Saga Lamborghini

LAMBORGHINI 350 GT et 400 GT

Gilles Bonnafous le 06/05/2002

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Prototype Lamborghini 350 GTV (1963)

Prototype 350 GTV
Prototype 350 GTV
Ferruccio Lamborghini s'est donné pour objectif d'aller plus loin que Ferrari. Sa première création recevra donc un moteur prestigieux, forcément un V12, d'autant qu'en ce début des années soixante, cette architecture noble constitue une exclusivité du Cavallino.

Dans ses cartons, l'ingénieur Giotto Bizzarini, un ancien de Ferrari qui a quitté le Commendatore en 1961, lors du grand chambardement de Maranello, possède les plans d'un V12 de Formule 1 (1,5 litre à l'époque). Ferruccio Lamborghini lui demande d'adapter son projet à une cylindrée de 3,5 litres, avec possibilité de faire évoluer cette dernière jusqu'à cinq litres. Les excellentes caractéristiques du moteur seront conservées : rapport alésage-course super carré, angle de 60° et distribution à quatre arbres à cames en tête. Une mécanique plus sophistiquée que le V12 Ferrari de 3 litres (à un seul ACT).

Enrichi des enseignements de la compétition, avec notamment une lubrification par carter sec, le V12 de Bizzarini reçoit une batterie de six carburateurs double corps verticaux logés non dans le V du moteur, mais entre les arbres à cames. Avec une cylindrée de 3464 cm3, il développe 370 ch au banc.

De son côté, Gianpaolo Dallara crée un châssis ultra-léger (85 kilos) constitué d'un treillis tubulaire de section circulaire. Fabriqué par Neri et Bonacini, ce cadre s'avère plus léger et mieux suspendu, grâce à une suspension à quatre roues indépendantes, que celui des Ferrari et Maserati, encore équipées d'un pont arrière rigide et de ressorts à lames.

Pour dessiner la robe de son premier modèle, Ferruccio Lamborghini consulte Fissore. Déçu (légitimement) par le projet de ce dernier, il fait appel à Franco Scaglione, un designer original, mais de grand talent, ancien responsable du style de la carrosserie Bertone. Adepte des formes non conventionnelles, Scaglione propose une esthétique singulière, différente.

Réalisée en tôle d'aluminium par Sargiotto, un carrossier de Turin, la Lamborghini, baptisée 350 GTV (V pour Veloce), est présentée en octobre 1963 au salon de Turin. Elle ne fait pas l'unanimité. Forcément, le coup de crayon est original, provocant, superbe. Et pourtant, quelle classe a cette voiture avec son alliance de courbes sensuelles et de droites saillantes, qui lui confèrent une rare et étrange beauté - notons qu'à l'instar de la Jaguar Type E, l'ensemble du bloc avant bascule pour découvrir le moteur.
Prototype 350 GTV
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Prototype 350 GTV
Prototype 350 GTV
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Lamborghini 350 GT

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Toutefois, ce prototype a été terminé en urgence. L'ensemble paraît quelque peu bâclé, la finition n'y est pas. De plus, la voiture est présentée uniquement en statique. Il lui reste à faire ses preuves sur la route. Les sceptiques ne manquent pas…

Dallara se met au travail pour faire évoluer la GTV et la rendre compatible avec les impératifs de la production. Pour fiabiliser le moteur, il opte pour des réglages mécaniques plus raisonnables, qui ramènent la puissance à 280 ch. Il abandonne également le carter sec, la hauteur accrue du moteur étant compensée par l'adoption de carburateurs horizontaux moins volumineux. Plus robuste que celui de la GTV, le châssis fait appel à des longerons et traverses rectangulaires, auxquels sont adjoints, à l'avant comme à l'arrière, des berceaux accueillant les éléments mécaniques.

Quant à la carrosserie, elle est confiée à Touring, qui retouche les lignes de Scaglione. Tout en respectant le dessin originel, le maître milanais adoucit les formes. La voiture gagne en homogénéité, mais elle laisse dans cette mue une partie de sa personnalité, de son arrogance. Toute en rondeur, l'originale face avant, à laquelle fait écho une poupe tout en droites, se pare de phares oblongs Cibié, qui lui donnent des yeux de chat - ils remplacent les optiques rétractables de la GTV. Observons que la calandre et les pare-chocs avant seront modifiés à plusieurs reprises au cours de la carrière de la Lamborghini (ce qui permet d'identifier aisément le millésime).

L'empattement est allongé de dix centimètres, ce qui permet de doter la voiture d'une troisième place à l'arrière - d'où la griffe insolite de " 350 GT 2 + 1 " placée sur la poupe. Une solution bâtarde qui évoluera en espace destiné aux bagages… Construite par Touring, la 350 GT (elle a perdu le V du prototype) est fabriquée selon la technique Superleggera propre au carrossier milanais. La signature Touring se manifeste aussi par une finition en net progrès. C'est ainsi que la première Lamborghini de production est exposée au salon de Genève de 1964. La marque annonce que la fabrication démarrera au mois de mai selon une cadence hebdomadaire de dix unités. La réalité sera bien différente et treize voitures seulement seront construites dans l'année.

Deux créations originales, réalisées sur la base de la 350 GT, verront le jour en 1965. Passons rapidement sur la 3500 GTZ, un coupé Zagato dévoilé au salon de Londres, dont la ligne, fort décevante, a surpris les nombreux admirateurs du carrossier - qu'on a connu mieux inspiré. Par contre, le salon de Turin sert de cadre à la présentation d'un très élégant cabriolet, dit " 350 GT Spyder " dû à Touring : deux voitures sont exposées sur les stands Lamborghini et Touring. Hélas, cette perle n'entrera jamais en production.
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Lamborghini 3500 GTZ réalisée par Zagato
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Lamborghini 3500 GTZ réalisée par Zagato
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Lamborghini 350 GT Spyder

Lamborghini 400 GT

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Dallara poursuit le développement de la 350 GT. Un réalésage offre au V12 une cylindrée de quatre litres, qui permet de contrer le lancement de la Ferrari 330 GT 2 + 2 (équipée d'un moteur de quatre litres). La Miura bénéficiera de cette mécanique. Ainsi gréée, la voiture devient 400 GT au salon de Genève de 1966 - les 23 dernières 350 GT sorties de l'usine de Sant'Agata ont été dotées de cette évolution du V12 dont la puissance atteint 320 ch. Parallèlement, une transmission maison remplace la boîte de vitesses ZF.

De plus, la 400 GT jouit d'un habitacle plus spacieux, qui en fait une 2 + 2. A cette fin, le pavillon a été remanié, la voiture étant aisément identifiable à sa lunette arrière moins développée. La carrosserie est désormais réalisée en acier et quatre phares ronds plus efficaces se substituent aux optiques oblongues de la 350 GT.

Après avoir corrigé les imperfections de ses débuts, la première Lamborghini a atteint sa pleine maturité avec la 400 GT. Elle est devenue une remarquable voiture de Grand Tourisme, dont les qualités unanimement louées lui permettent de rivaliser avec les meilleures voitures de sa catégorie.
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