La Lotus Seven a 50 ans

CATERHAM Super Seven JPE

Loïc Bailliard le 02/08/2007

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Rares sont les voitures capables de distiller plus de sensations que la Seven. Assis au ras du sol, on en prend « plein la vue » à chaque accélération et les virages sont enchainés avec la vivacité d’un karting. En réalité, l’une des seules voitures capables de surclasser une Seven est une... Seven ! Mais pas n’importe laquelle : la Caterham JPE, pour Jonathan Palmer Evolution.

Rare car produite à seulement 53 exemplaires (dont un seul en conduite à gauche), exubérante avec ses compteurs et ses inscriptions fluo, excessive en tout point, la JPE est la Seven de tous les superlatifs. Son histoire remonte à 1992. Alors que les Caterham s’équipent du moteur Rover, il reste à Dartford une cinquantaine de bloc Vauxhall (Opel) 2 litres qui équipent les Seven HPC. Voyant la demande de certains propriétaires pour une voiture extrême, Caterham décide de s’associer au pilote de F1 Jonathan Palmer pour développer, sans limitation de budget, une voiture aux performances maximales.
CATERHAM
D.R.
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Le programme est simple : se débarrasser de tout le poids superflu et tirer le maximum de puissance du bloc Vauxhall. C’est le motoriste Swindon Racing Engines qui se chargera du moteur. Rééquilibrage à la main de chaque pièce, pistons et culasse en aluminium Cosworth, volant moteur allégé, carter sec, changement des papillons d’injection et échappement 4 en 1 quasiment libre... Le travail sur chaque bloc est considérable mais il paye. La cylindrée reste à 2 litres mais la puissance bondit de 165 à plus de 250 chevaux (261 au banc pour le modèle présenté ici) à 8200 tr/min et le couple atteint quant à lui 252 Nm à 6250 tr/min.

Mais la Seven reste une Lotus, et la doctrine Chapman est claire sur un point : « light is right ». Impossible de réaliser la plus extrême des Caterham si on ne s’attaque pas au poids. Et alléger une voiture qui ne pèse que 600 kilos relève de la gageure. Pour cela, les ingénieurs de Dartford se sont débarrassés du « superflu » : exit chauffage et roue de secours, le pare brise est remplacé par un saute vent en Perpex, les jantes sont en magnésium, les ailes et le nez en carbone et les sièges ont laissé la place à des baquets en carbone / kevlar. A l’arrivée, la Caterham JPE ne pèse que 530 kilos et se targue d’un rapport poids / puissance explosif : 2,1 kg/ch ! Pour comparaison, une Porsche Carrera GT ne peut revendiquer qu’un « modeste » 2,2 kg/ch...
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Cette JPE porte le numéro 4 et est la seule en conduite à gauche D.R.
Evidement, l’ensemble de la voiture a été adapté afin de supporter un tel rendement. La JPE est donc équipée de barre antiroulis avant et arrière, d’un différentiel à glissement limité et d’un embrayage hydraulique. Le réservoir a été déplacé dans le coffre, en avant de l’essieu arrière, afin de permettre une répartition parfaite des masses : 50 / 50 et a gagné en capacité passant de 37 à 45 L. Le châssis a été renforcé au niveau des attaches de boîte et de pont, et des structures d’aluminium en nid d’abeille entourent le cockpit pour augmenter la rigidité. L’ensemble est bien campé sur des pneus Yokohama étudiés pour l’occasion et le freinage est assuré par des disques issus de la formule 3000.

Esthétiquement, difficile de passer à côté de la JPE sans la voir. Inscription « Seven JPE » sur le pot, fond de compteurs, harnais et ressorts de suspension arborent le même jaune fluo. L’énorme cache des cornets d’admission dépassant du capot n’est pas non plus des plus discrets. Elle inaugure également à l’époque la fameuse grille de calandre arborant le « 7 », devenu aujourd’hui l’un des « classiques » des Seven. Le reste, c’est une fois le contact mis qu’il se révèle.
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Car la réputation de la Caterham JPE tient à trois choses, 3 records pour être précis. Elle a en effet eu le toupet de piquer à la Ferrari F40 le record d’accélération de 0 à 60 mph (96 km/h) en 3,44 s. Sur sa lancé, elle a également pulvérisé le 0 à 100 mph (160 km/h) en 8,47s et le 0 -100 mph – 0 en 12,6s. Elle s’est d’ailleurs approprié ce dernier record avec une avance de 3s sur la supercar de Maranello ! La JPE est donc un véritable avion de chasse, jouissive mais terriblement effrayante. Pour l’anecdote, neuve, elle était vendue avec un limiteur de régime qui était débloqué lors de la première révision. Et chaque acheteur avait droit à un stage de pilotage avec Jonathan Palmer himself. Car dompter la bête et en tirer pleinement parti demande de la technique autant que du courage. Et garder l’aiguille dans la zone verte du compte tour (entre 6 500 et 8 200 tr/min, la plage d’utilisation optimale du moteur) n’est clairement pas évident.


La JPE est une voiture de course, taillée pour le circuit et quasiment inutilisable sur route ouverte. Avec une première vitesse permettant de dépasser les 100 km/h et des pneus semi-slicks, affronter la pluie relève de la psychiatrie et les longs trajets sont usants – car ils le sont déjà dans une Seven civilisée. Pour couronner le tout, son tarif est à la hauteur de son exclusivité : haut ! Alors que reste-t-il ? Le fun. Des sensations uniques et la pensée rassurante que rien, absolument rien, ne peut suivre une telle voiture.
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Pas de zone rouge mais une zone verte... c'est là qu'il faut mettre l'aiguille ! D.R.
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