Ford GT

Une page se tourne. La Ford GT, évocation moderne de la glorieuse GT40 avait suscité à travers le monde des réactions passionnées. Tout le monde en voulait une. Le constructeur américain vient d'annoncer la fin de sa production. La GT rejoint dans la légende automobile la mythique GT40...

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Histoire : Ford GT40, la glorieuse ancêtre

Jean Michel Cravy le 08/02/2006

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D'où vient le fait que la Ford GT40 reste un mythe qui semble traverser les âges sans prendre une ride ? De ses formes sensuelles ? Mais elles ne sont pas nées du coup de crayon inspiré d'un designer de génie. Elles ont été sculptées par la compétition, dans la douleur. Du fait de sa rareté ? Pas du tout. Sa rivale d'alors, la gracile et bellissime Ferrari P4 a été construite à 4 exemplaires seulement. La GT40 était une voiture de course... de série, construite à plus de quatre-vingt exemplaires (plus une trentaine pour un usage routier) et il n'est pas rare d'en voir encore en découdre sur tous les circuits du monde, lors d'épreuves de véhicules historiques. Son palmarès ? Bien sûr. La GT40 peut se vanter, au cours de sa longue carrière en compétition, d'avoir largement participé à la défaite de Ferrari, le maître de l'endurance à l'époque, et d'avoir repoussé l'avènement de Porsche lors d'une édition des 24 Heures du Mans devenue elle aussi mythique, quand Jacky Ickx, en 1969, parti en trottinant pour se mettre au volant, dernier au premier tour, mena la Porsche 908 de Hans Hermann par le bout du nez lors d'un final haletant, et franchit la ligne d'arrivée avec 120 mètres d'avance !

Ford GT 40 MkI D.R.

Ford GT 40 MkI, Ickx et Oliver en 1969 D.R.
La genèse de cette Ford mythique n'avait pas été un long fleuve tranquille. Ça a même été une histoire compliquée et tortueuse. D'abord développée sur la base technique de la Lola GT du jeune ingénieur britannique Eric Broadley, la GT40 (pour 40 pouces de hauteur) a été conçue grâce à une batterie de gros ordinateurs. Une grande première pour l'époque. Henri Ford II et son adjoint Lee Iaccoca voulaient mettre le paquet pour mettre à genoux Enzo Ferrari après avoir cru naïvement qu'ils pourraient tout simplement l'acheter. Mais les ordinateurs et les dollars ne suffisent pas pour devenir les « maîtres du monde ». Il faut suer, souffrir et apprendre. La boîte Colotti d'origine est trop fragile pour le couple du V8 (d'abord un 4,2 litres emprunté à une berline Ford de série, la Fairlane), et l'aéro de la GT40 est catastrophique. La voiture est terriblement instable et les pilotes ont peur...

Henri Ford II D.R.

Ford GT 40 MkI 1964 D.R.


Mk II et MK IV en 1967 D.R.

GT40 Mk II en 1967 D.R.
Et la victoire se fait attendre. Il faudra tout le pragmatisme et l'expérience d'un certain John Wyer (ex team manager d'Aston Martin au temps de la victoire au Mans en 59)... et de son ancien pilote, un certain Caroll Shelby, qui donna à Ford le titre mondial Grand Tourisme grâce à ses Cobra Daytona, pour qu'enfin la GT40 connaisse les joies du drapeau à damier. Ces deux-là auront un rôle décisif dans la construction de la fameuse saga de la GT40, qui se muera rapidement en Mk II, une version plus trapue et musclée par le gros V8 7 litres issu de la Galaxie, qui donnera enfin à Ford la victoire au Mans en 1966, faisant plier pour la première fois les Ferrari P3. Un succès renouvelé l'année suivante sur les P4 grâce à la Mk IV qui, bien que conçue sur la base d'un projet différent (la Ford « J »), reste bel et bien une descendante directe de la GT40 originelle.

Caroll Shelby et la GT40 Mk IV au Mans 1967 D.R.

Mirage 1967 D.R.
A la fin de la saison 1967, le pouvoir sportif change les règles et bannit les grosses 7 litres. Ford, repu de succès se retire officiellement et range ses Mk IV au musée. Fin de la saga ? C'est alors que John Wyer prendra le relais avec ses fidèles GT40 aux couleurs Gulf, bleu layette à parements oranges (reconditionnées sur la base de ses Mirage, elles-mêmes versions allégées de... GT40 !), jusqu'ici cantonnées dans l'ombre des Ford officielles. Dotées d'un moteur de 5 litres de 470 chevaux, construites en matériaux rares (titane, magnésium), elles pèsent moins d'une tonne. Suffisant, malgré l'ancienneté de leur conception, pour résister à l'armada Porsche et la tenir en échec au Mans par deux fois, en 66 et en 67, d'ailleurs avec la même voiture, surnommée la Grand Mère (châssis n° GT-1075), un exploit rarissime...

Cette fois, la glorieuse GT40 à la longue vie chaotique peut vraiment prendre une retraite méritée, et entrer dans l'histoire.

Ford GT40 aux couleurs Gulf en 1968 D.R.
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