Saga Bugatti

Mécanicien de génie et constructeur avant-gardiste, Ettore Bugatti donnera naissance à de nombreux chefs-d’œuvre.

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Histoire : Bugatti et la compétition

Gilles Bonnafous le 18/09/2006

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C’est à la Coupe des Voiturettes de 1920 couru au Mans que Bugatti remporte sa première grande victoire. Une Type 13 à moteur seize soupapes s’impose avec vingt minutes d’avance sur la deuxième voiture. Elle était confiée aux mains du pilote maison Ernest Friderich, l’assistant d’Ettore, que ce dernier a connu chez Mathis. Friderich a participé à toutes les grandes courses depuis 1911 et il sera l’un des plus fidèles collaborateurs du Patron.

La Type 13 apporte à Bugatti la renommée internationale, surtout après la retentissante victoire obtenue en 1921 dans le Grand Prix des Voiturettes de Brescia. Elle y monopolise les quatre premières places, Friderich l’emportant après avoir parcouru les 348 kilomètres de l’épreuve à la moyenne de 115 km/h.

La 13 au GP des Voiturettes en 1920 D.R.

Les Bugatti au GP de Monaco D.R.
Le Grand Prix de l’ACF de 1922, couru à Strasbourg sur un circuit triangulaire de 13 kilomètres, voit les débuts de la Type 30, une huit cylindres de deux litres à la carrosserie profilée. Quatre voitures sont alignées. De Vizcaya, Marco et Casa Maury prennent les deuxième, troisième et quatrième places derrière la Fiat de Nazzaro. Pour le Grand Prix national de 1923, qui a lieu à Tours, Bugatti construit une voiture très originale, la Type 32. Dotée du huit cylindres de la Type 30, elle est habillée d’une carrosserie en forme d’aile d’avion, qui lui vaudra le surnom de « tank ». Mais son aérodynamique mal maîtrisée et son empattement ultra-court la rendent instable à grande vitesse. Ernest Friderich prend la troisième place derrière deux Sunbeam.

L’année 1924 marque les débuts de la carrière de la Type 35, qui entre en lice pour la première fois au Grand Prix de Lyon. Construite de 1924 à 1931, elle sera la plus brillante voiture de course de Bugatti. À son bord, pilotes d’usine et privés inscriront plus de trophées à leur palmarès qu’aucun autre constructeur d’avant guerre.

La Bugatti 35 se couvre de gloire à la Targa Florio, où elle s’impose à cinq reprises consécutives de 1925 à 1929. Elle monopolise même le podium en 1926 et 1929. Meo Costantini l’emporte en 1925 et 1926, Materassi l’année suivante sur une 35 C et Albert Dico en 1928 et 1929 sur une 35 B. Elle cumule également les succès au GP de l’ACF. Après la victoire de Jules Goux en 1926 à Miramar sur une 39 A, Charles Grover-Williams l’emporte en 1928 et 1929 (35 C et 35 B) avant Etancelin en 1930 (35 C).

Très maniables, les Bugatti font du Grand Prix de Monaco leur jardin. Le premier Grand Prix de la Principauté, qui a lieu en 1929, est remporté par Grover-Williams, un pilote privé franco-britannique, sur une 35 B au terme d’un duel sans merci avec la Mercedes de Rudi Caracciola. L’année suivante, René Dreyfus, un autre privé, gagne au volant d’une 35 B devant les voitures d’usine sous les yeux d’Ettore.

Bugatti Type 30 D.R.
Mais la Bugatti 35 commence à s’essouffler à la fin des années vingt. La 51 prend le relais et écrase la saison 1931 en dominant, souvent de haute lutte, les meilleures machines aux mains des meilleures pilotes. Chiron s’impose chez lui à Monaco, Achille Varzi au Grand Prix de Tunis (il récidivera en 1932), Chiron et Varzi au GP de l’ACF à Montlhéry. Wiliams l’emporte à Spa au Grand Prix de Belgique et Chiron en Tchécoslovaquie à Brno, où il s’impose face aux Alfa Romeo 8 C, Maserati 8 C 2800 et Mercedes SSKL.

La 51 continuera à glaner des succès pendant deux ans. Au cours de la saison 1932, elle gagnera encore quelques Grand Prix, mais elle sera dominée par les voitures italiennes plus puissantes, Alfa Romeo P3 et Maserati. Varzi apportera le dernier succès monégasque à Bugatti en 1933.

Bugatti Type 32 surnommée le Tank D.R.

Bugatti Type 51 D.R.

A partir de 1933, les courses automobiles sont dominées par les Italiens Alfa Romeo et Maserati et par les Allemands Mercedes et Auto Union, largement soutenus par leurs régimes pour lesquels la course automobile est un moyen de propagande. Constructeur isolé, Bugatti ne peut rivaliser.

Les dernières voitures d'usine alignées en compétition sont la Type 54 (huit cylindres de 4,9 litres), qui remporte le GP d’Allemagne à l'Avus en 1933 (Veyron au volant), et la Type 59. Mais en 1934, elles seront déjà dépassées techniquement. En 1935, pour la première fois depuis 25 ans, Bugatti ne remporte aucune victoire internationale en Grand Prix. La gloire a changé de camp.

Bugatti 59 au GP de l'ACF en 1934 D.R.
Couru à Montlhéry en formule Sport (pour éviter la concurrence des machines allemandes), le GP de l’ACF de 1936 voit la victoire de Jean-Pierre Wimille et Raymond Sommer sur le tank 57 G. Il s’agit d’une Type 57 équipée du moteur de la 57 S (sans compresseur) et dotée d’une carrosserie aérodynamique qui évoque le tank de Tours. En 1937, deux de ces tanks sont engagés aux 24 Heures du Mans, où ils établissent un record à la moyenne considérable de 137 km/h. C’est aussi la première victoire française depuis dix ans dans la Sarthe. Bugatti revient au Mans en 1939 avec une seule voiture, un tank au moteur de 57 C (à compresseur) et carrosserie modifiée. Jean-Pierre Wimille et Pierre Veyron, les derniers pilotes d’usine, remportent l’épreuve en battent le record de 1937 (près de 140 km/h). Ce sera le dernier titre de gloire de la marque.

Il faut souligner que, la guerre venue, Robert Benoist, Charles Grover-Williams et Jean-Pierre Wimille entreront dans la Résistance. Des trois pilotes, seul ce dernier sortira vivant de cet engagement exemplaire. Benoist sera assassiné en 1944 à Buchenwald et Grover-Williams à Sachsenhausen en 1945.

Baptisé Coupe des prisonniers, le premier Grand Prix français de l’après-guerre est organisé au Bois de Boulogne, le 9 septembre 1945. En ces temps de pénurie d’essence et de pneus, la distance en est limitée à 120 kilomètres et le plateau hétéroclite se trouve composé de voitures de niveaux très divers. Jean-Pierre Wimille s’impose sur sa Type 59/50 B à compresseur. Ce sera la dernière victoire d’une Bugatti. En 1956, la tentative de retour à la compétition avec le Type 251 se soldera par un échec.
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