Les berlines Grand Tourisme

Les berlines de grand luxe à très hautes performances représentent une sorte de jardin d’Eden, où ces prestigieuses quatre portes offrent des puissances identiques à celles des coupés GT de haute volée.

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Histoire : Berlines grand tourisme : les précurseurs

Gilles Bonnafous le 19/12/2006

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Les berlines de grand luxe à très hautes performances représentent un espace privilégié, qui se situe au-delà du haut de gamme. Une sorte de jardin d’Eden, où ces prestigieuses quatre portes offrent des puissances identiques à celles des coupés GT de haute volée (Ferrari, Maserati, Lamborghini, Aston Martin). Et des performances voisines.

Ces berlines d’exception ont toujours été le point de rencontre de grands constructeurs plus ou moins généralistes, comme Mercedes, et de petites marques de prestige spécialisées dans les GT — petites par les volumes produits. Leur marché a toujours été marginal. Une diffusion limitée par leurs prix, la clientèle en âge de s'offrir des voitures aussi coûteuses préférant souvent le coupé 2 + 2, formule plus séduisante dont les versions les plus habitacles offrent quatre vraies places — à l’image des Ferrari de la génération 400.
Maserati Quattroporte de 1963
Maserati Quattroporte de 1963 D.R.
Lancia Thema 8.32 2ª Serie
Lancia Thema 8.32 2ª Serie Lancia
La plus célèbre d’entre elles est la Maserati Quattroporte : la première, celle qui naît en 1963 sous le crayon de Pietro Frua. Grâce à son V8 quatre arbres de 4,2 litres, elle est au cours des années soixante la berline la plus rapide du monde. En fin de carrière, le 4,7 litres de la Ghibli lui offrira des prestations encore supérieures (230 km/h). Quatre générations suivront, moins en vue. Si la troisième bénéficiera en 1976 du V8 4,9 litres, la décevante Quattroporte 2 de l'intermède Citroën ne saurait faire partie de ce brillant aréopage. Actuellement disponible en concessions, la dernière Quattroporte en date est la seule qui soit digne de la belle aïeule.

Malgré le projet "Pinin" de Pinin Farina, il n'y eut jamais de berline Ferrari en raison du refus du Commendatore qu’une "familiale" porte son cheval cabré… En dépit de cette absence remarquée, l’Italie a toujours été une pourvoyeuse de ces brillantes machines. Outre la Lancia Thema 8,32 de 1986, motorisée par le V8 Ferrari, et l’actuelle Quattroporte, la péninsule a donné naissance à des berlines mues par des V8 américains.
Maserati Quattroporte Sport GT
Maserati Quattroporte Sport GT Maserati

A l’image de leurs homologues GT, ces hybrides italo-américains ont pâti d'un déficit d’image en raison de leurs mécaniques dépourvues de noblesse. Elles n'en représentaient pas moins une formule intéressante alliant la haute couture italienne à des moteurs simples, souples et puissants.

Deux modèles illustrent cette race mal aimée, l’Iso S4 Fidia et la De Tomaso Deauville. Lancée en 1970 à côté de la Pantera, cette dernière a été imaginée par Alessandro de Tomaso pour concurrencer la Jaguar XJ. Comme la Pantera, elle a reçu le V8 Ford Cleveland dont les 5,7 litres et 270 ch la propulsent à 230 km/h. L’Anglaise ne tremblera guère et la Deauville ne connaîtra qu’un succès d’estime.
Iso Rivolta Fidia de 1967
Iso Rivolta Fidia de 1967 D.R.
De Tomaso Deauville
De Tomaso Deauville D.R.
Bien que suisse, la Monteverdi relève de la même veine. Version quatre portes du coupé 375 L, la 375/4 est motorisée par un énorme V8 Chrysler de 7,2 litres développant 375 ch. Présentée au salon de Genève de 1971, la Monteverdi atteint 240 km/h. Sa diffusion s’avérera particulièrement confidentielle avec une production limitée à sept exemplaires, trois carrossés par Fissore et quatre par Poccardi. Difficile de trouver plus exclusif…
De Tomaso Deauville
De Tomaso Deauville D.R.
La Monteverdi 375/4
La Monteverdi 375/4 D.R.

Une voiture à la beauté noble et sensuelle, un habitacle au luxe et au confort comparables à ceux d’une Rolls-Royce, les performances d'une GT et un V12 sous le capot ! Un rêve ? Non, la Jaguar XJ 12. A son lancement en 1972, elle est la seule berline au monde à accueillir pareille mécanique depuis la guerre. Ses performances sont hors du commun pour une quatre portes, et le couple phénoménal vous pousse à en perdre la tête…

Avant cela, Williams Lyons avait déjà étonné avec la Mk X (et son successeur la 420 G). Fort de ses 265 ch, ce somptueux vaisseau était capable de 200 km/h en 1961. A un luxe inouï, la voiture ajoutait la technologie sophistiquée de son essieu arrière à roues indépendantes emprunté à la Type E. Toujours au pays de Sa Gracieuse Majesté, Aston Martin a proposé dans les années 70 et 80 son impressionnante Lagonda et Bentley sa surpuissante Mulsanne Turbo.
Jaguar XJ 12
Jaguar XJ 12 D.R.
L’Allemagne n’a jamais été en reste pour décliner des berlines superlatives. Motorisée par le V8 de 6,3 litres emprunté à la 600, la Mercedes 300 SEL 6,3 (W 109) constitue en 1968 l’apothéose de la Classe S. Sa présentation au salon de Genève fait sensation. Concurrente de la Maserati Quattroporte, elle est proposée à un prix exorbitant (plus du double d'une 280 SE). Cela ne l’empêchera pas d’être produite à plus de 6500 exemplaires ! Avec le V8 porté à 6,9 litres, la 450 SEL 6,9 prolonge le succès de sa devancière au titre de la Classe S série W 116.

Et la France dans tout ça ? Rien, si ce n’est les deux tentatives de Jean Daninos avec la Facel Vega Excellence et de Jean Tastevin avec la Monica, qui seront autant d’échecs. Les deux voitures étaient équipées de mécaniques américaines en raison de l’absence de moteur français. Une carence qui signe l’abandon par les grands constructeurs hexagonaux de ce créneau à la concurrence étrangère, comme l’a été celui des grandes GT. Nous y reviendrons.
Aston Martin Lagonda
Aston Martin Lagonda Aston Martin
Mercedes 300 SEL 6.3
Mercedes 300 SEL 6.3 Mercedes
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