Saga Cadillac Eldorado

Représentation achevée du rêve automobile d'outre-Atlantique, la Cadillac Eldorado incarne l'Amérique triomphante des années 50. Place à l'excentricité, à l'opulence et au glamour capiteux d'une époque mythique…

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CADILLAC Eldorado Brougham

Gilles Bonnafous le 15/06/2002

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Apparue comme " show car " au Motorama de 1955, l'Eldorado Brougham dérive des concept cars Park Avenue et Orleans de 1953 et 1954. Elle constitue avec la première Eldorado de 1953 l'un des sommets de l'art de Harley Earl. Avec sa ligne surbaissée grâce à un nouveau châssis, sa calandre à quatre phares et ses ailerons aiguisés, elle contribuera à tester les partis pris esthétiques de Cadillac pour la seconde moitié des années cinquante. " Dream car " par excellence, elle ne sera construite à partir de 1957 que pour riposter à la Lincoln Continental Mark II lancée un an plus tôt.
Show car Cadillac Eldorado Brougham 1955
Show car Cadillac Eldorado Brougham 1955 D.R.
Fixé initialement à 9500 $, le prix de la Brougham s'élèvera finalement à 13 000 $ - très au-delà des 10 000 $ de la Lincoln -, soit presque le double d'une Biarritz et le triple d'une berline série 62 ! Et encore le tarif sera-t-il figé pendant les quatre années de production du modèle. Malgré cette facture exorbitante, la voiture est, dit-on, vendue à perte. Sa diffusion demeurera confidentielle, soit 904 exemplaires entre 1957 et 1960.
Cadillac Eldorado Brougham
Cadillac Eldorado Brougham D.R.
Cadillac Eldorado Brougham
Cadillac Eldorado Brougham D.R.

Construite en un seul type de carrosserie, berline quatre portes sans montants (" hardtop sedan " en anglais d'outre-Atlantique), la Brougham sera restylée à deux reprises. La première version de 1957-1958 demeure la plus connue et aussi la plus convoitée des collectionneurs. Equipée de " suicide doors " (portes s'ouvrant en portefeuille) et, pour la première fois, d'optiques doubles, elle est construite sur un empattement court et spécifique de 126 pouces. Elle est fabriquée à la main dans les ateliers de Fleetwood à Detroit (704 unités).
Cadillac Eldorado Brougham1957
Cadillac Eldorado Brougham1957 D.R
Cadillac Eldorado Brougham1957
Cadillac Eldorado Brougham1957 D.R
Si le design de la Lincoln Continental apparaît comme emprunt de sobriété, celui de la Brougham se veut son exact contraire - reflétant bien la personnalité de son auteur ! Dotée d'un toit en acier inoxydable, elle est truffée d'équipements sophistiqués, dont bénéficient aujourd'hui nos voitures de haut de gamme, à l'image de la fermeture électrique des portes ou du frein de parking se relâchant automatiquement au démarrage. Sans parler de gadgets comme un distributeur de cigarettes et un compartiment maquillage doté de produits Lanvin… L'acheteur (très fortuné) a le choix entre 44 combinaisons d'intérieurs - en cuir, of course ! Résultat, la voiture accuse 2400 kilos sur la bascule ! Il est vrai que sa longueur atteint tout de même 5,51 mètres.
Cadillac Eldorado Brougham1957
Cadillac Eldorado Brougham1957 D.R
Cadillac Eldorado Brougham1957
Cadillac Eldorado Brougham1957 D.R

Pour les deuxième et troisième versions (1959 et 1960), les carrosseries sont réalisées chez Pinin Farina à Turin. Un rapprochement italo-américain qui n'est pas le premier du genre. Pinin Farina a déjà travaillé avec Nash, tandis que Chrysler a collaboré avec Ghia. Par rapport au modèle précédent, le style s'est considérablement épuré sous l'influence italienne et les lignes revêtent l'élégance du dépouillement. Exit les " suicide doors " et retour à l'empattement classique de 130 pouces des Biarritz et Séville.
Cadillac Eldorado Brougham1959
Cadillac Eldorado Brougham1959 D.R
Comme sur la Brougham de 1957, le V8 est identique à celui des Biarritz et Séville. Quant à l'intéressante suspension pneumatique à correcteur d'assiette du premier modèle, elle est abandonnée pour cause de fuites intempestives dues à une mise au point précaire… Bien que plus rares (environ 200 exemplaires construits), les Brougham turinoises de 1959 et 1960 sont moins recherchées par les collectionneurs américains, qui leur reprochent une exécution de moins bonne qualité.

Outre son caractère de voiture de milliardaires au luxe provocant, l'Eldorado Brougham revendique un rôle exclusif, celui de modèle inaugural de l'esthétique Cadillac. En cette seconde moitié des années cinquante, où le design des voitures de la General Motors est remodelé annuellement, la Brougham préfigure le style Cadillac. Ainsi, à l'exception de 1958, elle reçoit les ailerons qui seront arborés l'année suivante par tous les modèles de la gamme. En 1959, elle est la seule Cadillac à bénéficier d'ailerons plus discrets (ou moins voyants…) que les appendices délirants du millésime. Ils seront repris sur tous les modèles de 1960. Toujours en 1959, elle est équipée d'un pare-brise plat, qui ne remplacera le pare-brise panoramique sur toutes les voitures de la marque qu'en 1961. Plus globalement, les lignes de la Brougham 1959 sont celles des Cadillac 1960, tandis que la Brougham 1960 revêt déjà le style Cadillac de 1961. Un privilège digne des collections de Haute couture. Et commercialisé au niveau de prix de celle-ci…
Cadillac Eldorado Brougham1960
Cadillac Eldorado Brougham1960 D.R
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