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Essai ALFA ROMEO 8C Competizione

Jean-François Destin le 30/06/2008

Le projet était en attente depuis des semaines, voire des mois. Et puis un matin la vibration du portable confirme l'essai d'une Alfa Romeo 8C Competizione...

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Présentation

Le projet était en attente depuis des semaines, voire des mois. Et puis un matin la vibration du portable et un correspondant qui confirme le prêt d'une Alfa Romeo 8C Compétizione. Non pas pour quelques heures sur une piste comme pour la presse internationale fin 2007. Mais pour 48 heures en France sur l'itinéraire de notre choix ! Une opportunité exclusive lorsqu'on sait que ce coupé de très haut de gamme d'Alfa qui trône sur les Salons depuis 2003 est introuvable parce que fabriqué à 500 exemplaires pour le monde entier. Moins de 40 ont été affectés à la France et les 15 heureux propriétaires déjà servis le gardent jalousement. Elitiste aussi par son prix (162.144,11 €), la 8C (pour 8 cylindres) reprend la signature de la magistrale 2900 B Lungo Touring de 1937 et évoque, par sa silhouette, la 33/2 Stradale de 1967. Cette fois, le 8 cylindres n'est plus en position centrale arrière mais sous le capot avant. Et le V8 4.7l de notre Competizione provient de la divine étagère de Ferrari/Maserati. Un bijou de technologie dont le timbre à deux étages surpasse en jouissance auditive tout ce que peut offrir une Lamborghini, une Aston ou une Porsche (hormis les protos de compétition).

Sous une coque en fibre de carbone de moins de 4.30m se cachent un châssis acier et des suspensions course (double triangulation à l'avant et à l'arrière). Les spectaculaires jantes en alliage de 20 pouces équipées de Pirelli Racing P Zéro dernière génération assure des liaisons au sol dignes d'une GT1. L'habitacle accueillant confortablement 2 personnes se veut néo-rétro tout en faisant généreusement appel au carbone, à l'alu brossé et au cuir pour des sièges baquet à structure carbone taillés pour le circuit. Ce "one shot" d'Alfa est aussi destiné à montrer le savoir faire de la griffe milanaise en matière de hautes performances. Si les 292 km/h annoncés sont impossibles à vérifier, le 0 à 100 km/h en 4,2 (et 22,5 au 1000 mètres) se ressent viscéralement au rythme de la symphonie émise par les quatre échappements. Au printemps 2009 débutera la production de la version roadster. Avec à l'arrivée un tarif atteignant les 225.000 € !

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Design

Feline, presque sensuelle, l'Alfa Romeo 8C fait l'unanimité notamment auprès des femmes par ses formes douces et épanouies. "On a envie de la caresser", a avoué une admiratrice pendant notre vidéo en Bourgogne. Et c'est vrai que le centre de style Alfa a su, sans compromis, faire ressurgir une silhouette alliant les lignes du passé prestigieux de la marque et un modernisme savamment dosé. Le très long capot plongeant sur l'emblématique calandre Alfa et les prises d'air au ras du sol, les ailes musclées annonçant le pli racé courant aussi sur la portière, un pavillon presque plat étiré sur une lunette en verre, une poupe compacte, ramassée et sans porte-à-faux déclenchent une irrésistible envie de posséder.

Wolfgang Egger, patron du style Alfa Romeo et aujourd'hui parti chez Audi voulait surtout aboutir à un profil très aérodynamique sans avoir recours aux appendices habituels et surtout au disgracieux et vulgaire aileron arrière. Pari gagné avec un CX de 0,36 grâce aussi au soin apporté au dessin du soubassement. Composé d'un fond plat et d'un extracteur, il crée une déportance assurant la stabilité à très haute vitesse. Il suffit de se pencher un peu pour l'apercevoir entre les quatre échappements. A noter encore le magnifique dessin des portières, des vitres et des jantes en aluminium coulé (20 pouces, ce n'est pas rien) équipées de Pirelli Racing P Zéro. Notre 8C d'essai était frappée sur les ailes du trèfle vert sur fond blanc, une option à …953,61 €. Les étriers de freins vernis rouges (ils sont noirs en série) rallongent aussi la facture de 1072,81€.

Habitacle

Alfa Romeo a frappé fort au niveau du cockpit de commande. Mieux fini que celui d'une Ferrari, il fait appel au carbone, à l'aluminium brossé et au cuir. Volontairement rétro dans son apparence, la planche de bord se révèle fonctionnelle hormis les cadrans (vitesse et compte-tours) parfaitement illisibles par beau temps avec des lunettes de soleil sur le nez. Au centre, la fenêtre avec des chiffres rouges sur fond noir réclame encore plus d'attention. On aurait préféré du blanc et surtout un rappel de la vitesse en digital comme sur une Porsche. Large et taillée dans un bloc d'alu massif, la console centrale supporte aussi des commandes à l'ancienne. Sur la 8C Competizione, la conduite s'opère à partir des grosses palettes sous le volant et de trois gros boutons. Celui frappée du R sert à reculer. Il faut enfoncer fortement le pouce ou l'index pour enclencher la marche arrière. Pas facile et d'autant plus contraignant qu'un bip bip strident de camion retentit pour vous avertir que l'Alfa va reculer ! Inutile, incongru et désagréable. Une touche S (pour –Sport-) trône en dessous. Elle commande l'ouverture de valves à l'échappement et réduit d'un soupçon le temps de passage des rapports.

Les sièges baquet compétition d'apparence très minces au niveau de l'assise et du dossier offrent un grand confort et un excellent maintien lorsque le rythme s'accélère. A structure carbone et revêtus de cuir, ils ne sont réglables en hauteur qu'à partir de trois fixations à choisir au moment de la livraison de la voiture. Dommage car le volant (à la présentation peu valorisante) étant planté trop haut, la position de conduite ne nous a jamais satisfait vraiment. Alternant le meilleur et le pire, l'habitacle recèle des petites économies impensables comme la visière de cadran fabriquée dans un plastique "cheap" ou les commandes d'essuie glaces, clignotants et éclairage dignes d'une berline standard. Entre les deux sièges a été apposée une plaque indiquant la "Limited Edition 500" mais curieusement la voiture n'est pas numérotée ! Derrière les sièges se trouve un espace abritant la batterie et le compresseur (la 8 C ne disposant pas de roue de secours). Au dessus, des lanières attendent les bagages dédiés. Ce set de maroquinerie de luxe à 3576 € en option comprend également un attaché-case vertical à la mesure du mini coffre accessible à l'arrière.

Châssis

Dans ce domaine, Alfa Romeo frise l'excellence alors qu'elle reprend le châssis et les suspensions de la GranTurismo. Les critiques à l'encontre de l'amortissement médiocre du récent coupé Maserati ont été entendues par les ingénieurs de Milan. Beaucoup moins longue et plus large et presque aussi basse, la 8C bénéficie d'un delta empattement/voies propice à un bel équilibre d'autant que la répartition des masses est quasi idéale (49% à l'avant et 51% à l'arrière). S'ajoutent des énormes pneus P Zero montés sur des jantes de 20 pouces qui génèrent des trépidations sur mauvais revêtement mais assure une trajectoire inflexible sur autoroute à haute vitesse. Malgré son caractère ultra sportif, on trouve à bord un contrôle de trajectoire (appelé VDC pour Vehicle Dynamic Control) qu'il est possible de débrancher totalement. A proscrire sur la route car si l'Alfa Romeo 8C Competizione repousse très loin les limites du décrochage, les franchir réclame des réactions immédiates, la 8C accusant tout de même 1585 kg sur la bascule. Un poids étonnant compte tenu de l'emploi massif du carbone pour les structures et la carrosserie. Mais Aston Martin et Audi ne font pas mieux.

Moteur

Le moteur de l'Alfa Romeo 8C Competizione est une extrapolation du V8 exploité en 4.3l 490 chevaux sur la Ferrari F 430 et en 4.2l 405 ch par le coupé Maserati GranTurismo. Les ingénieurs d'Alfa se sont arrêtés à 4.7l pour en tirer 450 chevaux. Son couple de 480 Nm à 4750 tours/m lui autorise des accélérations toniques avec 4,2s pour passer de 0 à 100 km/h, 12,4s pour atteindre 400 mètres et 22,5s pour le kilomètre. A peine moins bien qu'une F 430 plus puissante mais aussi plus lourde. Ce V8 est implanté longitudinalement en arrière du train avant pour préserver la répartition du poids indiqué plus haut. A quatre soupapes par cylindre, il bénéficie de culasses et bloc-cylindres en aluminium et d'une injection électronique dans les tubulures d'aspiration. Pour régaler l'oreille des clients, un gros travail a été effectué sur l'échappement. Lequel intègre des valves qu'il est possible d'ouvrir à partir d'un bouton pour rendre le bruit encore plus déchirant !

Sur la route

Féline, dynamique, prête à bondir, l'Alfa Romeo 8C impressionne même à l'arrêt. On ouvre avec délicatesse sa portière en gardant à l'esprit qu'il s'agit d'une voiture rare et coûteuse. Puis c'est l'installation dans l'ergonomique siège "compétition" à structure carbone. Un siège implanté trop bas compte tenu de l'orientation haute de la direction. En l'absence de réglage traditionnel en hauteur du baquet, le réflexe est d'abaisser davantage le volant. Impossible. La découverte de trois trous de fixation montre qu'il est tout de même possible de faire varier l'assise en fonction de la taille du conducteur, une opération réservée aux concessionnaires référencés (5 en France !). Reste que la voiture est manifestement dédiée aux personnes de plus d'1m80. Que se passe t-il quand madame veut l'emprunter ? S'ensuit la découverte des boutons déjà décrits plus haut et de celui du lancement du V8. Curieusement, il peine à se faire entendre, il faut insister plusieurs secondes mais ensuite c'est l'enchantement surtout lorsque la touche S (Sport) est enclenchée.

Puis viennent les premiers tours de roues. On découvre alors une direction un peu lourde convenant mieux aux chevauchées fantastiques qu'aux manœuvres en ville (à déconseiller en raison de la fragilité des extrémités de la 8C et de ses jantes). Sous l'impulsion des palettes, le V8 fournit une inépuisable réserve de puissance. Les 6 rapports peuvent se passer sans relever le pied de l'accélérateur mais pour éviter les à coups, il vaut mieux soulager la charge une fraction de seconde. La touche S permet en théorie de raccourcir les temps de passage mais c'est quasiment imperceptible et on fait mieux chez Ferrari. En revanche, l'Alfa se venge en offrant une véritable symphonie musicale au lever de pied ou lors de rétrogradages. On se croirait aux 24 Heures du Mans. Il ne manque que le retour de flamme à l'échappement ! Le freinage nous a paru mordant, consistant et puissant mais des essais effectués sur piste au moment du lancement montrent parait-il ses limites alors qu'un kit céramique n'est pas proposé en option.

Le comportement routier s'apparente à bien des égards à celui d'une GT de course. La fermeté de la suspension associée à des roues de 20 pouces et des pneus surdimensionnés s'accommodent mal des départementales peu entretenues. Rigide, la 8C transmet par la direction et la caisse les inégalités du sol. Rien de fâcheux mais il vaut mieux rester sur ses gardes surtout lors des attaques rapides de virages se refermant sèchement ou lors des transferts de charge. Même lorsque le VDC est débranché, l'italienne se montre docile et peu rétive. La 8C ménage bien plus ses occupants sur autoroute. La bonne surprise vient du confort de suspension très acceptable compte tenu des vitesses de passage. Effectuer près de 1000 km au volant de la 8C permet de constater une médiocre insonorisation dans l'habitacle d'autant que l'étanchéité de la portière côté conducteur laissait à désirer. A noter aussi le ridicule format des pare-soleil parfaitement inefficaces, le manque de visibilité lité ¾ arrière et une finition très inégale dans l'habitacle.

Équipements

On pourrait imaginer qu'à ce prix, tous les équipements sont livrés de série. Loin s'en faut car si Alfa considère à juste titre que la clientèle visée exige du sur-mesure et de l'exclusif, il convient aussi de susciter l'envie pour faire grimper la facture. Ainsi l'un des quinze acheteurs que nous avons rencontré a opté pour le kit de conduite carbone (+2980€), un revêtement des sièges en cuir pleine fleur (2.384€) et un branchement pour l'I-Pod dans la boite à gants (298€) mais refusé la plaquette "500 Limited Edition" avec gravage du nom du propriétaire (+476 €). En revanche, les raisons de dépenser plus sont nombreuses. Citons les meilleures : Pneumatiques Racing Pzero Corsa (slick pour circuit) à 4.172 €, l'installation Hifi Bose à 3576 €, la navigation à 1549 €, les jantes en alliage à 5 rayons à 7748 € et les étriers de freins en rouge, jaune ou aluminium (1072€). Mais Alfa sait aussi se montrer généreux puisque la 8C a été livrée à notre acheteur avec à bord le set de trois magnifiques valises sur mesure (option à 3.576€). Cela s'ajoute à un coffret somptueux avec couvercle carbone remis à la livraison et contenant un album dos carré retraçant l'épopée glorieuse des sportives Alfa jusqu'à la 8C et d'un DVD intitulé "The myth takes the road" sur l'étude et la mise au point de la voiture.

À retenir

Ces 10 dernières années, Alfa Romeo a rebâti sa gamme et retrouvé le chemin de la croissance au travers d'un style novateur et d'une qualité de fabrication en net progrès. Dans le droit fil de cette renaissance, la marque au trêfle réalise un coup d'éclat avec cette 8C si désirable. Et d'autant plus qu'il s'agit d'une série limitée à 500 exemplaires, voire 1000 si l'on ajoute le spider dont la production va suivre à partir de l'été 2009. Et ce n'est pas un hasard si la nouvelle MiTo appelée à succéder à la 147 dès l'automne prochain reprend quelques traits stylistiques de la 8C. Du rêve au concret, le mythe est entretenu.
points fortsLigne spectaculaire, moteur mythique, sonorités moteur envoutantes, comportement de GT, performances, noblesse des matériaux, habitacle convivial.
points faiblesPosition de conduite, direction pesante à petite vitesse, suspension trépidante, prix.
12.2

20
Les chiffres
Prix 2006 : 164 169 €
Puissance : 450 ch
0 à 100km/h : 4.2s
Conso mixte : 15.8l/100
Notre avis
Agrément de conduite : 13/20
Sécurité active et passive : 15/20
Confort et vie à bord : 11/20
Budget : 9/20

Avis des propriétaires

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Commentaires

avatar invité
un internaute a dit le 06-10-2006 à 17:55
L' ALFA ROMEO 8C COMPETIZIONE a une magnifique ligne. C'est assurément la plus belle voiture du monde à ce jour. Il y a de la tubolare dans ce dessin. A quand sur circuit ?
avatar de propulsion
propulsion a dit le 03-07-2008 à 21:44
elle est sobre et si jolie, pourquoi ? parce que je ne la vois jamais se démoder. moins clinquante qu'une autre italienne, c'est sans doute pour ça que j'en ai le béguin
avatar de caty2303
caty2303 a dit le 04-07-2008 à 09:22
magnifique voiture, ligne moteur, un pur régal pour les yeux, vehicule exceptionnel dans la pure lignée alfa roméo. heureux les proprietaires d'un vehicule exceptionnel...
avatar de fiat89
fiat89 a dit le 04-07-2008 à 18:12
Superbe voiture !!! Dommage qu'elle soit aussi inaccessible pour la plupart d'entre nous...:-(((
avatar de Jérémy
Jérémy a dit le 09-07-2008 à 15:17
Salut à tous ! Cette voiture est superbe ! Elle a le moteur de la Ferrari F430 "de base". Elle est très performante, sublime ! Une vraie merveille !
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