La Carrosserie Ghia

Avec Giugiaro, Touring, Pininfarina et Bertone, Ghia est l’autre grand de la carrosserie italienne. C’est aussi l’une des plus anciennes maisons de la péninsule.

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Les Chrysler Ghia

Gilles Bonnafous le 31/03/2005

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L’association avec Chrysler marquera profondément l’histoire de Ghia. Fruits d’une étroite collaboration avec Virgil Exner, le patron du design du géant de Detroit, les Chrysler-Ghia — des prototypes et quelques modèles construits en petites séries — étonneront par leur caractère novateur.
Chrysler K 310, 1951
Chrysler K 310, 1951 D.R.
Chrysler K 310, 1951
Chrysler K 310, 1951 D.R.
Si, avant la Seconde Guerre mondiale, un coupé de ville Chrysler 75 avait déjà été carrossé par Ghia, il ne s’agissait que d’une commande isolée. C’est par l’intermédiaire de Fiat que Ghia a été mis en relation avec la marque de Detroit à la fin des années quarante. Chrysler, qui cherche à faire réaliser en Italie un prototype d’essai, met en concurrence Ghia et Pinin Farina. Ghia l’emporte avec son prototype Plymouth XX 500 (il sera exposé au salon de Chicago 1950), grâce notamment à la qualité d’exécution et au faible coût compte tenu du travail accompli.

Accompagné de Luigi Segre, Mario Boano se rend à Detroit et rencontre les dirigeants de Chrysler pour négocier les commandes suivantes. Les discussions débouchent sur la réalisation en 1951 d’un modèle expérimental, la Chrysler K 310 (la lettre K pour Keller, le président de Chrysler, 310 faisant référence à la puissance très exagérée du moteur) et sa version cabriolet C 200. Ces voitures ont pour base la Saratoga et son V8 à culasses hémisphériques.
Chrysler C 200, 1952
Chrysler C 200, 1952 D.R.
Chrysler C 200, 1952
Chrysler C 200, 1952 D.R.

Luigi Segre va rapidement s’imposer comme l’interlocuteur privilégié de Chrysler. Il parle anglais et saura exploiter sa connaissance de la mentalité américaine (c’est un ancien officier de liaison auprès des troupes yankees pendant la guerre). Si le style de Chrysler est encore dirigé par Henry King, au seuil de la retraite, le vrai leader est Virgil Exner, qui a été engagé pour donner un nouvel élan au groupe. Une sympathie réciproque lie de suite Segre à Exner. Elle se transformera en véritable amitié, qui elle-même sera au cœur du développement des relations entre les deux firmes.
Valiant St-Regis
Valiant St-Regis D.R.
Chrysler D’Elégance, 1953
Chrysler D’Elégance, 1953 D.R.
Pour Ghia, cette collaboration présente des avantages évidents. Pour Virgil Exner, elle est l’occasion de développer ses « idea-cars », qui lui permettront de se mettre en avant sur la scène du design international. Les équipes travaillent en symbiose, de sorte qu’aujourd’hui il n’est pas toujours aisé d’attribuer la paternité des dessins vu l’étroitesse des échanges entre Turin et Detroit. Certes, l’influence de Virgil Exner est prépondérante. En témoignent la Valiant St-Regis de Sergio Sartorelli, marquée par le style de la XNR asymétrique, ou la VW Karmann-Ghia sous influence de la Chrysler D’Elégance. Mais grâce au talent des Boano, Savonuzzi, Sartorelli et Tjaarda, les idées franchiront aussi l’Atlantique dans l’autre sens, à l’image de la De Soto Adventurer II. Ce vrai partenariat explique qu’Exner, ainsi que son fils, est demeuré fidèle à Ghia — même après qu’il a quitté Chrysler.
De Soto Adventurer I, 1953
De Soto Adventurer I, 1953 D.R.
De Soto Adventurer II, 1954
De Soto Adventurer II, 1954 D.R.

De Soto Adventurer I
De Soto Adventurer I D.R.
De Soto Adventurer II
De Soto Adventurer II D.R.
En 1952, la De Soto Adventurer I apparaît comme un développement de la K 310. Puis, la Supersonic de Giovanni Savonuzzi, que Segre a montrée à ses amis de Detroit débouche sur une nouvelle « idea-car », la De Soto Adventurer II. Présentée au salon de l’automobile de Turin en 1954, la voiture s’analyse comme une Supersonic montée sur un châssis De Soto avec quelques modifications apportées par Exner. Un modèle important qui permet à Ghia de montrer aux Américains sa capacité de proposition et d’innovation.

Exposée au salon de Paris 1952, la Chrysler SS (Styling Special) a pour base un châssis modifié de Chrysler New Yorker. Dans la même lignée, figure la Chrysler GS1 (1954) et la plus classique et fort élégante Chrysler ST Special, qui en dérive.
Chrysler SS
Chrysler SS D.R.
Chrysler GS1, 1954
Chrysler GS1, 1954 D.R.

Chrysler L6.4
Chrysler L6.4 D.R.
Parmi les dernières créations d’Exner, citons la Chrysler K 300 de 1959, dont une magnifique version spéciale est réalisée pour le Shah d’Iran, et la Chrysler L6.4, un sublime coupé de grand luxe exposé au salon de Paris de 1962, dont les montants de custode en retour sont empruntés à la Fiat 2300 S. Ultime évolution des Dodge Dual, également fabriquées chez Ghia, cette imposante voiture de 5,25 mètres de long est animée par un V8 de 6,4 litres (d’où son nom).

Et gardons pour la fin la Chrysler XNR (pour Exner), un cabriolet aussi extravagant que provocant. Doté d’un design asymétrique et construit en 1961 sur un châssis de Valiant, il sera fabriqué en deux versions, dont l’une, plus sage, sera acquise par George Simenon.
Chrysler K 300
Chrysler K 300 D.R.
XNR, 1961
XNR, 1961 D.R.
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