30 ans de Renault F1

Trente ans se sont écoulés depuis la présentation de la première F1 de l’histoire Renault. Depuis, la marque au losange a accumulé huit titres de champion du monde des constructeurs et sept titres de champion du monde des pilotes.

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Interview de René Arnoux

Gilles Bonnafous le 12/04/2007

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Pilote Renault de 1979 à 1982, René Arnoux obtient ses deux premiers succès en 1980 (Brésil et Afrique du Sud). Au cours d’une carrière de onze ans en Formule 1, il accumulera 18 poles positions, 22 podiums et sept victoires en Grand Prix. Il sera l’un des pilotes les plus populaires de sa génération, une faveur qu’il devra à son talent et sa combativité, mais aussi à son affabilité et à son franc-parler.
René Arnoux
René Arnoux Gilles Bonnafous
Au GP des Etats Unis en 82
Au GP des Etats Unis en 82 Renault communication / D.R.
Motorlegend : Comment vous est venue la passion de l’automobile ? Enfant, jouiez-vous aux Dinky Toys ?

René Arnoux : Je suis né avec la passion de l’automobile. En effet, enfant, je faisais vroum vroum en poussant mes petites voitures. Ensuite, j’ai fait du kart, comme pratiquement tout le plateau des pilotes de F1. Et j’ai couru dans les formules de promotion, Formule Renault, Super Renault et F2. Avec trois titres au total, dont celui de champion d’Europe de F2, qui m’a permis d’accéder à la F1.

Motorlegend : Aujourd’hui, les formules de promotion sont en panne en France.

René Arnoux : Complètement ! A mon époque, on disposait de plusieurs écoles sérieuses et d’excellent niveau, d’où sortait chaque année un pilote de talent. Nous sommes pratiquement tous issus de ces écoles, qui donnaient accès aux formules de promotion : Laffite et moi-même de Magny-Cours, Prost, Pironi et Tambay du Paul Ricard. Nous nous sommes ainsi retrouvés à sept pilotes français sur les grilles de départ de la F1, dont six ont gagné des Grand Prix. Aujourd’hui, ces écoles ont disparu et l’on paie les conséquences : il n’y a plus aucun Français en F1. De manière plus générale, le sport auto et même l’automobile tout court sont mal vus, voire dénigrés en France. Il y a beaucoup d’excès dans cette attitude, il ne faut ne pas tirer un trait sur tout ce qui a existé. Les salons prouvent que l’enthousiasme pour la voiture et ses innovations demeure très vif.
Sur la RS 01
Sur la RS 01 Gilles Bonnafous
RS 01
RS 01 Gilles Bonnafous

Motorlegend : Parlez-nous de votre métier tel que vous l’exerciez.

René Arnoux : Je n’ai pas exercé un métier, j’ai vécu une passion, qui a duré 18 ans. Avec le moteur turbo, c’était fantastique. Ça poussait très fort. A un moment nous avons disposé de 1500 ch pour 650 kilos. Avec un tel rapport poids-puissance, les vitesses d’accélération étaient extraordinaires. Aujourd’hui, les pilotes ont l’antipatinage. A mon époque, l’antipatinage, c’était le pied droit, il fallait gérer au mieux toute cette puissance. J’aimais les circuits rapides comme Spa ou Zeltweg, où l’on atteignait les 250 km/h de moyenne. Je me régalais à exploiter toute la puissance du moteur.

Gilles Bonnafous
Motorlegend : Physiquement, c’était plus difficile ?

René Arnoux : Aller vite est toujours délicat. Les contraintes physiques et les G sont les mêmes, hier et aujourd’hui. Par contre, les pilotes de maintenant n’ont pas à se demander s’ils auront encore des freins en fin de course. Nous si ! On ne savait pas très bien comment ils allaient évoluer. Au début avec Renault, on emmenait entre 220 litres et 230 litres de carburant à bord, ce qui changeait beaucoup le comportement de la voiture. On transpirait au freinage, il fallait parfois pomper pour rattraper les dilatations — les disques étaient en acier et fonte. La direction était lourde, maintenant elle est assistée. Et la boîte de vitesses est commandée par des palettes au volant. A Monaco, on change 70 fois de vitesses au tour, et ce sur 78 tours. A l’époque, on avait un trou dans le gant à la fin du Grand Prix ! Mais j’aimais ça et je n’ai mangé que du pain blanc. Cela dit, pour l’avoir essayé à trois reprises, j’ai trouvé la Ferrari de Michaël Schumacher très facile à conduire. Elle offre un confort extraordinaire au pilote. De mon temps, on adaptait simplement le siège. Maintenant, on construit presque la monoplace autour du pilote.
A Dijon en 2007...
A Dijon en 2007... Gilles Bonnafous
...et au GP de Belgique en 79
...et au GP de Belgique en 79 Renault communication / DPPI-D.R.

Motorlegend : Sans parler de la sécurité, qui a progressé de manière considérable.

René Arnoux : La sécurité, on n’y pensait pas trop. J’ai perdu Gilles Villeneuve devant moi à Zolder. Il était un ami très cher, quelqu’un que j’aimais beaucoup. Je me suis arrêté sur le circuit et j’ai vu qu’il n’y avait plus rien à faire. On ne rentrait pas tous sains et saufs d’un Grand Prix. Nous avions les pieds devant l’axe des roues avant, dans le capot qui était en plastique. En cas de choc frontal, les jambes étaient brisées. De nos jours, la coque en carbone est pratiquement indestructible. De plus, la sécurité des circuits a été nettement améliorée, avec les échappatoires et la multiplication des chicanes sur les circuits rapides, comme à Zeltweg où ils en ont mis quatre. C’est dommage. Une F1, c’est fait pour aller vite. A Spa, on se régale. Cela dit, à 350 km/h, le risque est toujours présent. Le plus grand danger est aujourd’hui l’accrochage entre deux pilotes. On ne sait jamais comment cela peut se terminer.
Sur la RS 01
Sur la RS 01 Gilles Bonnafous
Au GP du Brésil en 82
Au GP du Brésil en 82 Renault communication / DPPI-D.R.
Motorlegend : Avez-vous songé à arrêter votre carrière après l’accident de Villeneuve ?

René Arnoux : Non, je n’ai jamais songé à arrêter, même après ce drame. La passion était la plus forte. Je suis toujours monté avec une grande sérénité dans ma voiture. J’avais de bons mécaniciens, ce qui est très important. J’avais confiance. A partir du moment où la peur, fût-elle infime, s’installe dans la tête, on perd la compétitivité. On ne va plus chercher les derniers centièmes de seconde (les millièmes aujourd’hui) et il vaut mieux mettre un terme à sa carrière.

Gilles Bonnafous

Gilles Bonnafous

Motorlegend : Quel regard portez-vous sur l’ambiance et l’environnement de la F1 aujourd’hui ?

René Arnoux : Il est dommage que la starisation conduise à l’isolement des pilotes et à l’éloignement du public. Les pilotes ne font pas preuve de la meilleure volonté pour nouer des contacts humains avec le public. Certains manquent même de correction en faisant attendre les spectateurs pendant des heures pour les autographes. Même les pilotes sont cloisonnés entre eux. Le business n’explique pas tout, il a toujours existé. Renault n’a jamais fait de la F1 par philanthropie. Le but était de vendre des voitures.
Le fameux duel contre Villeneuve au GP de France 79
Le fameux duel contre Villeneuve au GP de France 79 Renault communication / DPPI-D.R.
Motorlegend : Quel est votre meilleur souvenir de pilote ?

René Arnoux : Mon plus grand souvenir, c’est mon fameux duel contre Villeneuve au GP de France à Dijon, en 1979. Une course où l’on s’est encastré les roues et tapé sur les cotés six ou sept fois ! Ma première victoire au GP du Brésil en 1980 est un autre grand moment. Mais j’ai connu onze ans de bonheur en F1. J’ai été choyé par les écuries et les mécaniciens, qui m’ont donné tout ce qu’ils pouvaient pour que je puisse gagner.
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