Les concept cars de la General Motors

Une plongée dans l'imagination débordante des années 50 et 60, période bénie du design et synonyme de rêve au pays de l'Eldorado automobile.

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BUICK Y-Job

Gilles Bonnafous le 12/11/2001

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C'est par elle que tout a commencé ! Premier dream car des temps modernes - tous constructeurs confondus -, la Buick Y-Job initie une longue lignée de voitures expérimentales, qui devaient marquer pour longtemps l'histoire de l'automobile américaine.

Celle que l'on nomme affectueusement " la grand-mère de tous les dream cars " ne saurait être réduite à un modèle de rêve, encore moins à un délire gratuit dépourvu de postérité. Bien au contraire, la Y-Job se veut une étude réaliste pour l'avenir. Revendiquant le statut de vrai prototype expérimental, elle représente une étape décisive dans l'histoire du design américain.
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Harley Earl dans la Buick Y-Job
Harley Earl dans la Buick Y-Job D.R
Nous sommes en 1938. La General Motors souhaite tester les réactions du public face aux innovations que préparent ses designers pour le moyen terme. Il est donc décidé de réaliser un véhicule qui synthétiserait les projets alors dans les cartons. Si Harley Earl, patron de la " Art and Colour Section " du géant américain, en est (bien sûr) l'inspirateur, c'est le styliste George Snyder qui se voit confier la responsabilité du prototype. La voiture est construite sur un châssis Buick modifié par l'ingénieur en chef de la marque, Charles Chayne.

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L'importance de la Y-Job tient à ce qu'elle annonce le style de la General Motors de la décennie quarante. Elle préfigure en effet la ligne des Buick et Cadillac du millésime 1942, une année capitale dans l'histoire du design d'outre-Atlantique. Cette année apparaît en effet comme un tournant, une étape intermédiaire avant le passage à la ligne ponton, qui interviendra après la guerre. Pas plus de quatre ans séparent ainsi le rêve de la réalité. Parmi les thèmes développés sur la Y-Job et repris en 1942, citons les ailes enveloppantes, les baguettes chromées sur les flancs destinées à allonger la silhouette, ainsi que le prolongement des ailes avant sur les portes.

Certes, nombre des traits qui caractérisent la Y-Job - phares escamotables, calandre horizontale, poignées de portes encastrées, poupe fuyante en boattail - sont des emprunts à des créations antérieures, notamment à la Cord 810 de Gordon Buehrig, dont l'influence est manifeste. Mais la Y-Job se veut avant tout une synthèse des courants avant-gardistes de l'époque. Malgré son gabarit imposant, elle apparaît comme une création harmonieuse au futurisme tempéré. Toutefois, on n'aurait cure d'omettre qu'elle est la première automobile équipée d'une capote et de vitres à commande électrique. Et après le coup d'éclat que représente cette création, il faudra attendre treize ans avant que la General Motors revienne aux concept cars. En 1951, naîtront coup sur coup les Buick Le Sabre et XP-300.
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La planche de bord montée en 1949
La planche de bord montée en 1949 D.R
L'année même de la présentation de la Y-Job, Harley Earl est nommé vice-président de la General Motors. De concert, la " Art and Colour Section " prend l'appellation de " Styling ". Loin d'un banal changement d'appellation, cet événement hautement significatif annonce les évolutions ultérieures et la prépondérance du design au cours des années cinquante.

Pourquoi cette appellation énigmatique d'Y ? Les designers de la GM empruntèrent cette lettre aux projets de chasseurs développés par l'industrie aéronautique américaine pour la Seconde Guerre mondiale - à l'image du " Y " P-40, qui s'illustrera sous le nom de P-40.

Largement présentée à travers les Etats-Unis, la Y-Job sera ensuite remisée dans un hangar de la General Motors, non sans que Harley Earl l'ait utilisée pendant plusieurs années pour son usage personnel ! Il faudra attendre 1964 pour qu'elle sorte de sa retraite. Elle sera alors la vedette d'une exposition consacrée aux créations majeures du design américain dans le cadre du salon automobile de New York.

La Y-Job évoluera au fil des années. En 1949, elle recevra la planche de bord des Buick 1949, qu'elle a conservée depuis, tandis que les phares escamotables seront remplacés par des projecteurs découverts. C'est au début des années 70 que la voiture retrouvera sa face avant originale. Aujourd'hui, la grand-mère des dream cars coule des jours paisibles dans son musée.
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