Shelby story

Mécanicien de grand talent, pilote de course, éleveur de poulets et dresseur de cobras, Carroll Shelby a été tout cela à la fois. Il nous a quitté le 10 mai 2012 au Texas.

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SHELBY Cobra 289 et 427

Gilles Bonnafous le 15/07/2003

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L'idée de la Cobra naît dans l'esprit de Carroll Shelby quand ce dernier prend conscience qu'il est possible de monter un V8 américain hyper puissant (de 300 ch à 400 ch) et peu onéreux dans un châssis, qui, en Europe, reçoit un moteur d'une cylindrée modeste et d'un coût élevé. Pourquoi, pense le Texan, le client ne serait-il pas intéressé par une sportive, qui, pour le même prix qu'une voiture européenne, offrirait 200 ch de plus ? Un raisonnement plus valable aux Etats-Unis que sur le Vieux Continent en raison du prix des carburants.
SHELBY
D.R
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La genèse de la Cobra s'avère plutôt singulière. Désireux de lancer sa propre voiture, Carroll Shelby travaille en 1961 avec Ed Cole, le président de Chevrolet, sur un projet de Corvette " Lightweight ". Mais les dirigeants de la General Motors mettent fin aux négociations. Carroll Shelby se met donc en quête d'un autre constructeur de châssis. Il contacte Donald Healey, le père de l'Austin Healey, mais ce dernier est en pourparlers avec Ford pour l'obtention d'un V8. C'est alors que Carroll Shelby apprend que la firme britannique AC Cars va perdre le six cylindres Bristol. Il prend langue avec la marque installée dans le Surrey, qui possède à ce moment le seul châssis disponible. Il s'adresse ensuite chez Ford à Lee Iacocca, alors directeur des ventes à Dearborn, qui lui promet un moteur et lui prête 25 000 $ pour lancer l'affaire.

Plus tard, Carroll Shelby exprimera d'amers regrets sur sa collaboration avec AC. Le bouillant Texan n'est pas tendre avec la marque britannique et c'est peu dire qu'il n'abuse pas des litotes ! Il estime en effet que le contrat avec AC constitue la plus grande erreur de sa carrière, d'autant que peu de temps après, Donald Healey le rappelait pour lui donner son accord ! Carroll Shelby se plaint que la voiture a pris deux ans de développement après qu'on y a monté le V8 Ford. Il stigmatise le caractère archaïque du châssis et la métallurgie de piètre qualité utilisée par AC. A contrario, il vante les mérites de toute son équipe (notamment Phil Remington, ancien ingénieur des Scarab et l'un des principaux artisans de la Cobra) pour avoir réussi ce que l'on sait à partir d'une " base aussi médiocre ". Il dénie également toute paternité à AC quant à la Cobra, ajoutant que de nombreux éléments du châssis seront remplacés en raison de leur mauvaise qualité. Pour lui, AC n'a été qu'un sous-traitant et il peste contre l'appellation " AC Cobra ", qui pour lui n'a jamais existé ! Du reste, ajoute-t-il, la voiture a toujours été enregistrée par la FIA sous le nom de Shelby-Cobra.
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Atelier de production des Cobra, 1964
Atelier de production des Cobra, 1964 D.R
Toujours est-il que l'aventure Cobra débute modestement dans l'atelier de hots rods de Dean Moon, à Santa Fe Springs en Californie. Nous sommes en février 1962. Quatre mois plus tard, l'entreprise de Carroll Shelby déménage à Venice dans les locaux rachetés à Lance Reventlow, le constructeur des Scarab. Le prototype de la Cobra voit le jour en janvier 1962 chez AC, à Thames Ditton, dans le Surrey, où il reçoit un V8 Ford de 221 ci (3,6 litres) à la seule fin d'essai et d'évaluation. Il est expédié sans moteur en Californie, où l'équipe de Carroll Shelby le dote, chez Dean Moon, d'un Ford V8 de 260 ci (4,2 litres) accouplé à une boîte de vitesses Borg Warner à quatre rapports. Les premiers essais publiés dans la presse qualifient la voiture d'explosive. La production démarre en juin, mais difficilement en raison des nombreux problèmes que pose le châssis…

La Cobra 260 est homologuée par la FIA en novembre 1962 alors que seuls huit châssis ont été construits (contre cent exigés normalement) ! Mais à l'époque tout le monde triche, y compris Ferrari. Mécaniquement, la version course s'avère peu différente de la Cobra de route, les modifications portant sur le taux de compression et l'allumage. Côté carrosserie, on observe de nouvelles ouïes de ventilation et des écopes de refroidissement pour les freins à l'avant, ainsi qu'un pare-brise réduit et un arceau de sécurité.
Le Mans 1963
Le Mans 1963 D.R
Santa Barbara Road Races 1963
Santa Barbara Road Races 1963 D.R
La Cobra prend son envol commercial et sportif en 1963. La production artisanale, aussi bien chez AC qu'à Venice, où les voitures sont assemblées à la main, peine à suivre le carnet de commandes. Sur la piste, la voiture connaît sa première victoire à Riverside, en février, lors d'une épreuve du SCCA (Sports Car Club of America), où Dave McDonald l'emporte au volant d'une 260 (dont ce sera la dernière course). Une semaine plus tard, à Daytona, la Cobra affronte pour la première fois la concurrence étrangère dans une épreuve internationale, où, pénalisée par une aérodynamique médiocre, elle se heurte aux invincibles Ferrari GTO.

Après avoir vu le jour au mois de janvier 1963, la Cobra 289 (motorisée par le V8 Ford de 4,7 litres) remportera en fin de saison trois championnats américains, dont le SCCA et le USRRC (United States Road Racing Championship). Mais elle devra attendre septembre pour s'adjuger une épreuve internationale FIA, les 500 Miles de Bridgehampton (Dan Gurney vainqueur). Entre temps, deux équipages ont été engagés sans succès aux 24 Heures du Mans, où les voitures sont apparues équipées d'un hard-top, première tentative pour améliorer l'aérodynamique de la Cobra.
Les 12 Heures de Sebring 1964
Les 12 Heures de Sebring 1964 D.R
Allen Grant au volant de la Cobra de Coventry Motors. Santa Barbara 1963
Allen Grant au volant de la Cobra de Coventry Motors. Santa Barbara 1963 D.R

Si la Cobra a connu le succès sur le continent américain, il reste à Carroll Shelby à s'imposer sur la scène internationale. 1964 sera l'année de l'attaque de l'Europe. Mais l'arme de cette conquête sera la Cobra version coupé, baptisée Daytona. Des roadsters seront bien engagés, mais dans l'ensemble sans grande réussite.

Toujours à la recherche de puissance, Shelby American, en la personne de Ken Miles, installe, au début de 1964, un V8 Ford 427 (sept litres) préparé pour la Nascar dans le châssis d'un roadster 289. De ce bricolage d'atelier, naît la Cobra 427 de course, précurseur des 427 de production. Mais ce n'est qu'un an plus tard que la voiture sera réellement prête, et elle fera ses débuts en compétition à Riverside (épreuve USRRC) le 2 mai 1965.
Le prototype 427 en essais à Riverside
Le prototype 427 en essais à Riverside D.R
Cobra 427
Cobra 427 D.R
Carroll Shelby entend mettre également les pendules à l'heure concernant la 427, déclarant que son châssis a été entièrement dessiné à Detroit par Klaus Arning et Bob Negstead. Accaparé par le programme GT de la Daytona, Shelby American n'a pas le temps de procéder à l'assemblage des 427, confié à AC. Pour Carroll Shelby, ce sera " un ratage " qui fera perdre un an à la voiture…
Il n'en reste pas moins qu'avec ses 410 ch et son couple de locomotive, la Cobra 427 offre des performances extraordinaires, qui en font une voiture d'exception à ne pas mettre en toutes les mains ! Avec sa " petite " sœur 289, elle a participé au mythe Cobra, dont l'épopée, pour courte qu'elle fut, n'a d'égal que le culte dont ces voitures sont aujourd'hui l'objet. D'autant que 1 011 Cobra seulement ont été construites de février 1962 à mars 1967.
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