Le renouveau du design Citroën

Le passé et l’avenir. Avec pour dénominateur commun un double chevron centenaire qui n’a jamais été aussi jeune, expressif, moderne et dynamique, le renouveau du design Citroën se déclinera à partir du logo, clé de voute de la nouvelle expression stylistique de la marque.

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Interview de Jean Pierre Ploué

Jean-François Destin le 14/05/2004

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Longtemps chez Renault - il est l’un des pères de la Twingo - Jean Pierre Ploué, après un passage chez Volkswagen et chez Ford a été nommé à la tête du design de Citroën. Avec à la clé un vrai challenge : sortir la marque de son anonymat stylistique et lui redonner une identité forte.

Arrivé dans les studios de PSA à Vélizy au début de l’année 2000, il a pu intervenir un peu sur la C3 Pluriel puis plus largement sur la petite C2. En revanche, tous les nouveaux produits à venir (C4) remplaçante de la Xsara, C5 (qui succédera à la mièvre berline du même nom) et surtout C6 Lignage, le vaisseau amiral attendu à la mi-2005 vont bénéficier d’une griffe originale, fluide et élégante concoctée patiemment par son équipe. Un nouveau visage architecturé autour d’un double chevron revigoré que l’on a pu en partie découvrir sur les récents concept-cars C-Airdream et C-Airlounge dévoilé au Salon de Francfort.

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Jean Pierre Ploué nous raconte sa marche forcée pour replacer Citroën dans le peloton de tête des constructeurs les plus novateurs en matière de design.

Motorlegend : avant de rejoindre la marque, quel regard portiez-vous sur le style Citroën ?

Jean-Pierre Ploué : Pour moi, Citroën a toujours été une marque mythique qui fait rêver. Elle a d’autant plus nourri mon imaginaire d’enfant que mes parents roulaient en Citroën. Lorsque je travaillais pour la concurrence, mes collègues et moi-même faisions régulièrement référence aux racines de Citroën, à un constructeur qui a su plus que les autres faire évoluer l’automobile. Face à ce constat, on ne peut pas nier que les gammes Citroën récentes ne traduisent pas ce patrimoine unique.
A mon arrivée en janvier 2000, j’ai constaté qu’à la direction de PSA, Jean Martin Folz et Robert Peugeot avaient déjà décidé de relancer Citroën en lui offrant à la fois un vrai plan produits à l’égal de celui de Peugeot et une personnalité exclusive. J’ai donc eu toute liberté de création et des moyens pour agir vite. Les modèles porteurs (C3, C3 Pluriel, C2) plaisent, d’autres arriveront d’ici à la fin 2005, nous dominons le championnat du monde des rallyes, l’avenir est à nous.

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Jean Pierre Ploué devant le concept car Xsara C4
Jean Pierre Ploué devant le concept car Xsara C4 Motorlegend.com

Motorlegend : Sans partir d’une page blanche car il fallait inévitablement conserver le double chevron, comment avez-vous procédé pour réorienter le style maison ?

Jean-Pierre Ploué : Après cette longue période de sommeil, on ne pouvait pas repartir avec la même philosophie. Les sociétés évoluent, les gens désirent de l’innovation et avant mon arrivée, seul le Picasso répondait en partie à ce nouvel environnement. En priorité, il fallait revitaliser l’image par des produits plus jeunes, plus dynamiques en faisant appel pour le haut de gamme à des silhouettes fluides presque empruntées aux dessins aéronautiques.

Motorlegend : Etait-il indispensable de conserver le double chevron ?

Jean-Pierre Ploué : Oui, parce qu’ils n’ont absolument pas vieilli. Proches d’un engrenage, ils symbolisent la technologie et la double valeur de Citroën car ils sont deux, ailés et flottants comme deux avions de chasse. Cependant, il fallait rendre ces chevrons plus robustes et leur offrir une nouvelle mise en scène d’où ces prolongements les reliant aux optiques. Vous vous apercevrez que cette liaison ne sera d’ailleurs pas systématique, nous avons mis au point des variantes très intéressantes notamment pour la nouvelle C5.

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Motorlegend : Pour vous, le dilemme n’était-il pas de faire en sorte que les nouvelles Citroën plaisent à la fois à la clientèle conservatrice depuis longtemps acquise à la marque et à des acheteurs plus jeunes et branchés ?

Jean-Pierre Ploué : Pas du tout car cet ADN de la marque que l’on est en train de rajeunir va fédérer toutes les clientèles au travers du confort, du bien-être et d’un certain « cocooning ». Bien sûr, nous allons nous efforcer d’y mettre quelques gouttes de vitalité et de modernité.

Motorlegend : Outre les emblèmes de la face avant, il semble en observant C-Airlounge que vous souhaitez aussi travailler sur de nouvelles proportions de la carrosserie. Pourquoi ?

Jean-Pierre Ploué : Parce qu’aujourd’hui, un travail rationnel exige de travailler très en amont avec nos ingénieurs et techniciens sur l’architecture du véhicule qui commande la forme. Chez Citroën plus qu’ailleurs, cette architecture particulière doit être identifiable de loin et sans contestation. Ce fut le cas pour la Traction, la DS, la CX ou la SM. Nous continuerons à créer des morphologies uniques de véhicules propres à la marque Citroën. Avec d’un côté des voitures plus monolithiques, plus rondes (c’est le cas de C-Airlounge), portant des valeurs d’équilibre et de partage et, de l’autre, des silhouettes plus tendues, plus aérodynamiques (comme celle de C-Airdream) avec des avants «Soft» et des arrières acérés générant le dynamisme et la sportivité. Vous verrez que les futures Citroën hériteront de proportions et d’un caractère hors du commun, j’ose le dire.

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Motorlegend : C-Airlounge qui semble pour vous symboliser une nouvelle approche du haut de gamme arbore une silhouette plutôt ingrate et un arrière lourd. Satisferait-elle l’exigeante clientèle des voitures de prestige ?

Jean-Pierre Ploué : Avec C-Airlounge, on a cherché à réaliser un monovolume très fluide offrant un espace intérieur exceptionnel. Esthétiquement, je ne sais pas si on a réussi. Je pense qu’on s’en est assez bien tiré.
J.P. Ploué devant les esquisses du C-Airlounge.
J.P. Ploué devant les esquisses du C-Airlounge. Motorlegend.com

Citroën
Motorlegend : En haut de gamme, les Allemands de Mercedes, BMW et Audi restent attachés aux carrosseries trois volumes. Pensez-vous qu’un véhicule monovolume comme C-Airlounge puisse générer le même côté statutaire ?

Jean-Pierre Ploué : Aujourd’hui, l’environnement évolue très vite et je suis persuadé que les Allemands vont être obligés de venir à des concepts différents. Il y a la place pour des véhicules haut de gamme qui ne soient pas des tricorps classiques. Le Concept C6 lignage présenté en 98 le démontre et l’an prochain, vous découvrirez une voiture de prestige très statutaire qui ne déplaira pas aux Allemands. A la condition toutefois que soient respectés des fondamentaux comme l’élégance, le raffinement, la qualité de fabrication et bien entendu le confort sous tous ses aspects. Et croyez moi, nous allons y veiller.

Motorlegend : En marge de la version définitive de C6 Lignage annoncée en 2005, y aura t-il la place en haut de gamme pour une exploitation commerciale de C-Airlounge et C-Airdream ? Industriellement et économiquement, est-ce possible et même raisonnable?

Jean-Pierre Ploué : Tout est une question de moyens. L’ensemble de la gamme aura été renouvelé en 2005 et notre rôle de designer est de proposer une grande variété de produits. A la direction ensuite de faire des choix. Mais rappelez vous la SM, je pense que Citroën possède la légitimité pour renouer avec un grand coupé dérivé du C-Airdream. Mais s’il ne voit pas le jour, il offrira à d’autres modèles à venir bon nombre de ses innovations stylistiques.
Intérieur de la C-Airlouge : le bien être des passagers a été privilégié
Intérieur de la C-Airlouge : le bien être des passagers a été privilégié Citroën
Intérieur de la C-Airlouge : le bien être des passagers a été privilégié
Intérieur de la C-Airlouge : le bien être des passagers a été privilégié Citroën
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