Saga Maserati

Créé en 1914 par six frères, Maserati est l'archétype du constructeur de voitures de sport issues de la course. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que Maserati viendra à la production de GT concurrentes des Ferrari.

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MASERATI A6 (la génération)

Gilles Bonnafous le 09/05/2003

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Maserati cherche à élargir son marché en sortant de son activité traditionnelle, exclusivement dédiée à la construction de machines de compétition. Date clé dans l'histoire de la marque, l'année 1947 voit la naissance de la première Maserati de route, l'A6. Cette berlinette carrossée par Pinin Farina et motorisée par un six cylindres de 1,5 litre est la première d'une série de voitures exclusives et rares, aujourd'hui très convoitées par les collectionneurs (fortunés!).

Certes, il y eut des prémisses. Construites sur le châssis de la 26 M, les toutes premières Maserati de route étaient apparues en 1930. Il ne s'agissait toutefois que d'initiatives isolées dues aux carrossiers Castagna, qui réalisa deux cabriolets, et Zagato, auteur d'un spider en aluminium. De même, en 1942, un prototype de coupé 1,5 litre avait été réalisé à partir d'un moteur dérivé de la 6 CM et doté d'une carrosserie Touring.
Le premier coupé A6 1500 Pinin Farina de 1947
Le premier coupé A6 1500 Pinin Farina de 1947 D.R
La présentation excentrique du coupé A6 Pinin Farina de 1947
La présentation excentrique du coupé A6 Pinin Farina de 1947 D.R
La première Maserati de production est donc bien l'A6 1500, une berlinette deux places carrossée par Pinin Farina, dont la première maquette remonte à octobre 1941. Encore faut-il préciser qu'il ne s'agit là que d'une fabrication artisanale. Présentée en mars 1947 au salon de Genève, qui, après celui de Paris 1946, constitue le deuxième salon européen de l'après-guerre, la voiture ne passe pas inaperçue. Outre sa carrosserie ponton, l'A6 s'offre quelques excentricités, à l'image de son toit ouvrant en plexiglas et de son capot moteur à ouverture latérale, sans parler des projecteurs dissimulés sous des trappes à ouverture électrique. Quant à la calandre, elle évoque celle des monoplaces d'avant guerre.

Construite sur un châssis tubulaire, l'A6 est motorisée par un six cylindres en alliage léger de 1,5 litre à simple arbre à cames en tête. Alimenté par un carburateur double corps Weber, celui-ci développe 65 ch à 4700 tr/mn, ce qui permet à la voiture d'approcher les 150 km/h. La boîte de vitesses possède quatre rapports (deux premières vitesses non synchronisées).

Après avoir subi une légère évolution de son dessin au salon de Paris de 1947, l'A6 connaît un restyling complet au salon de Turin 1948. Nettement plus sage, le nouveau design se caractérise par sa sobre élégance. Avec une carrosserie élargie et un arrière fast back, l'habitacle gagne en volume, d'où l'apparition de deux sièges arrière d'appoint. Pinin Farina présente au même salon un spider, dont deux exemplaires seulement seront construits. Une incertitude plane sur les chiffres de production de l'A6 1500. Une soixantaine de voitures seront réalisées jusqu'en 1950, dont 25 en 1949 et 22 la dernière année.
Coupé A6 1500 Pinin Farina de 1948
Coupé A6 1500 Pinin Farina de 1948 D.R
Coupé A6G Pinin Farina de 1951
Coupé A6G Pinin Farina de 1951 D.R
L'A6 monte en gamme avec l'A6G dévoilée au salon de Turin de 1951, où Maserati présente un stand pour le moins éclectique puisqu'à côté des deux exemplaires de l'A6G trône la monoplace 8 CLT, elle-même voisine du petit utilitaire TM 15 ! L'A6 reçoit un six cylindres dérivé du deux litres à simple arbre à cames en tête de l'A6GCS de course. S'agissant d'un modèle de route, le moteur a été dégonflé et l'alésage réduit, la cylindrée passant à 1954 cm3 contre 1978 cm3 pour l'A6GCS. Dotée de trois carburateurs Weber ou d'un seul selon le vœu du client, la voiture développe environ 100 ch à 5500 tr/mn pour 160 km/h (boîte de vitesses à quatre rapports). Le châssis tubulaire est équipé d'une suspension avant indépendante et de ressorts à lames à l'arrière.

Le caractère très exclusif et la finition luxueuse de l'A6G justifient le prix exorbitant de 5,5 millions de lires. Aussi, seize exemplaires seulement seront fabriqués en trois ans : un coupé Pinin Farina à la ligne très classique, qui annonce le dessin de la Lancia Aurelia B 20, un coupé Vignale au design plus agressif et un superbe cabriolet dû à Pietro Frua.
Spider A6G Frua sur la Piazza del Duomo à Modène
Spider A6G Frua sur la Piazza del Duomo à Modène D.R
Coupé A6G de Vignale
Coupé A6G de Vignale D.R

Le spider A6G 54 Zagato construit en un seul exemplaire
Le spider A6G 54 Zagato construit en un seul exemplaire D.R
Le spider A6G 54 de Frua
Le spider A6G 54 de Frua D.R
Avec l'A6G 54 dévoilée au salon de Paris de 1954, l'A6 atteint le sommet de son évolution. Elle est motorisée par le six cylindres de deux litres à double arbre à cames en tête de l'A6GCS 53 de compétition (dans une configuration assagie). Doté du double allumage - mais les premiers exemplaires ne comportent qu'une bougie par cylindre - et gavé par trois carburateurs Weber double corps, il développe 150 ch. Les 200 km/h sont atteints. Construite sur la même structure et le même empattement que l'A6G, l'A6G 54 est réalisée en deux versions, coupé et spider (soixante exemplaires au total de 1954 à 1957).

Le magnifique spider est dû à Frua - non obstant celui de Zagato présenté au salon de Genève 1955 et vendu en Argentine -, également responsable de l'une des trois versions du coupé. Allemano y va également de son interprétation, sans doute la moins séduisante, dont il livre deux variantes.
Le coupé Frua A6G 54
Le coupé Frua A6G 54 D.R
Coupé A6G 54 Allemano deuxième version
Coupé A6G 54 Allemano deuxième version D.R

Coupé A6G 54 Zagato première version
Coupé A6G 54 Zagato première version D.R
Un coupé A6G 54 Zagato première version en course
Un coupé A6G 54 Zagato première version en course D.R
Principalement destiné à courir, le coupé Zagato, construit à vingt exemplaires, reçoit le plus souvent une mécanique poussée à la demande de ses clients sportifs. Du reste, il continue à participer de nos jours à des épreuves historiques, comme en témoigne le châssis 21112 de Marco Brustio rencontré au Tour Auto 2002 (voiture du salon de Bruxelles 1955 cédée ensuite à Paul Frère).

Aussi réussie que la Ferrari 250 GT, l'A6G 54 Zagato est non seulement l'une des plus belles Maserati de route mais l'une des plus magnifiques GT jamais construites. Correspondant à une période charnière de l'histoire Maserati, cette superbe et rare voiture marque la fin de la période artisanale de la firme au trident avant qu'elle ne passe à la production en série (relative) avec la 3500 GT.
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