Acheter une MATRA BAGHEERA (1973 - 1980)

Stéphane Schlesinger le 30/09/2020

En France, c'est bien connu, on n'a pas de pétrole mais on a des idées. Ainsi, par exemple, la première voiture de série à moteur central est une production hexagonale.

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MATRA BAGHEERA (1973 - 1980)

C'est la René-Bonnet Djet de 1962, qui deviendra Jet une fois passée sous pavillon Matra. Cette marque, dont le nom signifie Mécanique Aviation Traction, se spécialise au départ dans l'armement, puis se diversifie vers l'automobile avec ce rachat. Pour le faire savoir, elle va utiliser la compétition et, sous la férule de Jean-Luc Lagardère, se forger un impressionnant palmarès. Succédant à la Jet, la 530 innove là encore car elle combine quatre places et moteur central. Mais celui-ci n'étant qu'un souffreteux V4 Ford et l'esthétique faillant à séduire, elle ne se vend que moyennement. Forte de cette expérience, la marque, sise à Romorantin, soigne le design de sa descendante, qui séduit immédiatement lorsqu'elle est présentée en 1973.

Nommée Bagheera, en référence à la panthère du Livre de la jungle de Kipling, elle affiche une ligne ultramoderne, très équilibrée et tendue qui fait mouche. Rien qu'à la regarder, on croirait qu'elle file à 250 km/h ! De plus, son habitacle est d'une conception fort originale puisqu'il installe les trois passagers de front, chose encore jamais vue sur un coupé à moteur central de série. Malheureusement, le bloc reste fort modeste : c'est le 4-cylindres 1,3 l (84 ch) de la 1100 TI de Simca, marque avec laquelle Matra s'est associée, de sorte que la Bagheera est badgée “Matra-Simca”. On n'ira pas chercher les Ferrari avec cette motorisation (alors qu'en course, les Matra les battent), mais vu la crise pétrolière qui éclate, ce choix semble judicieux.
Du reste, la voiture se destinant à une large clientèle, elle va employer un maximum d'éléments de grande série pour limiter les coûts. Ainsi, à l'avant, la Bagheera reprend aussi le train roulant et la direction de la 1100, mais à l'arrière, elle profite d'une suspension spécifique, à bras obliques et barres de torsion. Le tout s'installe dans une structure monocoque habillée d'une peau en RTM (Resine Transfer Moulding), un principe inventé par Matra. Le poids se limitant à 885 kg, et le Cx étant exceptionnel pour l'époque (0,33), la Bagheera est rapide malgré sa faible puissance (plus de 180 km/h), mais manque de reprise. La presse salue son excellent comportement routier, son habitabilité et son coffre intéressant de 320 l. Une minisupercar polyvalente !

Certes à 24 450 F en version I (de base), elle est plus chère que sa concurrente directe, la Fiat X1/9 (21 900 F), mais celle-ci lui rend 9 ch et... une place. La française connaît un excellent démarrage commercial, d'autant que son lancement coïncide avec la victoire de la Matra 670 aux 24 Heures du Mans. La clientèle l'achète surtout en version II, mieux équipée, mais un haut de gamme étonnant apparaît en 1974 : la Courrèges. Habillée par le grand couturier, la Bagheera devient toute blanche, intérieur comme extérieur, et gagne des vitres électriques. Imaginée comme une série limitée, elle est pérennisée. En 1975, les sportifs voient leurs souhaits en partie exaucés par la Bagheera S, nantie de nouvelle jantes, d'une sellerie spécifique et surtout du 1,4 l de la 1308 GT. Poussé à 90 ch, il entraîne le petit coupé à près de 190 km/h. En juillet 1976, la Bagheera est restylée : nouveaux boucliers enveloppants, feux arrière de 1307-1308, garnissages intérieurs revus, garde au toit accrue de 15 mm. Seulement, si le poids augmente, les puissances stagnent, donc les performances chutent légèrement. Regrettable au moment où la Golf GTI fait des ravages avec ses 110 ch ! En juillet 1978, la Courrèges est remplacée par la X, à la décoration plus classique, alors qu'un an plus tard, l'habitacle reçoit quelques retouches, une édition limitée Jubilé faisant un passage furtif cette année-là. Finalement, en 1980, la Bagheera cède la place à la Murena, après avoir été honorablement produite à 47 796 unités.

Devenue bien rare car son châssis rouille autant qu'il roule, la Bagheera demeure une petite sportive fiable, pleine de caractère, efficace et étonnamment polyvalente. Inférieure ou voisine de 10 000 €, sa cote ne devrait pas rester longtemps si bas... une option d'achat intéressante notamment pour entrer dans l'univers de la collection.

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