Saga Chevrolet Corvette

Depuis plus d'un demi-siècle, la Chevrolet Corvette persiste et signe. En l'espace de cinquante ans, cinq générations de Corvette ont vu le jour. Mieux qu'un symbole, c'est une véritable "institution".

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Histoire : Des premiers pas chaotiques

Didier Lainé le 25/04/2003

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Depuis plus d'un demi-siècle, la Chevrolet Corvette persiste et signe. En l'espace de cinquante ans, cinq générations distinctes sont parties à l'assaut du marché de la voiture de sport en faisant jouer leur droit à la "différence". Mieux qu'un symbole, la Corvette est devenue une véritable "institution" aux yeux des amateurs.
La toute première en habit de
La toute première en habit de "show-car" (modèle 1953-55). D.R
La
La "4ème" génération (1984-97) et ses devancières. D.R
Les puristes se sont souvent moqué de la toute première série qui privilégiait, c'est vrai, l'apparence à l'essence. Mais, depuis une certaine Sting-Ray (lancée en 1963), la Corvette a pris du galon et s'est remplumée en repoussant toujours plus loin les limites de la "formule". Une formule qui consiste à prendre le meilleur de la "grande série" (à savoir ses composants mécaniques essentiels) en l'habillant d'une carrosserie affriolante et en y ajoutant quelques ingrédients spécifiques qui contribuent à faire d'elle une "vraie" voiture de sport. Ce cocktail empirique demande toujours un parfait dosage pour être consommable et inciter l'amateur à en redemander. Toujours à sa place dans son époque, la Corvette est née pour donner du plaisir et cette mission ô combien difficile définit, aujourd'hui encore, sa vocation première. Ce plaisir n'est toutefois accessible qu'à ceux qui en rêvent. Les autres peuvent toujours en rire : ils ne savent pas ce qu'ils perdent...

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La Corvette 53 empruntait la totalité de ses éléments mécaniques à la gamme Chevrolet conventionnell
La Corvette 53 empruntait la totalité de ses éléments mécaniques à la gamme Chevrolet conventionnell D.R
Histoire d'un malentendu

C'est peut-être parce qu'elle a été "enfantée" par une firme qui a toujours eu pour raison d'être de fabriquer d'honnêtes berlines fiables et bon marché destinées au plus grand nombre que la Corvette apparaît bien comme un cas d'espèce dans l'univers relativement fermé de la voiture de sport. En 1953, ses concurrentes étrangères avaient toutes le privilège d'arborer un logo de marque prestigieux ou valorisant, qu'il s'agisse de la Jaguar XK 120, de la Porsche 356 ou de l'Healey 100. Née Chevrolet, la Corvette partait donc avec un handicap certain. Et parce qu'elle était avant tout américaine, elle pouvait être suspectée de tous les défauts propres à la production de ce pays. Pour tout arranger, ses concepteurs n'avaient pas prévu de la commercialiser en série. Ils s'étaient donc moins souciés du contenu que de l'emballage. Et pour cause : la première Corvette n'avait d'autre ambition que de compléter la longue liste des "show cars" (voitures de salon) projetées par le "styling staff " de la General Motors pour attirer l'attention du public dans le cadre de ses fameux "Motoramas" annuels, conçus comme des Salons itinérants permettant au Groupe N°1 de présenter ses nouveautés à des millions d'Américains en les dévoilant jusque devant leurs portes. Chaque année, quelques "show-cars" inédits faisaient donc partie du voyage, histoire de faire rêver mais aussi de sonder les réactions du public devant des créations futuristes préfigurant le style des modèles de série à venir.

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Une certaine précipitation

La première Corvette n'était donc pas destinée à être produite, tout au plus à séduire sous les spotlights. Son style affriolant n'allait cependant pas rester sans conséquence. Plébiscitée par les millions de visiteurs du Motorama GM 1953 (inauguré en janvier au Waldorf de New York), son impact populaire devait inciter ses créateurs à "transformer l'essai" en programmant sa mise en production (à petite échelle) pour le mois de juin de la même année. Les hommes de Chevrolet ne connaissaient guère le marché de la voiture de sport et ils n'en savaient pas davantage sur les attentes de cette clientèle aussi marginale qu'exigeante. Cette relative précipitation explique que la première Corvette n'ait pas vraiment répondu aux désirs des milliers d'amateurs qui avaient déjà goûté aux plaisirs insondables que recelait la conduite d'un roadster Jaguar XK 120 ou d'une MG TD. Proposée avec le vénérable 6 cylindres Chevrolet "Blue Flame" associé à une boîte automatique à deux rapports (type Powerglide), la Corvette 1953 pouvait, certes, faire sourire les "puristes", même si ses performances n'étaient pas si ridicules, dans l'absolu : avec plus de 170 km/h en pointe et 11 secondes environ pour passer de 0 à 100 km/h, l'honneur était sauf mais ces résultats "honnêtes" n'excusaient pas un comportement un peu pataud, des freins plutôt irresponsables, une direction assez imprécise et un agrément de conduite quasi-inexistant.
Le premier
Le premier "show-car" présenté en janvier 1953 au Waldorf de New York. La version de série ne s'en d D.R
L'habitacle plutôt
L'habitacle plutôt "kitsch" des Corvette 53/55. Les vitres latérales ne sont pas encore fixes. D.R
Ce "malentendu" de départ allait handicaper pour longtemps les chances de succès de la Corvette. Mais ses concepteurs avaient toutefois à cœur d'améliorer l'espèce. Il leur a simplement fallu du temps pour apprendre. A leur décharge, on peut néanmoins rappeler que la Porsche 356 a dû patienter plusieurs années avant de recevoir des motorisations dignes de ses ambitions et que la tenue de route des premiers modèles n'était pas vraiment une référence. On peut en dire autant de la Jaguar XK 120 qui était très rapide en ligne droite et plutôt "incertaine" en courbe. Dans le contexte de l'époque, la première Corvette n'était donc pas si "catastrophique". Le concept de départ manquait simplement de cohérence.
Le même Zora Duntov au volant de
Le même Zora Duntov au volant de "sa" Corvette expérimentale préparée pour la compétition. D.R
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