Rétromobile 2002

Compte rendu

Gilles Bonnafous le 10/02/2002

Hyper sophistiquées, les Pegaso sont des GT de prestige dont l'exclusivité n'a d'égal que la rareté de leur production. Des voitures mythiques à redécouvrir…

Courtier en automobiles de collection, Rudy Pas, un Néerlandais installé en Belgique depuis 25 ans, possède une clientèle de collectionneurs exigeants répartis au quatre coins du monde. Régulièrement présent à Rétromobile, seul salon auquel il participe, Rudy Pas nous offre toujours des machines d'exception.

Cette année, nous avons eu le bonheur de découvrir sur son stand (Classic Car Associates), trois Pegaso exceptionnelles, dont deux ont participé en 2001 à la rétrospective de la firme espagnole organisée par le Centre de Culture Contemporaine de Barcelone.

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Depuis quelque temps, les collectionneurs redécouvrent Pegaso, une marque mythique, dont l'exclusivité n'a d'égal que la rareté de sa production. De plus, contrairement à tous les grands constructeurs de voitures de sport de prestige, dont l'histoire est archi connue, Pegaso conserve une part de mystère et il reste encore à découvrir sur ces voitures hors du commun.

Flash-back sur six années de folie. La Pegaso Z 102 doit sa création à l'initiative d'un ingénieur espagnol de talent, Wilfredo Ricart. Après un passage chez Alfa Romeo, où il a notamment travaillé sur la monoplace Tipo 512, Ricart rentre dans son pays pour développer l'E.N.A.S.A. (Empresa Nacional de Autocamiones S.A.), une entreprise nationale typique du capitalisme d'Etat franquiste et spécialisée dans la construction de camions et d'autocars. Il y monte un département automobile pour réaliser son rêve, construire sa voiture (d'exception), une GT de prestige à la technique très sophistiquée - à l'image des Ferrari.

Dans l'Espagne franquiste de 1950, un pays pauvre et ravagé par la Guerre Civile, dont les routes défoncées ne connaîtront pas avant longtemps la motorisation de masse, le lancement d'un tel Ovni apparaît tout bonnement surréaliste. Marque terriblement élitiste, Pegaso annonce la couleur avec son slogan " Pegaso, la voiture des connaisseurs ", une voiture à laquelle la carrosserie Touring apportera, avec sa magnifique berlinette, tout son talent.

Entièrement conçue par l'E.N.A.S.A. et fabriquée à la main dans l'usine barcelonaise de La Sagrera (rachetée à Hispano-Suiza), la Z 102 connaît le baptême des sunlights au salon de Paris de 1951. Si la ligne assez massive de la voiture ne brille guère par son élégance, sa mécanique fait sensation : jugez plutôt : un V8 en alliage léger à quatre arbres à cames en tête entraînés par pignons et lubrification par carter sec. Par ailleurs, pour un meilleur équilibre des masses, la boîte de vitesses à cinq rapports (réalisée en Espagne sur un modèle ZF) est située en porte-à-faux du pont arrière et accolée à ce dernier. Constitué d'une plate-forme à caissons (une structure semi-portante), le châssis n'est pas en reste. Doué d'une grande rigidité, il a aussi l'avantage d'autoriser le montage de carrosseries spéciales.

La production démarre vraiment avec la Z 102 B qui, dévoilée au salon de Paris de 1952, bénéficie d'améliorations techniques et esthétiques. Au cours de sa courte carrière, le moteur sera proposé en trois variantes de cylindrée (2,5 litres, 2,8 litres et 3,2 litres) et alimenté par un, deux ou quatre carburateurs Weber. Les Pegaso peuvent même recevoir des compresseurs de type Roots, qui permettent au V8 de développer plus de 280 ch (type Z 102 BS). Elles sont disponibles en coupé et cabriolet réalisés par Touring, Saoutchik et Serra (une maison espagnole). De loin la plus réussie, la berlinette Touring au design racé apparaît comme un pur chef-d'œuvre esthétique. Elle sera la version la plus diffusée. En 1955, la Z 102 B cèdera la place à la Z 103, motorisée par un prosaïque V8 culbuté de 3,9 litres, 4,45 litres ou 4,7 litres. Ne disposant pas de moyens financiers suffisants, Pegaso ne pourra faire ses preuves en compétition malgré ses engagements aux 24 Heures du Mans et dans la Course Panaméricaine.

Sommet de technologie proposé à un tarif prohibitif, la Pegaso requiert également un entretien adapté à une mécanique très poussée. Cet élitisme joint à une production artisanale non rentable entraînera la fin de l'aventure en 1957. Un terme qui ne va pas sans le retrait de Wilfredo Ricart, l'E.N.A.S.A. concentrant alors toute son activité sur la production de poids lourds.

Sortie d'usine en 1955, la berlinette Z 102 B Touring présentée sur le stand de Classic Car Associates est l'une des plus originales Pegaso qui existent au monde. Cette voiture, Rudy Pass la connaît depuis longtemps. Il l'a découverte au Japon dans les années soixante-dix chez un collectionneur, qu'il a convaincu, il y a un an, de la vendre à l'un de ses clients belges. Ce dernier l'a achetée en confiance au vu de quelques photos, tandis que le Japonais n'acceptait de la céder qu'à un homme de qualité… Johan Van Puyvelde, l'actuel et nouveau propriétaire, connaît sur le bout des doigts l'histoire de sa voiture, qui est du reste limpide - cinq propriétaires au total.

Commandée en 1954 par Pablo Menzel, un gentleman driver espagnol, la Z 102 B est livrée à ce dernier l'année suivante. C'est une voiture de compétition avec laquelle Menzel va participer à des courses de côtes et à des épreuves sur circuits en Espagne, dans le Sud de la France (à Pau semble-t-il) et au Portugal. S'il est dépourvu de compresseur, le moteur est doté de quatre carburateurs Weber, tandis que le freinage est renforcé par des tambours de plus grand diamètre - les freins ont toujours été le point faible des Pegaso par ailleurs puissantes et douées d'une remarquable tenue de route. Sur 86 voitures construites, deux seulement ont été équipées à l'origine de ces tambours spéciaux..

Après avoir couru pendant deux ans, Pablo Menzel revend sa Z 102 B à Pegaso - il poursuivra la compétition sur une barquette d'usine jusqu'à un accident qui mettra un terme à son engagement. A l'époque, la marque reprenait ces machines de course pour les revendre après les avoir rénovées. Démontée, la voiture voit sa carrosserie envoyée chez Touring, qui la refait à neuf. La mécanique subit une cure de jouvence (mais il s'agit du même moteur de compétition) et l'on change l'intérieur qui, de vert, devient noir. Quant à la peinture, également verte d'origine, elle est remplacée par un azul claro (bleu clair).

La Z 102 B est ainsi revendue neuve à un certain Mas Sarda, qui roule très peu à son volant avant de la céder dans années soixante à un noble espagnol, le duc Luis d'Antin - lequel courait dans les années cinquante sur Porsche. C'est à cet hidalgo, qui ne s'en sert pratiquement pas, que le collectionneur japonais l'achète en 1976. Mais au pays du soleil levant, la Pegaso ne connaîtra pas plus l'ivresse de la vitesse, puisqu'en 26 ans, notre Japonais ne parcourra que 500 kilomètres… Johan Van Puyvelde a fait des recherches en Espagne, qui lui permettent d'affirmer aujourd'hui que, depuis 1957, sa Pegaso n'a guère dépassé les 6000 kilomètres ! Elle apparaît comme l'une des plus authentiques Z 102 sur la trentaine d'exemplaires rescapés et complets. La voiture a été préservée dans son état d'origine, y compris les roues Borrani et certains chromes qui n'ont pas été refaits. Quant à la sellerie, elle se présente telle qu'elle était en 1957. Du reste, souhaitant participer au concours de Pebble Beach en 1994, le collectionneur japonais avait envoyé la Pegaso aux Etats-Unis pour la faire préparer en vue de la manifestation. Mais il refusa (fort judicieusement) que l'on touche à la sellerie, perdant ainsi toute chance de remporter le concours, les Américains étant hélas des adeptes du plus neuf que neuf…

Cette magnifique et précieuse berlinette Touring partageait le stand de Rudy Pass avec deux de ses sœurs Z 102 B, deux voitures également rares et de grand intérêt. Le cabriolet Saoutchik de 1954 appartient au second modèle réalisé par le carrossier français. Il s'agit d'une curiosité, qui vaut plus par sa rareté que par sa ligne discutable et assez " fin de race ". La voiture a connu plusieurs propriétaires, dont l'un avait transformé la carrosserie à la fin des années cinquante pour en faire un coupé - une réalisation " locale " peu inspirée… Actuellement en cours de restauration (le moteur n'est pas terminé), la Z 102 B Saoutchik a retrouvé son design d'origine.

Quant à la barquette de compétition baptisée Spider Pedralbes, du nom d'un circuit situé près de Barcelone, elle a participé dans les années cinquante à quelques courses en Espagne, ainsi qu'à des " speed trials " en Belgique (des courses en ligne droite). Elle était à l'époque équipée d'un compresseur qui permettait au V8 de délivrer plus de 300 ch… Si la carrosserie a été reconstruite conformément à l'origine, le moteur se trouve encore en restauration.

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