Rétromobile 2002

Compte rendu

Gilles Bonnafous le 10/02/2002

Lle stand de Lukas Hüni présentait quatre véhicules exceptionnels, dont deux voitures uniques, la Voisin Aérosport et la Bugatti Type 53 à quatre à roues motrices.

Négociant suisse spécialisé dans l'automobile de collection, Lukas Hüni ne propose que des voitures d'exception tant du point de vue technique qu'esthétique. Installée à Zürich, la maison a été fondée en 1950 par le père de Lukas Hüni, qui à l'époque vendait des voitures neuves (de prestige). Il y a 18 ans, Lukas Hüni a orienté l'activité de l'entreprise vers les véhicules de collection. Ainsi, il arrive que des modèles vendus par le père, devenus entre temps voitures de collection, soient aujourd'hui proposés par le fils… De réputation internationale, Lukas Hüni est un marchand exigeant quant à l'état et l'origine des véhicules qu'il met en vente - il dispose actuellement d'une trentaine de voitures en stock. De ses origines, l'entreprise a conservé une petite activité de service pour des clients acquéreurs de modèles neufs de prestige (Rolls-Royce, Bentley, Ferrari ou Porsche), dont Lukas Hüni se charge de l'entretien auprès des concessionnaires.

Entièrement dédié à la course, le stand de Lukas Hüni à Rétromobile présentait quatre véhicules exceptionnels, dont deux voitures uniques, la Bugatti Type 53 à quatre à roues motrices et la Voisin Aérosport.

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LA VOISIN AEROSPORT
Très représentative du génie de Gabriel Voisin, l'Aérosport apparaît comme l'une des voitures les plus importantes et les plus originales de l'histoire automobile française. Elle représentait donc l'un des "must" de Rétromobile. Déjà, au milieu des années trente, sa carrosserie de coupé ponton en aluminium la faisait passer, dans le contexte de l'époque, pour un objet étrange venu d'ailleurs… Première voiture française de forme ponton, la Voisin Aérosport est aussi l'une des premières automobiles au monde à adopter ce style, après la Chrysler Airflow et la Tatra 77 (1934). Dévoilée au salon de Paris de 1935, elle fait sensation. Comme pour la plupart des créations de Gabriel Voisin, nombre des particularités de l'Aérosport ont de quoi étonner : châssis surbaissé, pare-brise profilé, planche de bord métallique évoquant un cockpit d'avion et toit mobile (hérité de l'Aérodyne) actionné par un moteur à dépression (la manœuvre peut s'effectuer en roulant).

Evolution sportive de la C 28, l'Aérosport reprend à cette dernière le six cylindres en ligne sans soupapes de 3318 cm3 à deux carburateurs Zenith-Stromberg. Mais la puissance a été portée à 120 ch, ce qui permet à la voiture d'atteindre les 150 km/h. La boîte de vitesses est une Cotal électro-mécanique à quatre rapports et, pour la première fois sur une Voisin, les freins reçoivent une commande hydraulique Lockheed. Quant aux suspensions, ce sont des essieux rigides, dont les ressorts à lames sont munis de glissières (système Voisin).

Unique rescapée des quelque quatorze exemplaires construits - la fabrication a été arrêtée au printemps 1937 -, l'Aérosport exposée à Rétromobile porte le numéro de châssis 53048. Il s'agit d'un modèle 1937 reconnaissable notamment à ses ailes avant plus enveloppantes et à ses avertisseurs placés sous les phares.

Avec sept propriétaires au total, l'historique de la voiture est limpide. Elle fut achetée au salon de Paris de 1936 par Antoine Menier, l'industriel du chocolat, qui allait participer à son volant à différentes épreuves sportives. D'où sa livrée bleu de France. Elle est alors immatriculée 5520 RK 6. En 1955, l'Aérosport entre dans la collection de Serge Pozzoli, puis dix ans plus tard dans celle d'André Binda. Avant d'être achetée par son actuel propriétaire (un Suisse, heureux homme !), elle a appartenu à trois autres collectionneurs, Uwe Hucke, Jacques Vincent et Karl Bloechle. Conservée dans son état d'origine, y compris l'intérieur, cette voiture hors du commun totalise moins de 40 000 kilomètres.

LA BUGATTI TYPE 53
Des trois Bugatti Type 53 construites, la voiture exposée à Rétromobile est la seule qui soit parvenue complète jusqu'à nous (châssis n°53002). Le musée de Mulhouse possède un châssis nu. Quant à la troisième, elle a été détruite.

Cette étonnante machine de compétition à quatre roues motrices participa en 1932 au Grand Prix de Monaco (pilotée par Divio) et à plusieurs courses de côte : La Turbie (victoire et nouveau record pour Louis Chiron), Klausen (Chiron deuxième derrière Caracciola), Mont Ventoux (Divio deuxième derrière Caracciola) et Shelsley Walsh, où Jean Bugatti entra dans un mur. En 1934, Dreyfus remporta à son volant la course de La Turbie en établissant un nouveau record à plus de 100 km/h de moyenne.

En 1962, la voiture est vendue par Roland Bugatti à Jan de Dobbeleer. De Belgique, elle part en 1970 aux Etats-Unis, d'où elle revient huit ans plus tard pour entrer dans la collection d'Uwe Hucke. C'est à ce dernier que l'actuel propriétaire l'a rachetée en 1999.

En parfait état de fonctionnement, la Type 53 a participé en août 2001 à la course de côte de Shelsley Walsh, où elle réalisa un temps de 40 secondes et 63/100èmes, une performance supérieure à celle de Jean Bugatti en 1932… Cette année, on la verra courir en septembre au mont Klausen, en Suisse, ainsi qu'au Mont Ventoux et à Prescott en Angleterre.

BUGATTI TYPE 35A
Inspirée de la Type 35 de course, la Bugatti Type 35A (Técla) apparaît en 1926. Il s'agit d'un modèle assagi équipé d'un huit cylindres en ligne de deux litres développant 70 ch. La voiture présentée à Rétromobile - qui, à la différence de la Voisin Aérosport et de la Type 53, est à vendre - est celle ayant appartenu à Dick Seaman. A son volant, ce dernier débuta sa carrière de pilote en 1933 à Donington et à Brooklands. Portant le numéro de châssis 4774, la voiture lui avait été offerte par sa mère quand il était étudiant à Cambridge... Dick Seaman deviendra ensuite pilote d'usine de l'écurie Mercedes, avant de disparaître tragiquement en course au volant d'une monoplace à l'étoile..

Après avoir appartenu à plusieurs collectionneurs anglais et avoir fait un long séjour au Science Museum de Birmingham, la Type 35A de Dick Seaman fut acquise en 1962 par le célèbre collectionneur Reg Parker. Qui l'offrit à son fils pour son dix-septième anniversaire ! Ce dernier la garda précieusement jusqu'en 2000.

En parfait état de présentation et de fonctionnement - la mécanique a été refaite -, la voiture a conservé la livrée noire propre aux voitures de Dick Seaman. Elle est l'une des rarissimes Bugatti au monde à posséder encore sa carrosserie originale.

BUGATTI TYPE 22
Egalement proposée à la vente par Lukas Hüni, cette Bugatti Type 22 de 1920 a été livrée en châssis (n°918) à Londres, où elle reçut la carrosserie à longue queue qui est encore la sienne. Elle est la plus ancienne Bugatti à moteur seize soupapes existant aujourd'hui (4 cylindres, 1,5 litre, 30 ch). Après avoir séjourné en Alsace et en Belgique, elle a été restaurée en Angleterre en 2001.

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