Essai MERCEDES C63 AMG

David Lamboley le 29/04/2008

Certaines mauvaises langues considèrent encore les berlines et les breaks Mercedes comme d'excellents taxis parisiens. Ils ne connaissent probablement pas la C63, une des dernières créations sportives signées AMG.

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Présentation

Certaines mauvaises langues considèrent encore les berlines et les breaks Mercedes comme d'excellents taxis parisiens, et au mieux seulement comme des autos bourgeoises et confortables. Ils ne connaissent probablement pas la C63, une des dernières créations sportives signées AMG, la griffe historique « haute performances » du constructeur allemand. Ce véritable atelier de sorcellerie tient tête depuis plus de trente-cinq ans à Motorsport, le département sportif de BMW, l'ennemi juré. On retient surtout cette formidable bataille de berlines sportives à travers un match qui n'en finit pas : la M3, née en 1986, et la Mercedes 190 E 3.2 AMG, apparue en 1987, ont dès leur première rencontre appliqué la loi du talion.

Œil pour œil, dent pour dent, aux multiples générations de M3, Mercedes a répliqué avec les C36, C43, C32, C55 et désormais C63 AMG. Une course à l'armement aujourd'hui à l'avantage de Mercedes, en tous cas en termes de puissance, puisque la C63 AMG, en carrosserie berline ou break, développe la bagatelle de 457 ch à 6800 tr/mn via son impressionnant V8 cubant 6.2 litre, un véritable « big block » à l'allemande ! Le châssis raffermi, les optimisations aérodynamiques et l'équipement spécifique permettent également de distinguer l'un des breaks de série les plus performants du monde… Avec un tarif débutant à 86 350 euros, la C63 AMG fait cependant payer ces performances le prix fort.

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Design

Une fois n'est pas coutume, Mercedes a décidé, avec ce modèle AMG, de s'affranchir d'une certaine discrétion. Les précédentes générations, il est vrai, ressemblaient à s'y méprendre à la Mercedes de Monsieur tout le monde, excepté de grosses roues et quelques appendices invisibles aux yeux du quidam. Cette Classe C nouvelle génération, dont les versions plus sages sont apparues il y a un an et demi, figure déjà comme une base intéressante avec son museau vertical, son pli de tôle plongeant courant sur les flancs et ses ailes marquées.

Cette méchante version AMG se distingue grâce à capot moteur à double bossage, ses arches de roues avant hypertrophiées ainsi que son bouclier frontal très aéré et doté d'ouïes latérales de squale. Notre version break abandonne définitivement toute connotation utilitaire en adoptant, comme la berline, deux doubles tuyères chromées siglées AMG. Une signature que l'on retrouve également sur les ailes, accolée au sigle indiquant, bizarrement, une cylindrée inadéquate, 6.3 litre, alors que le V8 cube 6208 cm3. En tous cas, la C63 AMG s'est diablement émancipée !

Habitacle

Par rapport à une berline Classe C de moindre puissance, la C63 AMG, à notre goût, ne se distingue pas suffisamment. Outre un volant à méplat inférieur, un bloc d'instrumentation spécifique (tachymètre gradué jusqu'à…320 km/h !) et des sièges adéquats, on retrouve l'ambiance grisonnante et un peu austère de toutes les Classe C, avec par ailleurs certains plastiques à l'aspect décevant. A cela, Mercedes nous explique que la philosophie d'une telle version, à la fois supersportive de haute volée mais aussi et surtout break statutaire haut-de-gamme, ne doit pas trop s'éloigner des canons de la marque.

Inutile, donc, d'attendre des touches de couleur que seules les vulgaires GTI osent arborer. Cependant, la C63 AMG sait accueillir et choyer ses passagers sans trop oublier l'aspect pratique. L'équipement est digne d'une limousine, les dernières technologies électroniques sont de la partie et l'ergonomie, notion de première importance pour une auto sportive dépassant les 450 ch, ne prête pas flanc à la critique. On notera à ce sujet les excellents sièges-baquets, qui soutiennent parfaitement le buste et les cuisses dans les virages. Les différents réglages électriques permettent également de trouver à bonne distance volant et pommeau de levier de vitesse. Toutefois les palettes au volant, qui permettent de commander en mode séquentiel la boîte automatique, permettent de s'affranchir du maniement de ce levier.

Châssis

Les afficionados de berlines sportives le savent bien : dans l'ordre des choses, à BMW le sport à tout crin, à Audi l'efficacité et à Mercedes le sport bon chic bon genre. Avec la C63 AMG, l'ordre est quelque peu bousculé. La Classe C AMG, au fil des générations, a notamment été critiquée à cause de la définition de son châssis, beaucoup trop « soft » et imprécis dès que le rythme s'accélère. Les ingénieurs, tenus de suivre le cahier des charges Mercedes, devaient obligatoirement préserver une bonne dose de confort, d'où ce relatif manque de rigueur en conduite sportive.

Là, pour le coup, la C63 AMG retourne sa veste et apparaît tout de suite ferme, beaucoup plus ferme. Etonnant de la part d'une Mercedes, toute AMG qu'elle soit. Dans le détail, notons que, par rapport à une Classe C « de base », les ressorts et les amortisseurs sont raffermis, les barres antiroulis majorées et les voies élargies (+ 35 mm à l'avant, + 12 mm à l'arrière). Pour corser le tout, les silent-blocs et les rotules sont renforcées, et on note également une direction plus directe. Et pour arrêter cette cavalerie, le système de freinage fait appel à des disques ventilés/percés de 360 mm avec étriers fixe à 6 pistons à l'avant et 330 mm avec étriers fixe à 4 pistons à l'arrière. Verdict, la précision est fortement améliorée, le comportement étonnamment vivace pour un break mais le confort est relégué aux oubliettes. Bon, c'est un break familial oui ou non ? Là, pour le coup, Mercedes a mis une cuillère à soupe de fermeté en trop.

Moteur

C'est une première, ce V8 atmosphérique est entièrement conçu et réalisé par AMG, bloc compris. Un joyau technologique emprunt de noblesse aux caractéristiques hors-normes, comme l'atteste la forte cylindrée « à l'américaine », 6208 cm3, et le rapport volumétrique digne d'un moteur de course, 11,3 à 1. On note également des cotes supercarrées (102,2 mm d'alésage pour 94,6 mm de course) adéquates pour atteindre de hauts régimes, des chemises de cylindres dotées d'un revêtement anti-friction, une distribution à calage variable, ou une admission à flux piloté. Ce moteur tout aluminium, imparfaitement nommée « 6.3 litre », est uniquement accouplé à une boîte automatique, tradition Mercedes oblige. Il s'agit de la très moderne 7G-Tronic, qui peut effectuer automatiquement un double débrayage accompagné d'un coup de gaz au rétrogradage.

Le mariage inédit du V8 anabolisé et du break de taille moyenne vaut vraiment le détour. Car trouver un tel caractère mécanique à bord d'une familiale aux accents utilitaires, c'est un peu comme inviter AC/DC en concert à la salle Pleyel ! Exubérant, communicatif, explosif, ce V8 de folie délivre une incroyable sensation de force brute, quelque soit le régime. Du bas du compte-tours jusqu'aux 7200 tours juste avant le rupteur, sa disponibilité et son absence d'inertie sont uniques. Et quelle sonorité ! Côté boîte, Nous disposons de palettes au volant ainsi que de trois programmes, Confort, Sport (30% plus rapide) ou Manuel (50% plus rapide). Le mode Manuel, plus sympa lorsque l'on mène ce break de course le couteau entre les dents, laissera volontiers place au mode Sport, étonnamment vif pour un système à convertisseur, et dont l'automatisme s'avère bien géré. En tous cas, les performances parlent d'elles mêmes, avec notamment un 0 à 100 km/h effectué en 4“6 selon le constructeur (4“5 pour la berline). Oui, oui, c'est mieux que certaines Porsche 911…

Sur la route

La fermeté du châssis, s'il permet un comportement étonnament sportif et efficace de la part d'un break, relègue toutefois toute notion de confort en bas de la liste. C'est simple, si les routes empruntées par la C63 AMG ne ressemblent pas à un tapis de billard, les percussions dues au manque de filtration deviennent vite gênantes, en tous cas dans la cadre d'un voyage familial. Il est vrai que la monte optionnelle en 19 pouces dont nous disposons empire ce trait de caractère qui, franchement, pourra très bien convenir aux habitués des produits Motorsport, M3 en tête. Mais lorsqu'on se porte acquéreur d'un break, n'attend-on pas un certain degré de confort ?

Bref, côté sportivité, nous sommes servis, notamment lorsque le contrôle de stabilité électronique est mis en veille. Là, il devient aisé de mettre le feu au macadam et de jouer les équilibristes. Et côté accélérations, nous avons en mains un des outils les plus efficaces du genre, capable même de tailler des croupières à pas mal de GT. Oui, ce break bon chic bon genre est vraiment fun ! Et lorsqu'il s'agit de conduire vite et « propre », l'outil s'avère un des plus efficaces du genre, notamment grâce à sa direction directe (2,6 tours) et son train avant obéissant au doigt et à l'œil. Et à la limite, les anges-gardiens électroniques veillent. C'est sûr, par rapport aux anciennes générations de Classe C AMG, l'efficacité dynamique et la précision de conduite ont fait un bond remarquable. Et un nouveau facteur a fait son apparition, l'aspect communicatif. Pour la première fois, nous voilà totalement enthousiasmés par un break Mercedes. Ah, dernier détail croustillant, en conduite sportive, sur circuit il est vrai, nous avons consommé en moyenne…34 litre/100 km. De quoi calmer les ardeurs !

À retenir

Oubliez tout ce que vous savez sur les Classe C AMG : Le break C63 affiche une telle progression par rapport aux générations précédentes que l'on se demande même s'il s'agit bien d'une Mercedes ! A la fois classe, statutaire, efficace, dynamique, enthousiasmant, performant, cet engin hors-normes est probablement une des AMG les plus réussies de tous les temps, très excitante à piloter. Trois ombres au tableau cependant, une fermeté qui frise le zèle, problématique en conduite quotidienne, une consommation irréelle et un tarif particulièrement salé…
points fortsV8 sensationnel à la sonorité envoûtante, boîte automatique bien gérée, comportement en net progrès, performances de premier ordre, style enfin émancipé pour une AMG.
points faiblesHabitacle à l'aspect triste, certains plastiques peu flatteurs, confort de suspension quasi-inexistant, tarif élevé et consommation titanesque en conduite sportive.
15.1

20
Les chiffres
Prix 2007 : 94 350 €
Puissance : 457 ch
0 à 100km/h : 4.6s
Conso mixte : 13.7l/100
Notre avis
Agrément de conduite : 18/20
Sécurité active et passive : 17/20
Confort et vie à bord : 13/20
Budget : 8/20
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Avis des propriétaires

Commentaires

avatar de freeman27
freeman27 a dit le 12-03-2014 à 23:30
Alors que certain lors d'essais de véhicule "sportif" mettent une musique de fond qui va bien sur du mazout, vous avez fait un essai vidéo génial, pas trop de "musique" l'entente du son moteur, des infos tous au long (quoi que sa manque un peux d'info, mais que l'on retrouve dans l'essai "papier"). Le must, le sourire béant lors des accélérations ^^ Continuez comme sa.