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Essai BMW i8

Vincent Desmonts le 08/07/2014

En combinant aluminium et carbone, un moteur thermique et deux moteurs électriques, la BMW i8 s'affiche comme la plus futuriste des sportives. Mais quelle place laisse aux sensations cette armada technologique ?

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Foire aux puces

En général, lorsque l'on prend possession d'une sportive de 362 chevaux, on n'a qu'une seule envie : s'échapper au plus vite par l'autoroute et chercher des routes sinueuses afin de mettre la bête à l'épreuve et, accessoirement, d'avoir la banane. Curieusement, cette fois-ci, je ne résiste pas à faire l'inverse : en quittant le siège de BMW Italie, dans la banlieue de Milan, au volant de la nouvelle sportive hybride i8, je programme le GPS sur… le plein centre-ville. Masochisme ? Plutôt l'envie de vérifier les dires des représentants de la marque, qui présentent cette nouveauté comme une sportive des villes, née pour les contraintes de la circulation d'aujourd'hui, à l'heure où la majorité des terriens sont aussi des citadins.

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Une voiture de stars

Je débute donc cet essai en mode « eDrive » purement électrique. La BMW i8 se déplace alors en utilisant exclusivement l'énergie de ses batteries lithium-ion (7,1 kWh de capacité) et n'est alors mue que par son moteur électrique de 131 chevaux, situé sur l'essieu avant et doté de sa propre boîte à deux vitesses. Dans cette configuration, la i8 est donc une traction avant, ce qui se ressent si l'on démarre un peu trop vigoureusement sur les pavés humides : ça patine ! Il faut dire que pour réduire au minimum la traînée aérodynamique, l'i8 adopte des pneumatiques étroits : 195 de large à l'avant, 215 à l'arrière. Bref, mieux vaut ne pas oublier qu'en mode tout électrique, l'i8 offre 250 Nm de couple dès 0 tr/min ! Elle se faufile dans les rues de Milan en silence (et en théorie jusqu'à 120 km/h !), mais pas vraiment avec discrétion. BMW a en effet osé retranscrire quasiment à l'identique le style du concept-car Vision EfficientDynamics présenté à Francfort en 2009.

La i8 affiche des proportions de vraie sportive, avec une hauteur réduite (1,29 mètre, soit autant qu'une Porsche 911) et une largeur imposante (1,94 mètre). Mais elle y ajoute un jeu complexe de couleurs, avec une carrosserie contrastée et des touches de bleu, signature des modèles BMW i. Enfin, le carbone a donné une liberté inédite aux designers, qui ont pu jouer avec les formes, les volumes et les reliefs. Avec pour objectif numéro un de soigner l'aérodynamique, comme en témoignent les guides d'air sous les portières ou au niveau des vitres de custode. Même topo à l'intérieur, avec une instrumentation futuriste et une planche de bord épurée. Bref, la BMW i8 semble tout droit sortie d'un film d'anticipation, et les Milanais n'en sont toujours pas revenus ! Au moindre arrêt, téléphones et appareils photo surgissent des poches et se braquent sur l'engin. Ouvrez l'une des portières en élytre, et c'est carrément l'émeute. Au volant d'une BMW i8, vous êtes Tom Cruise ou Scarlett Johansson ! Mais lorsque vous redémarrez sur les vilains pavés milanais, vous grimacez : les suspensions sont très fermes.

Orchestre mécanique

Mais assez paradé en ville ! Si la BMW i8 a été aussi conçue pour ça et s'en tire avec les honneurs (malgré d'occasionnels à-coups en mode hybride), l'envie est trop forte d'aller voir ce que tout son arsenal technologique a dans le ventre. Car elle n'embarque pas un, ni deux, mais trois moteurs : outre l'électrique de 131 chevaux situé sur le train avant et déjà mentionné plus haut, l'i8 dispose également d'un 3 cylindres turbo à injection directe de 231 chevaux installé en position centrale arrière, complété par un alterno-démarreur offrant 15 kW (20 chevaux) et 50 Nm. Un véritable orchestre mécanique dont la mise au point a du tenir du casse-tête pour les ingénieurs de Munich ! Et pour compenser les 110 kilos de batteries (96 cellules lithium-ion) et la masse de cette chaîne cinématique complexe, l'i8 repose sur une plate-forme ultra-légère en aluminium (partie basse) et fibre de carbone (cellule habitable et carrosserie). Résultat : BMW annonce un poids de 1 485 kilos… soit exactement ce que Porsche revendique pour sa 911 Carrera 4S, rivale toute désignée de cette i8 !

De vraies performances de sportive

Alors que je m'éloigne du centre-ville, je dois désactiver le mode « eDrive » car la batterie est déjà presque vide ! Les 37 kilomètres d'autonomie 100 % électrique annoncés semblent quelque peu optimistes… Mais évidemment, pas d'angoisse de la panne sèche sur cette sportive hybride rechargeable : le trois cylindres a tôt fait d'entrer dans la danse, tandis que la boîte à deux vitesses du moteur électrique avant enclenche la démultiplication la plus longue afin de s'adapter aux allures autoroutières. Au fil des kilomètres, le trafic s'éclaircit à mesure que l'on s'éloigne de la ville par les voies rapides, et le rythme augmente sensiblement. Surprise : dans ces conditions, la BMW i8 parvient à recharger sa batterie, alors que la jauge était vide quelques minutes auparavant. Lorsque l'horizon se dégage enfin, on s'amuse à titiller l'accélérateur, et la réponse de la i8 est instantanée : le couple du moteur électrique puis la vigueur du 1,5 litre turbo s'enchaînent sans rupture ni à-coup pour offrir une vigueur étonnante.

Le 0 à 100 km/h ne réclame que 4,4 secondes, le kilomètre départ arrêté est expédié en 22,8 secondes, tandis que la vitesse maxi est bridée à 250 km/h afin de ne pas trop épuiser les batteries. Plus impressionnantes encore sont les reprises, avec un 80 à 120 km/h en seulement 2,6 secondes et toujours cette réactivité instantanée à la pression sur l'accélérateur. C'est grisant, d'autant que la sonorité mécanique a été très travaillée. Certes, elle est partiellement artificielle (BMW parle « d'amplification » de certaines harmoniques du moteur thermique), mais cette musicalité à mi-chemin entre 3 cylindres et V8 est enivrante.

Un châssis efficace et équilibré

Ça y est, c'est l'heure de vérité. Nous sommes au pied d'une petite route tortueuse surplombant le lac d'Iseo, à l'est de Bergame. La BMW i8 saura-t-elle y maîtriser son incroyable complexité pour offrir ce que nous autres amateurs d'automobile appelons « plaisir de conduite » ? D'une pichenette sur le sélecteur de la boîte, je bascule en mode « Sport », ce qui a pour effet de faire fonctionner de concert les moteurs thermique et électrique en permanence, afin d'offrir les performances maximales. Dans le même temps, la sonorité mécanique se fait plus présente, la transmission adopte une cartographie plus affûtée, et l'amortissement piloté se raffermit. L'i8 semble alors tendue comme un arc : elle dévore les bouts droits, fond sur les virages. À l'inscription, les petits pneus avant s'accrochent à la trajectoire et ne rendent pas les armes. La direction n'offre pas le meilleur des ressentis, mais elle permet de placer l'auto avec précision. Et à la remise des gaz en milieu de courbe, l'i8 enroule légèrement, démontrant avec brio la qualité des réglages de la double chaîne cinématique, mais aussi le remarquable équilibre de cette sportive high-tech. Le plaisir est donc bien au rendez-vous, l'efficacité aussi, grâce à un centre de gravité à seulement 460 mm du sol (d'assez loin le plus bas de toute la gamme BMW). Même les sensations à la pédale de frein, pourtant délicates sur les hybrides du fait de l'inévitable transition entre décélération régénérative et freinage hydraulique, ne sont ici aucunement perturbantes. Du beau travail !

À retenir

L'honneur est donc sauf : cette i8 est une vraie BMW. Et si elle incarne le futur des sportives, alors l'avenir est radieux ! Capable d'accéder en mode « zéro émissions » et en silence dans les centre-villes les plus hostiles à l'automobile, mais aussi de dévorer avidement une spéciale de rallye, après avoir pourchassé ses rivales sur des autoroutes forcément allemandes. La quadrature du cercle à travers un objet technologique esthétique et fascinant ? À condition d'oublier un tarif élevé et des aspects pratiques quelque peu négligés : les places arrière sont symboliques, le coffre est riquiqui et les portières sont très jolies mais encombrantes.
points fortsSportive « politiquement correcte », performances élevées, agrément de conduite, style spectaculaire, matériaux et technologies raffinées.
points faiblesTarif élevé, habitabilité comptée, suspensions fermes.
16.5

20
Les chiffres
Prix 2014 : 145 950 €
Puissance : 362 ch
0 à 100km/h : 4s
Conso mixte : 2l/100
Notre avis
Agrément de conduite : 17/20
Sécurité active et passive : 15/20
Confort et vie à bord : 13/20
Budget : 16/20

Avis des propriétaires

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Commentaires

avatar de FredM
FredM a dit le 09-10-2014 à 22:43
N'importe quoi ce commentaire? BMW ose produire et commercialiser un véritable concept car, le genre de véhicule qui sert de vitrine aux designers mais ne roule jamais habituellement. Pour la première fois "on peu s'offrir" un tel exercice de style, et rouler avec sur route ouverte et cela prend enfin tout son sens? merci BMW ! Les autres devraient suivent l'exemple, surtout les marques françaises. Cette voiture que j'ai eu l'occasion de voir de mes propres yeux sur le Mondial de l'Automobile Samedi dernier est impressionante car elle est ultra futuriste et parait très en avance sur son temps. Sa technologie saute aux yeux, et il n'y à q'une personne pas très objective qui dira le contraire. Cet ORNI met un gros coup de vieux à l'Audi R8 pour ne citer qu'elle. Il aurait été tellement plus simple pour BMW de faire comme tout le monde et de proposer une sportive à "l'ancienne" pour concurrencer directement la 911? Leqc devrait regarder du coté des Monospaces ça lui conviendrait mieux !
avatar de Leqc
Leqc a dit le 09-07-2014 à 14:38
Seulement 35 km d'autonomie en pure électrique, un accès mal aisé aux deux places avant, deux places arrière uniquement pour petits enfants non claustrophobes mais acrobates pour y accéder, des plastiques indignes d'un intérieur de ce prix, une suspension un peu tape-cul, etc... Une véritable réussite.