Saga Mercedes

Histoire : Historique Mercedes

Gilles Bonnafous le 18/12/2000

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Flash-back sur une histoire aussi belle que singulière. Consul de l’Empire austro-hongrois résidant à Nice et homme d’affaires avisé (et riche), Emil Jellinek est un client fidèle de Gottlieb Daimler depuis 1897. A l’affût de toutes les bonnes affaires, il est même le représentant de la firme dans cette région de la Côte d’Azur où ne manquent pas les familles riches. Amoureux de l’automobile et de la vitesse, il participe également à des compétitions locales. Le 30 mars 1900, il est le témoin d’un accident dramatique dans la course de côte Nice-La Turbie : Wilhelm Bauer, au volant d’une Daimler Phoenix, se renverse dans le premier virage de l’épreuve et décède. Quelques jours plus tard, le 2 avril, Emil Jellinek demande à Daimler de construire une voiture plus puissante et dotée d’une meilleure tenue de route. Le cahier des charges prévoit en outre les caractéristiques suivantes : une machine légère, dotée d’un empattement long et d’un centre de gravité abaissé. Il faut dire qu’à l’époque, les automobiles sont pour l’essentiel des calèches motorisées, hautes sur pattes et particulièrement instables.
Emile Jellinek
Emile Jellinek D.R
Mercedes Jellinek
Mercedes Jellinek D.R
Toutefois, Emil Jellinek met une condition à son " deal " avec Gottlieb Daimler : que les voitures soient baptisées Mercedes, le prénom de sa fille aînée âgée de dix ans. Daimler accepte, d’autant que Jellinek entend participer à la commercialisation du véhicule. Et pour mieux convaincre, le consul met sérieusement la main à la poche : il passe une commande aveugle de 36 voitures pour un montant de 550 000 marks or, une somme considérable équivalant aujourd’hui à 5,5 millions de DM (plus de 19 millions de francs) ! En résumé, un diplomate autrichien donne un prénom espagnol à une marque allemande, le tout sur le sol français : l’Europe était en marche… Et la marque Mercedes était née.

Ingénieur en chef de Daimler, Wilhelm Maybach se met au travail. Il allège la voiture, la surbaisse et l’équipe de voies élargies avec quatre roues de dimensions identiques. En un mot, il donne naissance à la première automobile moderne. L’âme de la Mercedes est un nouveau quatre cylindres de 5,9 litres développant 35 ch, qui entraîne la machine au look révolutionnaire à 90 km/h. De plus, son carter est réalisé en aluminium, les cylindres étant réunis par paires. Maybach conçoit également le premier radiateur en nid d’abeille, à la fois plus léger et plus efficace. Le 22 novembre 1900, la première Mercedes 35 ch sort de l’atelier de Bad Cannstatt. Un mois plus tard, jour pour jour, son destinataire en prend livraison.
Mercedes 35 ch
Mercedes 35 ch D.R
la première Mercedes en course sur la Côte d’Azur
la première Mercedes en course sur la Côte d’Azur D.R
La voiture ne va pas tarder à affirmer sa supériorité. En mars 1901, Wilhelm Werner, un pilote de l’usine Daimler, gagne la course Nice-Aix-Salon-Nice. Il récidive dans la course de côte Nice-La Turbie, victoire répétée en 1902 et 1903. Ces lauriers, et bien d’autres, vont asseoir la notoriété des voitures de Bad Cannstatt. Déjà naît le slogan : la voiture de course d’aujourd’hui est la voiture de tourisme de demain. La 35 ch Mercedes attire une clientèle de gens riches et célèbres, comme le milliardaire américain Rockefeller. Et devant le succès qu’elle rencontre, les successeurs de Gottlieb Daimler, mort en 1900 avant d’avoir vu la naissance de la marque (déposée en 1902), vont décliner une gamme.

La Mercedes Simplex 40 ch
La Mercedes Simplex 40 ch Mercedes
Jürgen Hubbert au volant de la Simplex 40 ch, entouré de son état-major : à côté, le coupé CL.
Jürgen Hubbert au volant de la Simplex 40 ch, entouré de son état-major : à côté, le coupé CL. Mercedes
En 1902, est lancé un modèle dérivé et baptisé Mercedes-Simplex, par référence à la simplicité de son fonctionnement. Il est motorisé par un quatre cylindres de 6,8 litres. Le 1er mars, Emile Jellinek reçoit la première Simplex 40 ch, tandis que la cinquième est vendue à l’Américain William K. Vanderbilt Jr, qui a fait fortune dans les chemins de fer. Il prend livraison de la voiture et part aussitôt faire la fête à Paris… Sans encombre. Cette Simplex, la plus ancienne Mercedes connue à ce jour et toujours en état de marche, a rejoint le musée Mercedes-Benz à Stuttgart.


Réalisés sous la direction de Wilhelm Maybach, plusieurs modèles de Simplex naîtront dans la foulée, cette appellation recouvrant des voitures très différentes. Un siècle plus tard, 19 millions de voitures portant le nom de Mercedes et de Mercedes-Benz auront été produites…
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