Saga Rolls-Royce

Le célèbre slogan « Best car in the world » reflète l’exigence du créateur de la marque. Tout au long de sa brillante carrière, Henry Royce fera preuve d’une compétence à la hauteur de son angoisse de perfection.

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Histoire : Historique avant-guerre

Gilles Bonnafous le 14/07/2008

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S’il peut paraître arrogant, le célèbre slogan Rolls-Royce « Best car in the world » reflète l’exigence du créateur de la marque. Homme de condition modeste et dépourvu de formation, Henry Royce est un perfectionniste. Il n’est pas un inventeur, mais un amoureux du travail bien fait. Tout au long de sa brillante carrière, il fera preuve d’une compétence à la hauteur de son angoisse de perfection.

Henry Royce commence sa carrière en fabriquant du matériel électrique, des grues en particulier. Il commence à s’intéresser à l’automobile au début du siècle. D’une Decauville qu’il a acquise et décortiquée (et dont il juge sévèrement la qualité de fabrication), il tire trois prototypes réalisés en 1903 et 1904, copies perfectionnées de la voiture française. Afin d’obtenir la meilleure qualité, il en a fabriqué lui-même, dans ses ateliers de Crooke Street à Manchester, un certain nombre de composants usinés avec les meilleurs matériaux et avec une précision optimisée. Les voitures prennent la route en 1904 pour subir des tests.

Jeune aristocrate passionné d’automobile et pilote de talent à ses heures, Charles Rolls a créé une entreprise de négoce d’automobiles à Londres, dans le quartier de Mayfair. Royce et Rolls se rencontrent et décident de collaborer. Royce prépare de nouvelles voitures pour le salon de Paris de 1904, où elles seront exposées sous le nom de Rolls-Royce. Signé le 23 décembre 1904, un contrat sanctionne la naissance de la marque. Deux ans plus tard sera créée la société Rolls-Royce Ltd, qui installera son siège dans Conduit Street à Londres.
10 HP de 1904
10 HP de 1904 D.R. / Rolls-Royce
15 HP de 1905
15 HP de 1905 D.R. / Rolls-Royce
Lancée en 1904, la 10 HP est la première Rolls-Royce. Motorisée par un bicylindre de deux litres développant 12 ch à 1000 tr/mn, elle roule à 65 km/h. En 1905, elle est épaulée par la 15 HP équipée d’un trois cylindres de 3,1 litres et 15 ch, ainsi que par la 20 HP dotée d’un quatre cylindres de 4,1 litres (20 ch). Soit trois modèles, ce qui est beaucoup pour un petit constructeur débutant. Carrossées par Barker, les Rolls-Royce arborent déjà la calandre en forme de façade de temple grec qui deviendra célèbre. L’année 1906 est marquée par la victoire de la marque au Tourist Trophy, ainsi que par la création de deux prototypes à moteur V8, qui resteront sans lendemain.

A l’image de leurs concurrents, comme Napier, Henry Royce et Claude Johnson, le directeur commercial, souhaitent inclure une six cylindres dans leur gamme. Ainsi naît la 30 HP, une six cylindres de 6,1 litres développant 30 ch, qui atteint les 90 km/h. Elle est construite parallèlement aux 10 HP, 15 HP et 20 HP.

C’est la Silver Ghost qui va fonder la réputation de la marque. Son succès amène Henry Royce à déménager ses ateliers de Manchester, devenus exigus, à Derby en 1908. Dès cette époque est mis en place un service après-vente très performant, auquel est attaché un livret, le Body Card, qui mentionne toutes les interventions réalisées par la marque sur les voitures. Avec le succès de la Silver Ghost, la gamme est abandonnée et Rolls-Royce passe à une politique de modèle unique. Cette dernière trouvera son terme en 1922 avec le lancement de la Twenty. Depuis 1908, la marque ne fabrique que des six cylindres.
20 HP Cabriolet James Young
20 HP Cabriolet James Young D.R. / Rolls-Royce
20-25 HP Cabriolet Park Ward
20-25 HP Cabriolet Park Ward D.R. / Rolls-Royce

A la veille de la Première Guerre mondiale, Rolls-Royce s’est imposé et sa renommée est universellement établie. Ses agents représentent la firme dans les grandes métropoles du monde, où ils ont pour clients des noms prestigieux, des maharadjas au tsar Nicolas II — paradoxe, la famille royale du Royaume-Uni restera fidèle à Daimler jusque dans les années cinquante. Mais en 1910, Charles Rolls, devenu fou d’aviation, se tue au volant de son biplan Wright. Quant à Henry Royce, sa santé précaire le conduit à s’installer sur la Côte d’Azur, où il travaillera désormais en compagnie d’une équipe d’ingénieurs.

Rolls-Royce fabrique des moteurs d’avion pendant la Première Guerre mondiale, dont le célèbre Eagle, un V12 de 20,4 litres. La paix retrouvée, la poursuite de cette activité lucrative deviendra l’essentiel de l’activité de la société. Elle permettra au secteur automobile de surmonter les crises, alors que bon nombre de constructeurs de voitures de prestige, privés d’un tel appui, disparaîtront.

Pendant la guerre, Claude Johnson, l’un des hommes qui ont fait la marque, a signé un accord pour construire sous licence des moteurs d’avion aux Etats-Unis. Si l’armistice intervint avant que la production ne démarre, l’idée a germé de produire des automobiles outre-Atlantique afin d’éviter les lourds droits de douanes. Rolls-Royce of America est fondée en 1919 et s’installe à Springfield, dans le Massachusetts. La société fabrique la Silver Ghost et la New Phantom, qui succède à la Silver Ghost. Mais le succès ne sera pas vraiment au rendez-vous en raison notamment de coûts de production élevés et du rachat hasardeux du carrossier Brewster. La filiale sera liquidée en 1934.
25/30 HP Sedanca Barker
25/30 HP Sedanca Barker D.R. / Rolls-Royce
30 HP
30 HP D.R. / Rolls-Royce
Lancée en 1922, la Twenty (20 HP) est une petite voiture (tout est relatif) destinée à la clientèle, qui préfère tenir le volant plutôt que de le confier à un chauffeur. Surnommée « Baby Rolls », elle reçoit un six cylindres de 3,1 litres. Reconnaissable à sa calandre à volets horizontaux, elle marque le début d’une série de modèles qui constitueront plus tard l’essentiel de la production de la firme. Avec la 20/25, qui se substitue en 1929 à la Twenty, la Baby Rolls grandit. Le six cylindres passe à 3,7 litres (120 km/h). Elle sera remplacée à son tour par la 25/30 de 4,3 litres en 1936.

En 1931, Rolls-Royce acquiert Bentley mis en liquidation judiciaire en emportant la mise contre Napier pour la somme de 125 275 £. La firme de Derby se félicite d’absorber un rival dangereux. Jusque-là, Rolls-Royce fabriquait tous les composants de ses voitures. Au début des années trente, cette politique est abandonnée avec le montage de carburateurs SU.

Si la Phantom II de 1929 s’est avérée en progrès par rapport à sa devancière, elle s’est heurtée à la concurrence des huit cylindres en ligne, V12 et même V16 européennes et américaines. La marque relève le défi en proposant la Phantom III motorisée par un V12 de 7,3 litres. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, un nouveau modèle, la Wraith, est présenté au salon de Londres 1938. Il poursuit la lignée de la 25/30 HP, mais avec un six cylindres de quatre litres. Sa carrière sera brève…
Wraith
Wraith D.R. / Rolls-Royce
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