La Carrosserie Touring

Histoire : L'époque Weymann

Gilles Bonnafous le 03/01/2005

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Dès la création de Touring, Felice Bianchi Anderloni acquiert la licence Weymann pour la Lombardie. Introduite en Italie par la Carrosserie Alessio de Turin, cette technique, imitée de l’aéronautique, a été inventée en France au début des années vingt par Charles Weymann. Ses deux atouts majeurs sont la souplesse et la légèreté.

Isotta Fraschini 8A 1927 D.R

Alfa Romeo 6C 1500 1928 D.R
Les carrosseries classiques sont habillées de plaques de tôle fixées de manière rigide sur une charpente en bois, de sorte que l’ensemble travaille sous l’effet des vibrations et des flexions transmises par le châssis. Ce qui entraîne, surtout pour les petites voitures, déformations (qui écaillent la peinture) et grincements. Une (relativement) bonne rigidité de l’ensemble suppose des voitures construites très lourdement et donc de forte cylindrée.

L’idée de Charles Weymann est de ne pas s’opposer aux mouvements du châssis et de laisser la carrosserie fléchir avec ce dernier. Elle sera donc flexible et ses panneaux cesseront de faire partie de la structure portante de la voiture. Les panneaux des carrosseries Weymann sont constitués de tissu ou le plus souvent de similicuir et rembourrés d’ouate ou de crin. L’assemblage fait aussi appel aux silentblocs. Ainsi, tout en alliant souplesse et légèreté, les carrosseries Weymann sont silencieuses. De plus, le procédé est économique.

Lancia Lambda 1928 D.R

Alfa Romeo 6C 1750 1930 D.R

Bien que ce système de construction limite quelque peu la liberté du créateur en obligeant à surfaces planes, d’où des volumes anguleux et un style assez stéréotypé, Felice Bianchi Anderloni le met en œuvre dès ses premières réalisations. Empruntes d’une élégance austère, les premières carrosseries Touring sont aussi des voitures luxueusement finies, qui parviennent à concilier sportivité et confort, un compromis non évident à cette époque.

Fiat 525 1930 D.R

OM Mille Miglia 1930 D.R
Le succès commercial est de suite au rendez-vous, qui va de pair avec les multiples lauriers glanés dans les concours d’élégance. Pas moins de huit Isotta Fraschini sont construites pendant la première année d’activité ! L’une d’elles, une conduite intérieure 8A SS type « Touring Belvedere », remporte deux prix au concours d’élégance de la Foire de Milan en mai 1927. Touring habille également des Alfa Romeo 6C 1500 et 1750 GT, Lancia Lambda et Fiat 525.

La petite berline rapide, voiture de gamme moyenne luxueusement traitée, devient une des spécialités de la Carrosserie Touring. En même temps apparaissent des conduites intérieures semi-rigides, un système intermédiaire avec panneaux métalliques sous la ligne de ceinture et pavillon Weymann.

Isotta Fraschini 8B 1931 D.R

Fiat 508 1933 D.R

Grâce à son talent qui concilie légèreté et confort, Touring développe une autre spécificité, sa présence dans les courses avec un type de carrosserie jusqu’alors considéré comme inadapté à la compétition, la conduite intérieure.

Alfa Romeo 8C 2300 1932 D.R

Alfa Romeo 2300 GT 1933 D.R
Pour Alfa Romeo, Touring réalise plusieurs berlinettes semi-rigides sur châssis 6C 1750 GT qui, deux années consécutives (1931 et 1932), remportent la catégorie très convoitée des voitures de tourisme aux Mille Milles. Aisément reconnaissables à leur long capot, à leur pavillon bas et arrondi et à leur pare-brise incliné, ces voitures témoignent de préoccupations aérodynamiques très précoces, annonçant la révolution stylistique qui va bientôt éclore. Baptisé « Fugientem incurro diem » (Je cours contre la montre), ce type de carrosserie inaugure également une série de modèles aux noms inspirés de l’Antiquité.

Etroite et privilégiée, la collaboration avec Alfa Romeo sera à la source des plus belles et originales créations Touring des années trente. Les carrosseries réalisées sur châssis Fiat, Bianchi, Ansaldo, OM ou Lancia apparaissent plus conventionnelles. On citera également la Citroën C6, un coupé-cabriolet de cérémonie construit pour la reine Marguerite de Savoie. Citroën cherche alors à pénétrer les milieux politiques et mondains italiens. Peu de temps après, le Quai de Javel fera don au pape d’une voiture similaire mais construite par ses soins.

Alfa Romeo 6C 2300 GT 1933 D.R

Citroën 6C 1933 D.R

C’est en 1931 qu’apparaît l’extraordinaire carrosserie Flying Star, premier sommet de l’art de Touring et date décisive dans l’histoire de la carrosserie italienne. Inauguré sur le châssis court de l’Isotta Fraschini 8A, notamment présentée au concours d’élégance de la Villa d’Este, le spider Flying Star présente une innovation de grande portée, la ceinture de caisse interrompue. Cette virtuose étoile filante se caractérise également par la tension stylistique produite par l’opposition entre un capot haut et long et une poupe courte et ramassée. Le spider sera construit à plusieurs exemplaires — sur Alfa Romeo 6C 1750 GT et 1750 SS, Isotta Fraschini 8B (salon de Paris 1931) et Fiat 522 C —, la plupart différents dans les détails. Une évolution notable concerne toutefois le profil, dont les ailes entrelacées entraînent la disparition du marchepied.

Isotta Fraschini 8A Flying Star D.R

Alfa Romeo 6C 1750 GT Flying Star D.R
La Flying Star constitue un feu d’artifice avant le triomphe des formes aérodynamiques, amorcé notamment par la Freccia di Belzebu (Flèche de Belzébuth) de 1933 et la Soffio di Satana (Souffle de Satan) de 1934. Les premières ailes « ovoïdes » apparaissent en 1935 sur les berlinettes de la série Aeternum, dont la carrosserie entièrement métallique est montée sur le châssis Alfa 6C 2300, plus particulièrement sur le modèle Pescara aux volumes fuyants et à l’arrière court et profilé. L’étape suivante de cette évolution verra la présentation de la Superleggera en 1937.

Alfa Romeo 2300B 1934 D.R

Lancia Artena 1934 D.R
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