Grand Prix de l'Age d'Or 2004

Pour cette ultime édition organisée sur le circuit de Montlhéry, les amoureux de mécaniques anciennes étaient venus nombreux pour voir évoluer une dernière fois les voitures sur ce monument historique de l'automobile.

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OPEL Kapitän 1958

Gilles Bonnafous le 19/06/2004

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D’aucuns trouveront incongru de mettre une Opel en exergue. Qu’ils lisent la suite. Outre que toute passion est respectable, plusieurs modèles de la marque de Rüsselsheim nous paraissent dignes de figurer dans la collection d’un honnête homme. C’est notamment le cas de la GT, de la première Manta (1970), au design fort élégant, et de la Kapitän génération 1958-1959.

Chef-d’œuvre kitsch à la personnalité attachante, la Kapitän 1958 renvoie à une époque où la fantaisie, voire l’excentricité, régnaient dans les studios de design de la General Motors. Offrant l’extravagance américaine des années cinquante, mais adaptée au gabarit européen, elle porte les traits caractéristiques de l’école d’outre-Atlantique, comme le pare-brise et la lunette arrière panoramiques, sans parler de la curieuse découpe des portes arrière. On sent que les designers ont pris leur plaisir à soigner les détails, autant de témoignages d’un art décoratif baroque. A l’image des ailes arrière, nettement inspirées des Buick, dont les petits ailerons intègrent des feux circulaires en encorbellement.
OPEL
Motorlegend.com
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On aime ou l’on n’aime pas, la question n’est pas là. Car la voiture est le témoignage exemplaire d’une période d’exception où l’irrationnel s’impose dans le style. Et elle est belle au deuxième degré. C'est une question de regard. Il faut la considérer avec des yeux neufs, il faut se défaire de ses a priori. En abandonnant ses préjugés, on lui reconnaîtra le charme que l'on accorde si volontiers aux Américaines des fifties. Avec en plus la singularité que lui confère son gabarit restreint, qui en fait une Chevrolet ou une Buick en réduction.
Avec la Kapitän, Opel s'installe au début des années cinquante dans un segment qu'il saura occuper et préserver jusqu'au milieu de la décennie suivante. Le modèle va connaître le succès en Allemagne et en Europe du Nord, où il trouvera une clientèle de bourgeois peu préoccupés des questions d'image (les autres choisissant les Mercedes) et convaincus par les solides qualités de la voiture. Car Opel, depuis sa reprise par la General Motors en 1929, reste fidèle à une politique qui a prouvé son efficacité. La recette de succès tient en trois principes : simplicité de la conception, qualité de la construction et prix très compétitifs.
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Au cours de la décennie cinquante, la Kapitän subit des restylings à répétition en 1954, 1955 et 1958. La voiture du millésime 1958 ne dansera qu’un seul été. Produite pendant un an, de juin 1958 à juin 1959, elle sera retirée pour le design plus sage de la génération 1959-1963. On précisera que cette germaine a une cousine anglaise, la Vauxhall Cresta (Vauxhall étant la filiale britannique de la General Motors), dont la carrosserie présente des différences non négligeables.

Fiable et souple, le six cylindres de la Kapitän est un 2,4 litres de 80 ch qui entraîne la voiture à 145 km/h. Il est accouplé à une boîte de vitesses à trois rapports synchronisés avec commande au volant. Quant aux freins, ils ralentissent plus qu’ils n’arrêtent, à l’image de toutes les voitures de cette époque équipées de tambours.
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La Kapitän de Frank Stadelmann est une voiture de famille. Elle appartenait à son grand-père, qui l’avait acquise en 1964 dans le Sud de la France à un médecin de campagne — c’est donc une deuxième main, qui totalise 128 000 kilomètres. La charge affective qu’elle porte est d’autant plus forte que les parents de Franck se sont mariés dans cette voiture. L’aïeul ne s’en est servi qu’un an, après quoi elle fut remisée au fond du garage. Recouverte d’un drap, elle disparut bientôt sous le bric à brac de la grand-mère, qui s’en servait d’espace de rangement. Seul, l’un des feux arrière était visible, que l’enfant apercevait quand il rendait visite à cette dernière. A l’âge de 17 ans, Franck déblaye tout, retire la couverture et découvre la Kapitän. C’est le coup de foudre. Une évidence s’impose, ce sera sa voiture.
Franck passera près d’une année à la remettre en route et à la rendre apte à circuler. Dix ans plus tard, il décide de la restaurer. Très corrodée, l’Opel est désossée, les ailes et les planchers sont refaits, ainsi que la mécanique et la sellerie, dix mois de travail acharné. Le circuit électrique est également converti en douze volts. La peinture est refaite dans sa couleur noire d’origine, à laquelle Franck a ajouté le toit ivoire conforme à ce qui existait à l’époque. Le point que l’on regrettera concerne les roues Cragar, qui ont été installées afin de rouler sans danger (question de pneumatiques). Mais Franck a conservé la monte d’origine. Ce n’est que depuis dix mois que la voiture a retrouvé son lustre et, mis à part un second exemplaire recensé mais en épave, elle est la seule Kapitän 1958 existant en France.
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