Le nouveau visage Audi

Avec talent et inspiration, Gerd Pfefferlé et ses artistes élaborent le nouveau visage d’Audi au travers de la calandre "Single Frame" déclinée sur le SUV "Pike’s Peak", le coupé "Nuvolari Quattro" et le concept car "Le Mans Quattro".

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Interview de Gerhard Pfefferlé

Jean-François Destin le 16/04/2002

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Agé de 57 ans, Gerhard Pfefferlé incarne à lui seul toute l’histoire du design Audi. Entré comme modéliste en 1966, il n’a quitté les studios d’Ingolstadt qu’une seule fois pour aller prêter main forte à ses collègues de Volkswagen à la fin des années 90. Auteur des dessins de tous les modèles importants et récemment des TT Coupé et roadster et aussi des A3, A4, A6 et A8, son expérience unique le désignait comme chef du design Audi AG, un titre officialisé en 2002. Pour avoir longtemps souffert d’un classicisme imposé par une direction frileuse, ce bavarois peut désormais, sous la houlette de Walter de’Silva (ex Alfa et ex Seat), responsable du design du groupe VW donner libre court à sa créativité. En présence de son adjoint, le canadien Dany Garand, il a bien voulu nous expliquer comment il a façonné le nouveau visage d’Audi.

Motorlegend.com

Audi
Motorlegend : Le nouveau design Audi, c’est avant tout cette énorme calandre baptisée « Single Frame ». On dit que vous vous êtes inspiré de celle des voitures de course Auto Union d’autrefois. Est-ce vrai ?

Gerd Pfefferlé : Oui, le concept Rosemeyer a été le premier à arborer cette calandre empruntée aux Auto Union d’avant guerre. On voulait, bien sûr, tester cette proue auprès du public et, s’étant aperçu qu’elle était bien acceptée, nous l’avons modernisé pour en faire un dénominateur commun à tous nos modèles futurs.

Motorlegend : Que veut exprimer cette calandre que beaucoup assimilent à une bouche exagérément béante ?

Gerd Pfefferlé : Nous avons volontairement forcé le trait pour envoyer un message clair au grand public : « regardez, l’image Audi a changé, génétiquement, quelque chose est arrivé ». Le « Single Frame » veut aussi rassurer l’acheteur en lui faisant partager une confiance absolue dans cette nouvelle orientation.

Motorlegend : En dehors de la calandre, quels sont les éléments sur lesquels vous avez travaillé pour façonner le nouveau visage d’Audi ?

Gerd Pfefferlé : L’un des éléments les plus importants est de bien contrôler l’architecture de la voiture. Et notamment l’implantation de l’espace habitable par rapport à l’ensemble de la carrosserie et la part donnée à la surface vitrée. Des ces proportions dépendent l’élégance et la sportivité de la silhouette. Exceptée la calandre, nous veillons aussi à bien dessiner la troisième vitre latérale qui conditionne la retombée du pavillon et le profil dynamique de la voiture. Ce dernier tient aussi au modelage des bas de caisse. C’est le cas notamment sur la dernière Audi A6.

Audi

Motorlegend : Fort de ses victoires aux 24 Heures du Mans, Audi avec le Concept « Le Mans » travaille son image sportive. Mais Mercedes, BMW et d’autres misent aussi sur le sport. N’y avait-il pas une voie différente à emprunter.

Gerd Pfefferlé : Non car le sport automobile génère des valeurs jeunes, dynamiques et empruntes de succès que les gens recherchent.

Motorlegend : Vous avez déclaré récemment que l’Audi « Le Mans » arbore une carrosserie élégante et raffinée et qui, en même temps, montre ses muscles. Un top modèle ne s’apparente pas à une championne d’athlétisme. N’est-ce pas contradictoire ?

Gerd Pfefferlé : L’élégance et la beauté ne suffisent pas. En matière d’automobile, il faut développer du caractère et sur la « Le Mans », la liaison entre le muscle et la beauté est bien perçue.
Audi Le Mans Quattro
Audi Le Mans Quattro Audi
Audi Le Mans Quattro
Audi Le Mans Quattro Audi
Motorlegend : En dehors de l’Audi « Le Mans » qui donnera lieu certainement à une sportive de haut niveau, que peut-on attendre des projets Pike’s Peak et Nuvolari ?

Gerd Pfefferlé : Il est clair qu’Audi ne peut pas être absent du segment porteur des SUV (Sport Utility Vehicle), et de Pike’s Peak sortira un modèle de série. Pour Nuvolari, rien n’a encore été décidé.

Motorlegend : A partir de ce que vous nous montrez aujourd’hui, le Style Audi va t-il évoluer rapidement dans les années à venir ?

Gerd Pfefferlé : Non car il faut d’abord laisser le temps au nouveau design Audi de s’installer dans le paysage automobile. Par la suite on travaillera sur les proportions mais le concept que nous avons mis au point sera peaufiné pour s’adapter au mieux à l’attente de la clientèle.
Esquisses du Pike's Peak
Esquisses du Pike's Peak D.R
Esquisses du Pike's Peak
Esquisses du Pike's Peak D.R

Motorlegend : Les constructeurs spécialistes allemands n’ont jamais réussi à sortir de la carrosserie trois volumes pour proposer des berlines haut de gamme statutaires et élégantes. Pensez-vous comme chez Citroën qu’il existe des alternatives qui n’ont pas encore été exploitées ?

Gerd Pfefferlé : Il paraît difficile de se passer de cette architecture au point que nous nous posons la question de savoir si un jour nous pourrons raisonnablement envisager ne serait-ce même un break en haut de gamme.

Motorlegend : Walter de’Silva s’est exprimé récemment sur le langage des formes en précisant que le carré symbolisait le design d’Audi, le triangle celui de Lamborghini et le rond celui de Seat. N’est-ce pas un peu simpliste ?

Gerd Pfefferlé : Non, ce n’est pas aussi enfantin qu’il y paraît. Le carré traduit la maîtrise d’une technologie qu’Audi revendique, le triangle exprime l’extrême avec ses trois pointes et le rond une philosophie consensuelle et apaisante appréciée de tous.

Audi

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Motorlegend : Pourquoi Audi a attendu tant de temps pour sortir d’un design discret et sans fantaisie ?

Gerd Pfefferlé : C’est vrai que nous avons eu d’autres priorités dans le passé en particulier au niveau technologique. Le système Quattro notamment nous a beaucoup occupé. Et par ailleurs, nos études montraient que notre clientèle appréciait le conservatisme de nos gammes et la discrétion de nos produits. Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte beaucoup plus concurrentiel où les marques spécialistes doivent se forger une image forte et attractive en suscitant l’émotion d’acheteurs devenus plus jeunes et aussi plus exigeants.

Motorlegend : Vous nous recevez au sein du Musée Audi. On voit défiler derrière vous la plupart des prototypes de ces trente derrières années. Beaucoup de souvenirs, je suppose.

Gerd Pfefferlé : Je me souviens en effet de tous ces projets et des équipes qui m’ont entouré pour les mettre au point. On visualise bien ici sur ce manège vertical le chemin parcouru par une marque autrefois très conservatrice et devenue progressiste et avant-gardiste. Une bonne façon de relier le passé et le présent.

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