Saga Morgan

Une Morgan n'est ni une voiture ancienne, ni une réplique. C'est autre chose. En vérité, c'est un cas, échappant à toutes les étiquettes et classifications.

sommaire :

MORGAN 4/4

Gilles Bonnafous le 29/05/2006

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C’est au salon de Londres de 1936 que Morgan lance sa première quatre roues. Elle est baptisée 4/4 (4 cylindres et 4 roues) pour la différencier de la gamme des trois-roues, fonds de commerce de la marque. La firme de Malvern Link avait déjà construit en 1932 une quatre roues de compétition à partir d’un trois-roues, qu’elle avait équipé d’un essieu arrière rigide et d’un moteur Jap.
MORGAN
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Réalisé sur un châssis de trois-roues type F modifié, le prototype de la 4/4 est motorisé par un Ford Eight de 933 cm3 à soupapes latérales. Un peu juste en puissance, il est remplacé sur le modèle de production par le Coventry Climax de 1122 cm3 à soupapes d’admission en tête et d’échappement latérales. Monté également sur la Triumph Gloria, ce dernier développe 34 ch à 4500 tr/mn et entraîne la 4/4 à 120 km/h grâce aux 660 kilos de la voiture. Il est accolé à une boîte de vitesses Meadows à quatre rapports, dont les deux premiers ne sont pas synchronisés. Elle sera remplacée par une boîte Moss à la fin des années trente.

La Morgan 4/4 est construite sur un châssis à longerons en forme de Z et sur une armature en bois. La carrosserie roadster porte un radiateur plat (d’où le surnom Flat Rad pour flat radiator donné à la voiture), tandis que la poupe reçoit deux roues de secours (héritage des courses de trial). A l’image des trois roues, la suspension avant indépendante est à guidage vertical. Si les freins Girling sont encore actionnés par câbles, le circuit électrique est de douze volts.
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G.Bonnafous
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Bien accueillie par la presse, la Morgan 4/4 connaît un succès commercial immédiat. Deux ans après son lancement, elle est équipée d’un moteur Standard de 1276 cm3, qui remplace le Coventry-Climax. Une version tourer à quatre places voit le jour en 1937 sur le même empattement de 2,34 mètres que le roadster. Pour trouver l’espace nécessaire aux passagers arrière (juchés sur l’essieu rigide !), l’une des deux roues de secours a été supprimée et une poupe carrée a été dessinée. En 1938, un cabriolet classique est également lancé comme modèle de haut de gamme. Le pare-brise est fixe et les portes montantes (qui s’ouvrent dans le mauvais sens contrairement au roadster) sont dotées de vitres latérales.
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Bien que Morgan ait expérimenté un prototype à moteur Ford suralimenté par un compresseur Arnott, la 4/4 reçoit en 1938 le Standard Ten Special. Extrapolé du populaire groupe latéral de la Standard 9 CV, ce nouveau moteur est spécialement construit pour Morgan. Il s’agit d’un quatre cylindres en ligne de 1,3 litre à soupapes en tête, accouplé à une boîte de vitesses Moss à quatre rapports montée au centre du châssis. Avec 40 ch à 4500 tr/mn, il permet à la Four Four d’atteindre 125 km/h. Seulement 29 voitures en seront équipées jusqu’à la guerre. Cette mécanique continuera d’être montée jusqu’à la fin du modèle en 1950.

La production de la Morgan 4/4 reprend en 1946 avec ses trois modèles (roadster, tourer et cabriolet), avant d'être interrompue en 1950 suite au retrait du 1,3 litre par Standard. La 4/4 est provisoirement remplacée par la Plus 4, dont le moteur deux litres la situe à un niveau de gamme supérieur.

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C’est profondément transformée que la Morgan 4/4 réapparaît en 1955 (Série 2). Dotée du châssis de la Plus 4, elle voit son design radicalement modifié et modernisé dans une forme qui demeurera à peu de choses près inchangée au cours des décennies suivantes. Elle est motorisée par le quatre cylindres Ford 100 E de 1172 cm3 à soupapes latérales. Peu coûteux et fiable, ce groupe archaïque ne développe toutefois que 36 ch à 4400 tr/mn et sa boîte ne dispose que de trois vitesses. Si la Série 2 n’apparaît pas ainsi comme la plus palpitante des Morgan, elle est le roadster le moins cher du marché britannique.

La Série 2 marque le début d’une longue collaboration avec Ford. Dès lors, la Morgan 4/4 va connaître de nombreuses évolutions mécaniques correspondant à autant de versions de moteurs en provenance de Dagenham. En 1961, la Série 3 hérite du Ford 105 E de la Ford Anglia (un litre culbuté de 39 ch) accouplé à une boîte à quatre vitesses. Seulement 59 exemplaires en seront construits. L’année suivante, la Série 4 bénéficie d’un bond dans ses performances grâce au 109 E (1340 cm3 et 54 ch). La Série 5 reçoit en 1963 le 1,5 litre 116 E de la Cortina (60 ch) et une boîte entièrement synchronisée.
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Morgan 4-4 70ème anniversaire D.R.
La Morgan 4/4 poursuit sa course à la puissance en 1968 avec le 1600 cm3 de la Cortina Mk2 à culasse "crossflow" (admission et échappement sur côtés opposés). Elle est disponible en deux versions : 74 ch ou 88 ch avec les deux carburateurs Weber de la Cortina GT. A partir de 1981, elle reçoit deux 1,6 litre au choix, le Ford de l'Escort XR 3 (96 ch et boîte à quatre rapports) ou un Fiat double arbre de 98 ch et boîte à cinq vitesses (92 exemplaires seulement en seront équipés contre 1900 pour le Ford). La voiture dépasse les 170 km/h.

Aujourd'hui, la Morgan 4/4 abrite le 1800 cm3 seize soupapes de la Ford Mondeo (125 ch à 5750 tr/mn). Ce moteur agréable et doté d'un bon couple permet à la voiture de rouler à 190 km/h et de couvrir le kilomètre départ arrêté en 31 secondes. La boîte possède cinq rapports, mais la suspension arrière est toujours assurée par un essieu rigide. Le châssis est en acier, la structure en frêne et la carrosserie en aluminium. La voiture est tarifée à 40 400 € et, pour 10 000 € de plus, la version Anniversaire inclut un grand nombre d’options.
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