Autojumble de Beaulieu 2007

L’Autojumble présentait 200 voitures pour tous les goûts et pour toutes les bourses. La De Lorean de « Retour vers le futur » a même fait une apparition. Mais elle n’était pas à vendre…

sommaire :

TATRA 97

Gilles Bonnafous le 28/09/2007

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Avec ses formes singulières et sa mécanique originale, la Tatra 97 fut à Beaulieu l’une des voitures les plus remarquées. C’est aussi un modèle des plus rares. Deux seulement se trouvent aujourd’hui au Royaume-Uni, aucune en France.

La voiture appartient à Ian Tisdale, passionné de la marque et président du Tatra Register UK. Il possède deux autres Tatra, une 603 et une 613 M95 équipée d’un moteur de 4,3 litres monté chez Tatra à Koprivnice en lieu et place de celui de 3,5 litres.

La T 97 a été achetée en Tchécoslovaquie il y a deux ans et demi par un Américain passionné de Tatra, qui l’a échangée avec Ian Tisdale contre une T 87 à restaurer. La voiture était presque roulante et Ian n’a eu à intervenir que sur le moteur. Il s’agit d’un modèle « matching numbers » de 1938 converti en conduite à gauche en Tchécoslovaquie après la guerre.
TATRA
Gilles Bonnafous
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La T 97 s’inscrit dans la lignée des Tatra aérodynamiques créée par Hans Ledwinka et inaugurée avec le type 77. Ces voitures avant-gardistes marquèrent, par leur conception d’ensemble et leur design, l’histoire de l’automobile.

Somptueuse mais trop chère, la 77 étonne plus qu'elle ne convainc l'éventuel acquéreur. Ledwinka revoit donc sa copie et fait subir à sa bien aimée une cure d'amaigrissement. Ainsi naît, en 1937, la T 87, allégée et raccourcie. Parallèlement à la sortie de cette dernière, le père des Tatra lance en 1937 une version "moyenne gamme", la 97, qui répond au souci d'attaquer un créneau plus large.

La T 97 est donc extrapolée de la T 87 (modèle V8), dont elle reprend un certain nombre de pièces mécaniques — les cylindres notamment —, ainsi que des éléments de carrosserie. Elle est, quant à elle, motorisée par un quatre cylindres à plat à deux arbres à cames en tête (un par banc de cylindres). Avec 1749 cm3, ce dernier développe 40 ch à 3500 tr/mn, une puissance qui permet à la voiture, assez légère (1150 kilos), de rouler à 130 km/h.
TATRA
Gilles Bonnafous
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Conformément à la doctrine de Hans Ledwinka, qu’il partage avec Ferdinand Porsche, le refroidissement du moteur se fait par air pulsé. On peut ajouter que les Tatra, comme les Porsche, sont partiellement refroidies par leur important circuit de lubrification. Un radiateur d’huile est du reste monté à l’avant. La boîte de vitesses à quatre rapports est synchronisée sur les troisième et quatrième vitesses. Techniquement avancée, la T 97 reçoit une suspension à quatre roues indépendantes et des freins hydrauliques Lockheed.

Dessinée sous l’influence des principes que l’ingénieur hongrois Paul Jaray théorisa et expérimenta chez Zeppelin, la T 97 arbore une saisissante carrosserie aérodynamique. Epousant la forme d'une goutte d'eau, son long fuseau prolongé d'une traîne majestueuse — favorisée par le moteur en porte-à-faux arrière — lui confère une étrange beauté. Mais cette originalité, pour être grande, est exempte de fantaisie. Rien n'est gratuit, seule la fonction crée la forme.
TATRA
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A une exception près toutefois, l'aileron qui orne le capot arrière de la T 97 comme de toutes les Tatra aérodynamiques. L'interprétation de cet appendice aéronautique est controversée. Il aurait un rôle stabilisateur à grande vitesse (!), ou favoriserait l'évacuation de l'air chaud du moteur. Nous pensons plutôt que Ledwinka s’est autorisé un caprice. Qu’on lui pardonnera volontiers, car, tirant essentiellement leur beauté de leur poupe, les Tatra aérodynamiques apparaissent bien comme les Vénus callipyges de l'automobile. Signalons que, pour la première fois sur la T 97, des hublots remplacent sur le capot les jalousies des modèles antérieurs. Ils seront repris sur la Tatraplan.

Moins heureuse que son aînée, la petite soeur de la 87 sera condamnée par la guerre, les autorités du IIIe Reich la trouvant potentiellement trop concurrentielle pour la KdF (future Coccinelle). Sa production sera arrêtée après 510 exemplaires construits. Elle connaîtra toutefois une postérité au lendemain du conflit sous la forme de la Tatraplan, dont la mécanique sera portée à deux litres et la ligne modernisée.
TATRA
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