Saga Facel Vega

Le lancement en 1954 de la marque Facel Véga apparait comme un défi à la raison. Jean Daninos rêve de doter la France d’une automobile sportive de prestige. C’est peu dire que le contexte se prête mal à une telle initiative.

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FACEL VEGA Excellence

Gilles Bonnafous le 26/01/2004

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L’Excellence appartient à cette race de berlines d'exception surmotorisées qui tentent de relever un défi, celui de concilier les performances de très haut niveau propres aux GT avec l'espace et le confort de berlines cossues, voire de limousines de grand luxe. Sortes de GT "familiales", elles se différencient des coupés 2+2 par leur habitabilité de quatre places spacieuses conjuguée à l'accessibilité d'une quatre portes, épargnant aux occupants des places arrière les contorsions auxquelles ils sont soumis dans un coupé.

L’Excellence trouve sa genèse dans le souhait de l'Etat de doter les cortèges officiels d'une berline de prestige française, qui fait défaut depuis le retrait des marques de haut de gamme tricolores. Elle est extrapolée du coupé FV 1, dont l'empattement a été allongé de cinquante centimètres.
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Présentée en avant-première au salon de Paris de 1956, elle est équipée du Chrysler Typhoon TY 1 de 4768 cm3 et 230 ch SAE du coupé FV 2. L'année suivante, elle reçoit au même salon le TY 4 de cinq litres, mais c'est finalement le Typhoon TY 6 de 6460 cm3 et 330 ch qui est monté sur la version définitive commercialisée en mai 1958. En septembre de la même année, apparaît une nouvelle mouture, l'EX 1, qui se différencie par son moteur Typhoon TY 7 de 5907 cm3 délivrant 360 ch SAE (moins de 300 ch DIN). Si la voiture est dotée en série d'une boîte manuelle à quatre rapports conçue par Pont-à-Mousson, la plupart des clients opteront pour la transmission automatique Chrysler Torqueflite à trois rapports.
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Les performances, exceptionnelles pour une berline de l'époque (200 km/h) permettent à l'Excellence d'accrocher à son palmarès le titre honorifique de berline la plus rapide du monde. Si les accélérations surprennent et si la souplesse offerte par l'énorme couple séduit, le comportement routier, quant à lui, déçoit. Le poids (deux tonnes) et l'inertie ajoutés à la souplesse des suspensions et à la direction trop assistée, sans parler du pont arrière rigide, ne concourent pas à doter la voiture d'un caractère sportif.
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Avec sa silhouette étirée, qu'elle doit à une ceinture de caisse très basse, l'Excellence ressemble moins à une berline qu'à un coupé allongé. Ses lignes tendues, comme le dessin très élégant de son pavillon, sont à mettre au crédit de son design. La voiture reprend la formule américaine de la berline "hardtop" dont elle constitue le seul exemple français. Grâce à l'absence de montants et à la formule des "suicide doors", les quatre portes ouvrent sur un espace entièrement dégagé. Un système qui, toutefois, ne favorise pas la rigidité du châssis. La poupe est agrémentée d'ailerons saillants propres à la mode américaine qui envahit l'Europe à cette époque.

A l'intérieur, on retrouve le volant tulipé Facel, ainsi que la traditionnelle planche de bord de la marque, un chef d’œuvre d'art décoratif. La finition est hors pair et l'omniprésence du cuir Connolly, y compris pour le revêtement du tableau de bord et des contre-portes, contribue au luxe exceptionnel de l’Excellence. Mais la position plus allongée qu'assise et l'habitabilité arrière décevante apparaissent comme les traits caractéristiques d'un coupé.
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Sous l'appellation EX 2, les derniers exemplaires produits abandonnent les outrances américaines. Le pare-brise perd son caractère panoramique tandis que les ailes arrière voient leurs ailerons rabotés. Présentée en juillet 1961, l'EX 2 hérite d'un moteur encore plus puissant, le Typhoon TY 8 de 6267 cm3, qui développe avec deux carburateurs quadruple corps la puissance de 390 ch. La version équipée d'une boîte automatique est limitée, si l'on peut dire, à 360 ch avec un seul carburateur quadruple corps. Surtout, la voiture bénéficie des quatre freins à disques Dunlop montés sur la HK 500.
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Il faut être conscient de ce que la personnalité de l’Excellence, dans le contexte de la France des années cinquante, a de singulier et même de provocant. Car outre sa mécanique, sa carrosserie révèle une identité très américanisée. De plus, sa nature apparaît plus proche du coupé quatre places que de la limousine de prestige. Si l'on ajoute à cela quelques défauts de fabrication, l'échec commercial sera au rendez-vous. D'autant que pour Jean Daninos et son Excellence, le 13 mai 1958 ne saurait constituer un évènement positif. Le caractère américain de la voiture ne pouvait qu'être retenu contre elle par le nouveau maître de l'Elysée qui l'exclura des cortèges de la Vème République naissante.

Par contre, l’Excellence sera exportée vers quelques têtes couronnées, dont le roi Hassan II. Proposée au prix de 72 500 francs en 1962, à rapprocher des 98 000 francs d'une Rolls-Royce Silver Cloud III, elle restera en vente jusqu'à la chute de la marque en 1964, bien que sa production ait été arrêtée en 1961. Au total, 157 exemplaires en auront été construits. Jean Daninos n’aura pu réaliser son projet de lancer une version modernisée de l'Excellence et c'est Maserati qui prendra la relève avec la Quattroporte.
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