Saga Lamborghini

LAMBORGHINI Countach

Gilles Bonnafous le 06/05/2002

Partagez

réagir

LAMBORGHINI
Lamborghini Countach LP400 de 1973
Si la présentation de la Miura fit l'effet d'une bombe, la découverte de la Countach ne fut pas moins explosive - la seconde ayant pour vocation de prendre à terme la relève de la première. Vedette surprise du salon de Genève en mars 1971, le prototype expérimental de la LP 500 (LP pour Longitudinale Posteriore) est exposé à côté de la nouvelle Miura SV. La voiture recevra ensuite l'appellation de Countach, une expression piémontaise synonyme d'étonnement et d'admiration qu'elle n'a pas volée !

Bien qu'elle demeure fidèle à la position centrale arrière du moteur, l'architecture de la LP 500 abandonne la disposition transversale de la Miura pour une orientation longitudinale. Toutefois, pour obtenir une répartition des masses aussi favorable qu'avec la formule transversale, on a adopté une toute nouvelle implantation du groupe motopropulseur, désormais disposé en avant de l'essieu arrière. Placée au centre de la voiture, la transmission avance dans l'habitacle, sous la console, et le levier de vitesses se trouve en prise directe avec la boîte de vitesses. Un nouveau carter a été dessiné, qui est traversé par un arbre reliant la boîte au différentiel demeuré à l'arrière.

Du point de vue esthétique, la Countach apparaît comme une création révolutionnaire, qui marque l'évolution de l'art de Marcello Gandini vers une radicalité sans complexe. Elle s'inscrit dans le style défini en 1968 par le designer sur le concept car Alfa Romeo Carabo, puis deux ans plus tard sur la Stratos. Cette écriture stylistique fera école et influencera profondément le design automobile des années 70.

LAMBORGHINI
Prototype Countach LP 500 D.R
LAMBORGHINI
Prototype Countach LP 500 D.R
La carrosserie monocorps de la Countach dessine une forme trapézoïdale on ne peut plus futuriste. Terminée par une poupe somptueuse, elle est animée par des portes à ouverture en élytres empruntées à la Carabo. Totalement dépourvues de galbes, les lignes d'une pureté souveraine composent une géométrie de surfaces lisses brisées par des arêtes vives. Une sculpture à couper le souffle.

Dans un habitacle dépouillé, la décoration futuriste présente une instrumentation à affichage digital. Anticipant sur l'avenir, un schéma de la voiture donne des informations sur les organes éventuellement défaillants.
LAMBORGHINI
Intérieur du prototype LP 500 D.R
LAMBORGHINI
Le châssis de la Countach D.R
Notamment par souci des lois anti-pollution américaines, le V12 Lamborghini est porté à cinq litres par augmentation de l'alésage et de la course. Gavé par six carburateurs horizontaux double corps Weber, il est donné pour 440 ch à 7400 tr/mn (une puissance assez optimiste) et 50,5 mkg de couple. La vitesse annoncée est de 300 km/h. Quant au châssis, construit rapidement, il se compose d'une plate-forme tubulaire faisant corps avec la carrosserie.

Mise à l'épreuve par Bob Wallace, le pilote essayeur de Lamborghini, la Countach poursuit son développement en vue de sa commercialisation. Pour des raisons de fiabilité, le V12 de cinq litres cède la place au classique quatre litres développant 375 ch. L'un des problèmes les plus délicats à résoudre concerne le refroidissement de cette mécanique. La solution est trouvée en déplaçant les radiateurs d'eau, installés maintenant en position transversale. D'où l'aménagement de prises d'air latérales. La structure est confiée à un châssis multitubulaire et la carrosserie est réalisée en aluminium.
LAMBORGHINI
Lamborghini LP 400

LAMBORGHINI
Le prototype LP 500 en cours de développement
LAMBORGHINI
Countach LP 400 de série
La Countach LP 400 entre en scène au salon de Genève en mars 1973. Sur ce qui est encore un prototype, les prises NACA découpées sur les flancs et les boîtes à air ajoutent au caractère spectaculaire du véhicule. Un an plus tard, toujours dans le même cadre, est exposée la troisième Countach. C'est enfin la voiture de production, dont les clients peuvent passer commande.

Milliardaire canadien d'origine autrichienne, Walter Wolf, qui a mis sur pied son écurie de Formule 1, se fait réaliser en 1974 une Countach sur mesure. Dotée du moteur de cinq litres, elle ne passe pas inaperçue avec son spoiler, son aileron et ses élargisseurs d'ailes qui accueillent des pneus Pirelli P7. Après avoir acquis une seconde LP 400 l'année suivante (également personnalisée), Walter Wolf, qui a des vues sur l'usine Lamborghini, se fait confectionner une troisième Countach. Exposée au salon de Genève de 1978, cette voiture est intéressante en ce qu'elle constitue la première LP 400 S.

Les pneumatiques Pirelli P7 à taille basse améliorent grandement la tenue de route de la nouvelle Countach LP 400 S. Leur adoption a entraîné de nombreuses retouches de la géométrie des trains, tandis que les disques de freins ont été sensiblement agrandis. La puissance de la LP 400 S est également ramenée à 350 ch dans un but de fiabilité - et sous l'effet des mesures antipollution.

Mais le recours à des pneus larges entraîne le montage d'élargisseurs d'ailes en plastique, dont le profil taillé à la serpe imite ceux adoptés sur l'Urraco Silhouette. Hélas, ce n'est qu'un début. Au fil des ans, la voiture sera enlaidie par des ajouts abusifs, spoilers et ailerons d'inspiration douteuse. Dénaturant la beauté originelle de la Countach pour en faire une caricature, ils transformeront la voiture en un monstre, dont le spectaculaire des formes sera inversement proportionnel à l'élégance. La Countach s'orientera ainsi vers une clientèle avide de démonstrations ostentatoires. Adieu le style, l'art et le bon goût… Place à l'outrecuidance et à la présomption.
LAMBORGHINI
Countach de Walter Wolf exposée au salon de Genève 1978 D.R
LAMBORGHINI
Countach LP 400 S D.R

LAMBORGHINI
Eclaté de Countach LP 500 S
LAMBORGHINI
Le moteur V12 de la LP 500 S
Dans le contexte de crise que connaît la marque au taureau, la Countach se vend au compte-gouttes. En charge de la direction technique à Sant'Agata, le célèbre ingénieur Giulio Alfieri travaille à améliorer la voiture. Il redresse la barre de la puissance sur la LP 500 S (ou LP 5000) lancée en mars 1982 (toujours au salon de Genève). Avec une cylindrée qui passe à 4,7 litres, le V12, désormais doté de l'allumage électronique, retrouve les 375 ch de la LP 400. Mais handicapée par un mauvais Cx - le style a prévalu sur la préoccupation aérodynamique -, la Countach peine à atteindre les 270 km/h - les différents essais réalisés donnent toutefois des mesures fort différentes…

Poursuivant le développement de la Countach, Giulio Alfieri rejette avec dédain la suralimentation, pourtant fort prisée en cette période. Il lui préfère la solution plus noble des quatre soupapes par cylindre appliquée en 1985 à la Countach Quattrovalvole. Sérieusement remanié, le moteur voit sa cylindrée portée à 5,2 litres par une augmentation de la course de six millimètres - d'où un nouveau vilebrequin. L'apparition de ce monstre de 455 ch et 51 mkg de couple suit de peu le lancement de la Ferrari Testarossa de 390 ch…

Apogée technique de la Countach, la Quattrovalvole connaîtra en 1988 une édition spéciale célébrant le 25ème anniversaire de Lamborghini. Après quoi, elle cèdera la place à la Diablo, non sans avoir battu, grâce à sa longévité exceptionnelle, le record de production de l'Espada.
LAMBORGHINI
Lamborghini Countach Quattrovalvole 1985
LAMBORGHINI
Lamborghini Countach 25ème Anniversaire 1988
article précédent LAMBORGHINI concept-cars et collectors de l'ère Audi

Page précédente
LAMBORGHINI concept-cars et collectors de l'ère Audi

article suivant LAMBORGHINI Diablo

Page suivante
LAMBORGHINI Diablo

Partagez

réagir