cm3) construits à Gmünd en 1948 et 1949.

Norbert Wagner : Porsche et Auguste Veuillet avaient engagé trois coupés. Une aventure qui représentait un budget très important pour la petite entreprise qu'était alors Porsche et qui avait fort mal débuté. Les voitures étaient venues de Stuttgart par la route et lors du voyage l'une d'elle fut accidentée. La malchance poursuivant l'équipe, une seconde le fut pendant les essais préliminaires à la course : le circuit n'étant que partiellement fermé, un homme traversa la piste en vélo au moment où passait von Graffenried, l'un des pilotes de l'écurie. Ne restait donc plus qu'une seule voiture, celle de Toto Veuillet associé à son complice de toujours, Edmond Mouche. Auguste Veuillet m'a raconté que lors d'un arrêt au stand vers la septième heure, il manifesta sa fierté d'avoir réalisé le tour le plus rapide dans sa catégorie : inquiet, Ferry Porsche lui répondit : " Roulez doucement, c'est la dernière des trois voitures que je vous ai apportées. Ce n'est même pas la peine de gagner, il faut avant tout terminer ". Reparti avec cette lourde responsabilité sur les épaules, Toto Veuillet tint jusqu'au bout et remporta la classe des 1100 cm3.
Ferry Porsche, Auguste Veuillet et Jean Daninos au salon de Paris
Ferry Porsche, Auguste Veuillet et Jean Daninos au salon de Paris D.R
Norbert Wagner
Norbert Wagner Motorlegend.com
Motorlegend : Cette époque héroïque est aussi celle des premiers pas commerciaux de la marque en France.

Norbert Wagner : Dans la première moitié des années cinquante, Auguste Veuillet ne distribuait que quelques dizaines de voitures par an. Les clients étaient des gens assez fortunés - surtout des professions libérales -, plus quelques uns qui épargnaient pour s'acheter une Porsche. Tous étaient des passionnés, qui utilisaient leur voiture en semaine et dont certains participaient à des courses le week-end. Avec la notoriété croissante de la marque et ses succès en compétition, le volume des ventes a augmenté tout en demeurant néanmoins modeste. C'est en 1968 que Sonauto s'est installé dans de nouveaux locaux à Levallois, avant de déménager beaucoup plus tard (en 1981) dans de vastes installations situées à Saint-Ouen l'Aumône dans le Val d'Oise.

Motorlegend : Quel a été l'incidence des modèles à moteur avant et quatre cylindres, considérés par les puristes comme les vilains canards de Zuffenhausen, sur les ventes Porsche en France ?

Norbert Wagner : La 924 (d'abord équipée d'un moteur Audi, puis d'une mécanique Porsche) et la 944 ont permis à des clients moins fortunés de s'offrir la griffe Porsche. Ces quatre cylindres ont ouvert la marque à une clientèle qui lui échappait à cause du renchérissement du prix de la 911. Ainsi a-t-on a pu sortir du caractère très exclusif de la 911 et accroître notablement le volume des ventes en France. Nous sommes passés d'un chiffre annuel de 300 à 400 ventes jusqu'à près de 2000 pour les meilleures années. J'ajouterai un autre élément qui a contribué à cette ouverture vers une nouvelle clientèle, c'est la promotion que l'on a organisée des Porsche d'occasion. Aidés par la réputation de fiabilité de la marque, nous avons mis en avant l'idée de la Porsche d'occasion comme première Porsche - la proposition était évidemment assortie d'un système de garantie.
Les ateliers de Levallois
Les ateliers de Levallois D.R
Ferry Porsche, Norbert Wagner et l'équipe Sonauto
Ferry Porsche, Norbert Wagner et l'équipe Sonauto D.R
Motorlegend : J'allais presque dire surtout, cet accroissement des ventes, lié à l'association avec Mitsubishi, vous a permis de construire un vrai réseau.

Ferry Porsche, Norbert Wagner et l'équipe Sonauto Norbert Wagner : Effectivement, c'est un élément essentiel. Dans la plupart des pays, le réseau Porsche était associé à Volkswagen. Sauf en France. Il n'y avait donc pas chez nous de réseau Porsche homogène, les concessionnaires représentaient plusieurs marques : Fiat, BMW, Opel, Volvo, et même Volkswagen avec le lancement de la 914 qui était une VW-Porsche. De sorte que Porsche passait loin derrière, compte tenu du modeste volume des ventes. En associant Porsche à Mitsubishi, une marque non concurrente, j'ai enfin pu monter un réseau exclusif Sonauto-Porsche et Mitsubishi. Ce rapprochement, qui dans un premier temps suscita quelques réserves du côté de Stuttgart, est resté un cas unique au monde. Quand j'ai repris Sonauto en 1973, 85 concessionnaires distribuaient un volume d'environ 300 voitures. En 1982, 53 concessionnaires exclusifs Porsche-Mitsubishi écoulaient 2000 Porsche. Quant au chiffre d'affaires de l'entreprise, il est passé de 100 millions de francs en 1973 à 4,6 milliards de francs en 1996 (en incluant des activités supplémentaires comme l'importation des Seat).

Motorlegend : Quels étaient à l'époque les principaux concessionnaires Porsche ?

Norbert Wagner : Sonauto Levallois réalisait 30% des ventes françaises (la région parisienne représentant à elle seule 40% du volume total). En province, parmi les meilleurs, je citerai Cachia à Fréjus, Simon à Nice, Philippe à Lille, Hess à Strasbourg, Egrétaux à Bordeaux, etc.

Motorlegend : Quel a été l'accueil réservé à la 928 ?

Norbert Wagner : La 928 a été un succès, même si le modèle a été contesté. C'était une merveilleuse voiture. Jackie Stewart m'a dit un jour : " C'est le meilleur compromis entre une voiture de sport et une berline confortable ". Elle a séduit ceux qui souhaitaient rouler en Porsche, conserver l'esprit Porsche tout en profitant du confort des coupés Mercedes.
Les ateliers de Levallois
Les ateliers de Levallois D.R
Porsche 928 Coupé
Porsche 928 Coupé D.R
Motorlegend : Qui achetait la 928 en France ?

Norbert Wagner : Quelques clients 911 sont venus à la 928, attirés par le confort. Mais la voiture a surtout concerné une nouvelle clientèle tout à la fois conquise par sa ligne, son confort et l'espace qu'elle offrait (c'est une 2 + 2). On sortait clairement de la clientèle classique de la 911. La voiture avait sa place. Il faut dire qu'elle bénéficiait d'un design exceptionnel. Mais elle fut desservie par une conjoncture internationale défavorable. En cette période de crise économique, il était mal vu de rouler dans une telle voiture.

Motorlegend : Ce n'était pas le cas de la 911.

Norbert Wagner : La 911 s'est élevée au rang de mythe et elle n'a jamais été prise pour une voiture de frimeur. Je vais vous conter une anecdote qui me paraît significative. Lorsque je me rendais à mon bureau de Levallois, je passais près de l'usine Citroën où l'on construisait la 2 CV. Je conduisais parfois des 911 un peu spéciales et, en m'arrêtant pour permettre aux ouvriers de traverser la rue, il est arrivé plusieurs fois que l'un d'entre eux s'approche de la voiture et me lance : " Bravo, je te félicite pour ta bagnole. Est-ce qu'elle a couru au Mans ? ". La 911 n'a jamais provoqué l'agressivité, elle a toujours inspiré le respect. De même, combien de fois je me suis fait arrêter par les gendarmes, pensant que j'avais fait un excès de vitesse. Ils voulaient juste regarder de près la voiture. Un jour, je leur ai dit " Vous devriez demander à vos supérieurs de s'inspirer de ce qui se fait en Allemagne, où la police est équipée de Porsche sur les autoroutes… ".
Porsche 911 Coupé
Porsche 911 Coupé D.R

Motorlegend.com
Motorlegend : Parmi vos clients, vous aviez un certain nombre de personnalités françaises. Pouvez-vous en citer quelques-unes.

Norbert Wagner : J'évoquerai d'abord la mémoire de Jean Behra, grand pilote Porsche et ami de la marque, ainsi que celle de Claude Storez. Georges Pompidou était également amateur de Porsche. Quand il fut nommé Premier Ministre, certains lui reprochèrent de rouler dans une voiture allemande. Il fit donc dire que la voiture appartenait à sa femme ! Et c'est elle qui venait au garage pour l'entretien. Chez les hommes politiques, je citerai également Maurice Herzog, et chez les artistes Jean-Louis Trintignant. Lors d'une de ses visites au garage de Levallois, il s'arrêta devant une 911 qui m'appartenait. C'était une voiture que j'avais fait peindre dans une couleur spéciale, elle était arrivée la veille. La voiture lui a plu et je lui ai cédée. Parmi les acteurs, je me souviens de Cécile Aubry, Michel Piccoli, Brigitte Bardot, Claude Brasseur, et chez les chanteurs Sacha Distel et Johnny Hallyday, qui posséda plusieurs 911 Turbo. Sans oublier l'écrivain Pierre Daninos, frère du créateur des Facel.
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Commentaires

avatar de patgau
patgau a dit le 29-01-2016 à 20:27
ok d accord avec yulbry de très bons souvenirs en tant que reponsable pieces de rechange a sonauto sorgues et commercial pieces sous l egide de monsieur ille durant 3 ans
avatar de Carl914/6
Carl914/6 a dit le 17-08-2014 à 16:37
Yulbry.I sent you a PM.
avatar de yulbry
yulbry a dit le 24-06-2014 à 17:17
j'ai été dans le domaine automobile pendant 36 ans et seulement 5 ans cadre comml SONAUTO et la "boite"(le bunker)et le boss(N.WAGNER)ont été ceux qui m'ont laissé le meilleur souvenir . RESPECTS norbert ..nous avons le mème age ..75/76..nous sommes plusieurs a penser çà de vous et de sonauto. Tout celà va sans dire mais MIEUX en le disant.on's'téléphone on's'fait 1 bouffe...quand vous le voulez! charles couradjut.
avatar de grigris
grigris a dit le 15-08-2013 à 18:22
je viens d'acheter une porsche 997 de 2005 le livre de bord qui explique les divers fonctionements de LA porsche son en italien je voudrais un livre de bord en FRANCAIS si possible me l'envoiyer à l'adresse suivante. MONSIEUR POIRET JEAN-PIERRE 10 RUE DE L'EGLISE. 02700 FRIERES-FAILLOUEL. je vous remerçie à l'avance. Jean-Pierre.