24 Heures du Mans 2015

24 Heures du Mans : Audi et Porsche semblent imbattables par Toyota pourtant champion du monde sortant du WEC.

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NISSAN GT-R LM Nismo

Jean-François Destin le 11/06/2015

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Nissan
Moteur avant, traction avant, roues plus petites à l’arrière qu’à l’avant, flux aérodynamique interne, le tout sous une carrosserie de batmobile de dessins animés : chez Nissan, on a décidé d’un retour au Mans en LMP1 (après 16 ans d’absence) en faisant tout à l’envers mais en dépensant sans compter.

L’incroyable GT-R LM Nismo alignée en trois exemplaires samedi au départ des 24 Heures a été révélée à Londres à l’automne 2014 mais surtout début février lors d’un spot publicitaire TV hors de prix diffusé à la mi-temps du SuperBowl en Arizona, l’événement sportif le plus prisé des Etats Unis.

Après la Deltawing en 2012 et la Zeod RC en 2014 occupant le 56ème stand dédié à la recherche et l’innovation, Nissan récidive cette année mais en visant le LMP1, la catégorie reine du WEC (World Endurance Championship). Si le succès est loin d’être assuré, le marketing et la communication on déjà fait de la GT-R LM Nismo le symbole du futur des 24 Heures du Mans ! C’est du moins ce qu’exprime la campagne de publicité au travers d’un visuel où l’étrange engin cache presque totalement les silhouettes des Audi R18, Porsche 919 et autres Toyota TS040 ! Une mise en image chèrement payée par Nissan à l’ACO que l’on retrouve sur l’ensemble de l’affichage de l’épreuve, de la billetterie et même des accréditations de presse.

Une stratégie de ‘com en tous cas réussie, les trois GT-R LM Nismo 21 22 et 23 ayant monopolisé la presse durant la journée test le 31 mai dernier.
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Cette première apparition publique a révélé l’immense travail qu’il reste à accomplir pour se mettre au niveau du LMP1, la meilleure Nissan, la N°23 conduite par le Français Olivier Pla pointant en fin d’essais en 18ème position à 23 secondes du temps de Brendon Hartley qui a battu la pole de l’an dernier au volant de la Porsche 919 Hybrid N°17. Scotchées dans leur box suite à de multiples problèmes mécaniques et électriques mais aussi à une météo médiocre, les trois Nissan Mismo n’ont réalisé que 111 tours alors que Porsche, Audi et Toyota bouclaient respectivement 255, 288 et 173 tours.

Des débuts laborieux s’expliquant avant tout par les choix techniques de Ben Bolwlby, véritable professeur Tournesol du sport automobile à qui l’on doit déjà la DeltaWing et la Zeod RC. Profitant du changement de règlement de l’ACO privilégiant les économies d’énergie, l’ingénieur avait l’intention de jouer à fond la carte de l’hybridation mais Torotrak, le fournisseur du système, n’a pas réussi à le mettre au point dans les délais. Ne restera pour la course qu’un minimum d’ERS et une intégration en classe 2 mégajoules.

Priorité a donc été donnée à la propulsion et à l’aérodynamisme. Pour tous les observateurs, opter pour la traction avant et loger l’ensemble moteur, boite de vitesse, radiateurs et composants sous un long capot avant est une hérésie totale. Aucune traction avant (rares au départ) n’a jamais gagné Le Mans et la dernière victoire d’une voiture à moteur avant remonte à … 1962 avec la Ferrari 330 LM de Gendebien/Hill.

Ben Bowlby étaye sa défense en estimant qu’il était illusoire de copier Audi Porsche et Toyota. « Il fallait explorer d’autres voies et prendre des risques » explique-t’il à ses détracteurs. Reste qu’on ne peut pas parler de « futur » et d’innovation en évoquant la banale traction avant et l’implantation avant de la mécanique.
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Mais Bowlby persiste et signe : « Avec des pneus plus gros à l’avant qu’à l’arrière (31 cm de large contre 20), une circulation d’air interne inédite favorable à l’adhérence de la voiture au sol à haute vitesse et des géométries de suspension spécifiques, on peut rivaliser avec les autres LMP1 du plateau ».

En fait Bowlby s’appuie sur l’expérience acquise à partir des DeltaWing et Zeod RC dont les pneus avant étaient plus étroits que ceux montés à l’arrière. Sur la GT-R c’est l’inverse et l’équipe technique y voit des avantages pour réduire la trainée et améliorer le fonctionnement du diffuseur.

Cette architecture inédite doit aussi, selon Nissan, permettre au V6 bi-turbo de délivrer progressivement ses 550 chevaux sur les seules roues avant, le contrôle de traction veillant à limiter le patinage sur sol sec ou mouillé.

Au cours de la journée test du 31 mai, les Nissan GT-R LM se sont montrés les plus rapides avec un 336, 9 km/h dans la ligne droite des Hunaudières. Une maigre consolation en regard de tous les problèmes rencontrés aux niveaux de l’électronique, du freinage et du grip en sortie de virage.

Tout le monde le sait, la traction avant génère des phénomènes de sous-virage (l’avant peine à s’inscrire dans le virage) et les pilotes habitués à surveiller plutôt le train arrière ont dû s’adapter, ce qui n’est pas évident avec une telle puissance. Durant leurs courtes apparitions en piste, ils se sont heurtés à une instabilité de l’auto au freinage, à des problèmes de patinage en sortie de virage et à un comportement délicat dans les enchaînements rapides.

Pour couronner le tout, le développement de la GT-R Nismo a pris beaucoup de retard cet hiver au point que Silverstone et Spa, les deux premières manches du WEC ont été zappées.

Les voitures étant assemblées dans les locaux de All American Racers à Santa Ana en Californie, l’équipe Nissan Motorsport installée à Indianapolis a préféré rester aux Etats Unis pour effectuer mi-avril des premiers roulages sur le circuit de Bowling Green dans le Kentucky. Un déverminage compliqué en raison des conditions météo. Deux mois plus tard, le constructeur japonais débarque au Mans dans la plus grande improvisation.

Contrastant avec les box allemands rutilants et ordonnés comme des salles d’opération, les stands nippon surpeuplés de techniciens et encombrés de pièces de rechanges (dont 10 moteurs, 10 boites et trois kits de carrosserie) trahissent une frénésie qui va croître jusqu’au départ.

Côté pilotes, Nissan a rapproché des hommes d’expérience et des jeunes talents. Sur la N° 22, le Français Olivier Pla 2ème du WEC 2013 et 2014 en LMP2 sera entouré de l’Allemand Michael Krumm et du Britannique Harry Tincknell vainqueur des 24 H 2014 en LMP2. Sur la N°23, Marc Gené pilote F1 et vainqueur du Mans en 2009 sur une Peugeot 908 partagera le volant avec le jeune Britannique Max Chilton (24 ans) au départ de 24 GP de F1 en 2013 et 2014 et le prometteur Anglais Jann Mardenborough (24 ans). Aux commandes de la N°21, Lucas Ordonnez, le plus capé de l’équipage, devra composer avec Marc Shulshitskiy et le Japonais Tsugio Matsuda qui effectuera ses débuts en LMP1.
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Commentaires

avatar de ROUETM
ROUETM a dit le 11-06-2015 à 23:39
Et une petite pensée pour Citroën et la Traction avant;)