Saga Porsche

Interview de Klaus Bischof (musée Porsche)

Gilles Bonnafous le 01/01/2004

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Soucieux de mettre en valeur son patrimoine, Porsche a créé une collection, dont une partie est exposée dans le musée de la marque, situé au cœur du site historique de Zuffenhausen. C'est là que nous avons rencontré Klaus Bischof, Directeur du musée. Nous lui avons demandé dans quel l'esprit est conçue la collection Porsche et les objectifs qu'il assigne à son musée.
Klaus Bischof
Klaus Bischof Motorlegend.com

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Motorlegend : Quel est l'historique du musée ?

Klaus Bischof : Le tout premier musée Porsche fut installé dans une ancienne blanchisserie située à Korntal, à cinq kilomètres de Zuffenhausen. C'était en 1970 et il n'était pas ouvert au public. Il n'abritait que cinq voitures, parmi lesquelles se trouvait la première Porsche, le roadster de 1948. Après ces débuts modestes, le musée s'installa en 1976 au cœur de l'usine, où il se trouve aujourd'hui, et il ouvrit au public avec une collection d'environ 25 véhicules. A partir de 1981, il franchit une nouvelle étape sous la direction de M. Schneider, avec une présentation améliorée. A cette date, il fut également intégré au Département des Relations Publiques. Pour ma part, je le dirige depuis 1993.

Motorlegend : Quel est votre parcours professionnel chez Porsche ?

Klaus Bischof : Je suis rentré chez Porsche en 1968 comme mécanicien de course, d'abord à Zuffenhausen, puis à Weissach à partir de 1972. Je suis devenu ingénieur compétition au début des années 80, et j'ai travaillé jusqu'au début de la décennie 90 sur les 956 et 962 Groupe C.


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Porsche 356 Speedster
Porsche 356 Speedster Motorlegend.com
Motorlegend : Quelle est la philosophie de la collection et du musée qui en est l'émanation ?

Klaus Bischof : Le musée a pour objectif de présenter une sélection des modèles de production, des voitures de course, ainsi que plusieurs réalisations de Ferdinand Porsche. Sont également exposés quelques véhicules marginaux de la marque. Quant à la collection complète, elle est riche de près de 350 voitures, dont 80 sillonnent le monde. Elles sont présentées dans des show-rooms, des musées et lors de diverses manifestations. Tout le monde ne peut venir à Stuttgart visiter notre musée. Nous allons donc vers les gens. Mais j'insiste sur le fait que toutes les voitures sont en état de fonctionnent. La collection Porsche est une collection qui roule. Du reste, nous confions fréquemment nos voitures à d'anciens pilotes Porsche comme Jochen Mass ou Walter Röhrl. Au cours des six derniers mois, nous avons envoyé six voitures en Australie, où elles ont couru aux mains de Bob Wolleck et de W. Schuppan. Nous avons également participé à une grande exposition à Milan en présentant douze voitures, ainsi qu'en Argentine et au Mexique. Et nous avons prêté plusieurs véhicules au musée de Sinsheim.
Eclaté de Porsche 911
Eclaté de Porsche 911 Motorlegend.com
718 Formule 2
718 Formule 2 Motorlegend.com

Motorlegend : Les dimensions du musée sont encore modestes. A quand un grand musée Porsche digne de la glorieuse histoire de la marque ?

Klaus Bischof : En effet, nous avons besoin d'un espace beaucoup plus vaste pour exposer un plus large échantillon des modèles de compétition qui ont remporté les plus grandes courses. Un nouveau musée, plus représentatif de l'histoire Porsche, est dans les projets du docteur Wiedeking. J'espère que l'idée se concrétisera dans un futur proche.

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Motorlegend : Comment concevez-vous votre politique de restauration ?

Klaus Bischof : Nos voitures sont pour l'essentiel restaurées dans nos propres ateliers, à l'image du roadster de 1948, que nous avons remis à neuf il y a cinq ans pour le cinquantième anniversaire de la marque célébré en 1998. La voiture fut envoyée aux Etats-Unis, où elle fut la vedette du célèbre show de Monterey. Malheureusement, elle y fut gravement endommagée en tombant d'un chariot élévateur et elle dut retourner dans nos ateliers. Actuellement, j'ai trois voitures en restauration au département course de Weissach, là où elles ont été conçues et construites : une 804 de Formule 1, une 908, qui remporta la Targa Florio en 1969 (présentée à la nouvelle Targa courue en VHC), et un exceptionnel prototype sur lequel on ne sait pas grand-chose. Il s'agit d'une voiture dessinée en 1959 par Ferdinand Alexandre Porsche (l'un des fils de Ferry Porsche). Elle a la particularité d'être une quatre places. Conçue sur la base de la 356, elle possède une proue qui annonce la 911. Son moteur est un Carrera 4 cylindres à quatre arbres à cames en tête. Je m'attache à restaurer les modèles les plus marquants ou les plus rares, pas seulement pour les exposer mais pour les faire rouler. Notre objectif est de donner satisfaction à tous les passionnés de la marque, et ils sont nombreux, comme j'ai pu le constater partout à travers le monde.

Motorlegend : Parmi les voitures exposées ici, vous m'avez confié avoir un faible pour l'Austro-Daimler Sascha, une voiture de course de 1922.

Klaus Bischof : C'est effectivement l'une de mes favorites, car elle permet de se rendre compte à quel point la compétition automobile était à cette époque un sport physique et dangereux. Alfred Neubauer, qui, plus tard, sera le légendaire directeur de course de Mercedes la pilota. Il était alors un peu moins corpulent ! S'installer au volant de cette voiture, c'est prendre la mesure des difficultés auxquelles les pilotes étaient confrontés en ces temps héroïques.

Motorlegend : Grande voiture de Ferdinand Porsche, la Cisitalia de Formule 1 a une histoire peu banale.

Klaus Bischof : La Cisitalia est la première construction réalisée par Porsche après la guerre. Elle représente également les premiers deniers gagnés par Ferry Porsche, qui ont permis de payer la libération de son père et de financer en partie la construction du roadster de 1948. Elle fut exposée au salon de Paris de 1947, où le public découvrit ce dont était capable le bureau d'études Porsche. La voiture n'a jamais couru à cause du changement de la réglementation et elle fut vendue en Argentine. Là, elle connut un destin agité : saisie par Peron au moment de la révolution, elle traîna ensuite dans un hangar à bateaux de Rio de la Plata, avant que Huschke von Hanstein ne retrouve sa trace. L'ancien directeur de courses Porsche savait l'importance de la voiture pour l'histoire de la marque et à quel point Ferry Porsche y était attaché - c'était sa première Porsche et sa préférée. Huschke von Hanstein l'acheta et la fit rapatrier à Stuttgart, où elle fut entièrement restaurée.

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Motorlegend : Quelles sont les autres pièces qui vous tiennent particulièrement à coeur ?

Klaus Bischof : Le roadster de 1948, bien sûr, qui est la première Porsche. La voiture marche très bien, et si sa conduite est réservée aux membres de la famille Porsche, j'ai parfois le privilège d'en prendre le volant. Nous avons également une exceptionnelle 904, une voiture unique motorisée par un huit cylindres. Elle apparut pour la première fois à la Targa Florio en 1964, où elle connut des ennuis de moteur et d'embrayage. Elle fut ensuite vendue au roi Hussein de Jordanie, mais équipée du quatre cylindres. Nous l'avons rachetée et restaurée, il y a deux ans, avec son huit cylindres d'origine. La voiture est telle que la pilotaient à l'époque Gerhard Mitter et Colin Davies. Pour faire plaisir à quelques personnalités, il m'est arrivé de mettre le moteur en route dans le musée. Le bruit est infernal, vous avez froid dans le dos.
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