Saga Buick

Marque huppée, Buick a toujours proposé pour l’essentiel des voitures opulentes destinées à une clientèle bourgeoise. Elle ne s’en est pas moins placée, avec Cadillac, à la pointe du design de Detroit.

sommaire :

Le design Buick

Gilles Bonnafous le 21/11/2003

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Buick n’avait pas manifesté, jusqu’au milieu des années trente, une grande considération pour le design. La situation évolue en 1934 avec le lancement d'une ligne modernisée, avant de basculer en 1936, quand Harlow Curtice, le patron de la General Motors, appelle Harley Earl à la tête de la "Art and Color Section" — la future Direction du style du géant de Detroit. Earl s'empresse de dessiner la ligne de 1936, une des plus belles de l’avant-guerre.
1938 Buick Y-Job
1938 Buick Y-Job Buick
Buick Roadmaster 1942
Buick Roadmaster 1942 D.R
La Y-Job inaugure, en 1939, la tradition des show-cars Buick. Loin d'être de gratuits exercices de style, comme le seront certains dream-cars de la GM (on pense notamment aux Firebirds), ces voitures préfigureront des tendances de style et des solutions techniques appliquées sur les modèles de série. Créée par Harley Earl et utilisée par lui-même comme véhicule personnel, la Y-Job revêt une importance historique décisive. Son influence sur le design des modèles Buick de 1942, et donc de la période qui suit la guerre, est lisible. La douceur des lignes et les ailes avant prolongées sur les portières en sont des illustrations. Sa grille de calandre est à l'origine des fameuses dents Buick, qui orneront les voitures jusqu'en 1954 — on peut même inscrire dans cette continuité la belle calandre de 1957. Quant aux élégantes bandes latérales chromées, elles seront reprises sur les Pontiac "Silver Streak" de l'après-guerre.
Buick Roadmaster Cabriolet 1948
Buick Roadmaster Cabriolet 1948 Motorlegend.com
Buick Riviera 1949
Buick Riviera 1949 D.R

C’est ce design d'avance qui va permettre à Buick de restyler ses voitures dès 1942. Plus évolué même que celui de Cadillac, le style de ce millésime constitue un jalon important sur le chemin qui conduira l’Amérique à la ligne ponton. Ainsi, la marque aborde la période de l'après-guerre avec un avantage sur ses concurrents, dont les modèles de 1946 reprennent pour la plupart des lignes dépassées. Les Buick adoptent les ailes avant prolongées de la Y-Job, ou le style dérivé dit "airfoil, où les ailes descendent en pente douce et sans rupture pour s'intégrer harmonieusement à la caisse. Ce design très réussi aux formes douces et sensuelles demeurera jusqu'en 1948.
Buick XP-300 1951
Buick XP-300 1951 Buick
Buick LeSabre 1951
Buick LeSabre 1951 Buick
Le millésime 1949 voit l'apparition d'une nouvelle ligne, encore plus harmonieuse, qui fait des Buick des voitures encore plus cossues et bourgeoises, à l'image de leur clientèle. Seul signe incisif de ce design, les dents viennent rappeler symboliquement l’agressivité commerciale de la marque. Les show-cars illustrent parfaitement ce dynamisme. Les «XP-300» et «LeSabre» de 1951 en sont les plus importants. Riches en innovations esthétiques et technologiques, leur influence sera grande sur les modèles de série, et ce jusqu'à la fin des années cinquante. Pour ne citer que deux exemples, le pare-brise panoramique sera mis en production sur la première Cadillac Eldorado de 1953 et les ailerons de l'XP-300 triompheront sur toutes les voitures américaines. Quant aux Wildcat, Wlidcat II et Centurion de 1953, 1954 et 1956 réalisés en matière plastique, s’ils n'auront pas de postérité au sein de la marque, ils profiteront à la Chevrolet Corvette lancée en 1953.
Buick Wildcat II 1954
Buick Wildcat II 1954 Buick
Buick Centurion 1956
Buick Centurion 1956 Buick

C'est au moment où disparaissent les dents de la calandre en 1955 que voit le jour un style plus agressif, aux formes anguleuses et aux chromes et ailerons menaçants. Il culminera en 1958 dans l'ascension verticale, et en 1959 dans le registre plus original, mais tout aussi extravagant, des ailerons obliques. Trois périodes peuvent être distinguées dans l'évolution de ce design au cours de la seconde moitié des fifties. La mise en place de nouvelles lignes (1955-1956), leur épanouissement (1957-1958) et l'apparition d'un nouveau style (1959-1960).
Buick Riviera 1955
Buick Riviera 1955 Motorlegend.com
Buick Riviera 1955
Buick Riviera 1955 Motorlegend.com
La genèse du phénomène se situe en 1955, dont le design modernisé, outre qu'il achève l'intégration des ailes avant au capot, présente des innovations décisives. La poupe est prolongée par des ailerons, qui pour être droits et assez discrets n'en constituent pas moins un évènement. On retrouvera jusqu'en 1958 la face avant aux chromes agressifs, ainsi que la baguette chromée en forme de V très ouvert qui court sur les flancs et leur donne un rythme dont ils ont bien besoin pour alléger leur massivité.

Le style s’exacerbe en 1957, avec le développement du pare-brise panoramique, tandis que les ailerons au profil incliné vers l'arrière annoncent ceux, affinés et acérés, de 1958. Le volumineux pare-chocs donne à la face avant une impressionnante lèvre inférieure dotée de gros butoirs. Quoique lourdement chargé de chromes, cet ensemble, agrémenté d'une belle calandre aux formes arrondies, apparaît comme une des plus réussies de la période.
Buick Special 1958
Buick Special 1958 D.R

A cette grâce s'oppose la très agressive proue de 1958, véritable mur de chromes, dont la verticalité n'a d'égal que son arrogance soulignée par la double paire de projecteurs. Cette massivité reflète l'impression d'ensemble que dégagent les voitures de ce millésime. La haute ceinture de caisse, prolongée par de lourdes ailes arrière au porte-à-faux impressionnant, pèse sur la silhouette malgré le bel élan des ailerons pointus.
Buick Special cabriolet 1958
Buick Special cabriolet 1958 D.R
L'année 1959 consacre une totale rupture de style. Contrairement à Cadillac qui, en cette année culte, fait dans l'agressivité verticale, Buick prend le parti de l'horizontalité pour se singulariser. La carrosserie se présente comme un vaste plan formant une aile, qui semble prête à l'envol. Cette impression aérienne, renforcée par la belle symétrie avant-arrière des capots, fait de la voiture un vaste oiseau, évocateur de liberté et d'évasion. La clarté et le dynamisme du design épargne à ce vaisseau toute massivité. La silhouette révèle deux droites rectilignes et tendues, dont l’élan aboutit à l'éclosion des ailerons obliques. Rarement une voiture américaine, aux dimensions aussi considérables et portant pareil poids de chromes, a atteint une telle pureté et un tel dynamisme dans ses formes.

Le millésime 1960 dérive de celui de l'année précédente. S'il en garde l'élégance, il perd de sa netteté et de sa rigueur. Les ailerons arrondis donnent à la ligne plus de douceur, mais la silhouette, aux formes assez complexes, paraît moins convaincante. Nouvelle rupture et apparition d'un design entièrement renouvelé en 1961. Mais cette fois, la fête est finie. Marquant le début d'une ère nouvelle, le style s'assagit et l'on range les délires au magasin des souvenirs, d'où ils ne ressortiront pas. Les années 60 consacreront le règne des lignes droites et des volumes rectangulaires. Belles quoiqu'un peu lourdes, sérieuses surtout et plus "respectables", elles manqueront singulièrement de fantaisie. Un excès en entraîne toujours un autre en retour...
Buick LeSabre cabriolet 1959
Buick LeSabre cabriolet 1959 D.R
Buick 1960
Buick 1960 D.R
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