24 Heures du Mans 2007

Personne ne pensait la voir à l'arrivée, pourtant la Peugeot 908 HDI s'est approprié une inespérée seconde place, derrière une Audi R10 intouchable. Retour sur 24 heures haletantes.

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Ambiance : le Mans côté spectateurs

Loïc Bailliard le 21/06/2007

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Ferrari Mondial T, Nissan Skyline, Subaru Impreza et... camping car : Bienvenue sur le «parking des Anglais»
Ferrari Mondial T, Nissan Skyline, Subaru Impreza et... camping car : Bienvenue sur le «parking des Anglais» Loïc Bailliard
Le Mans c’est une histoire de course, d’endurance, de moteurs, châssis et transmission, de pilotes et de patrons d’écuries. Mais c’est aussi et surtout une histoire de spectateurs, de passionnés. Ils étaient 250 952 cette année, amassés le long de la piste, malgré la pluie, bâtissant le mythe du Mans. Ce sont ces 250 000 passionnés qui font la légende, en transportant depuis la Sarthe vers le monde entier des images et les histoires de ces 24 heures pas comme les autres, là-bas, au Mans.

Parmi eux, certains sont plus fous que d’autres : les Anglais. Incontestablement, ils font partie d’un décor centenaire, au même titre que la ligne droite des Hunaudières ou que la « courbe Dunlop ». Ils font partie de ce qui contribue à l’atmosphère du Mans, car quand on est anglais, on ne vient pas aux 24 Heures du Mans sans un minimum d’organisation.
2007 : Toute la France est occupée par les Gaulois...
2007 : Toute la France est occupée par les Gaulois... Xavier Allereau
Toute ? Non ! Car un village d'irreductibles Anglais revient tous les ans
Toute ? Non ! Car un village d'irreductibles Anglais revient tous les ans Xavier Allereau
Car depuis les « Bentley boys » des années 20, les Anglais se sont approprié ce petit bout de territoire. Ils ont leurs emplacements, leurs copains, leurs habitudes, et même leur radio… En anglais évidemment. La plus « British » des courses au monde a lieu à 700 kilomètres au Sud de Londres…

Ce sont de véritables clubs qui viennent. Autocollants « Le Mans tour 2007 » sur les voitures, T-shirts ou polos aux couleurs du groupe, avec surnoms dans le dos, organisation du campement digne de la meilleure troupe de Boy-Scouts … l’organisation est soignée pour que la semaine se passe bien. Les teams supportés le sont dans une ambiance bon enfant, ou détournée : le campement « Drinking for Holland » apporte un soutien évidemment inconditionnel au « Racing for Holland »… Et voue un culte à la bière pression.

Est-ce que la Corvette tire une caravane ? Ils en sont capables...
Est-ce que la Corvette tire une caravane ? Ils en sont capables... Loïc Bailliard
Non, aux 24 heures, il n'y a pas QUE des voitures !
Non, aux 24 heures, il n'y a pas QUE des voitures ! Xavier Allereau
La balade dans le camping de « Maison blanche » fait partie des rituels à respecter pour toute personne qui veut encore croire à la passion de l’automobile, à une époque où tout ce qui fait plus de 150 chevaux est regardé d’un mauvais œil par les gendarmes et les bien-pensants. Ici, pas de morosité, et rien en dessous de 150 chevaux ! La moindre Mégane est une « Renault Sport », et les breaks tirant la caravane sont des Audi RS4. C’est probablement le seul camping au monde où une Rolls Royce Phantom est garée à coté d’une tente dans un champ boueux. Son propriétaire, qui prépare - en tongs - le barbecue à quelques pas de là, suit la course à la télévision, tournant le dos à la piste passant pourtant à trois mètres derrière lui.

Un peu plus loin, deux autres insulaires, aux physiques de Vikings, s’extraient d’une Caterham CSR 260, homologuée pour la route uniquement en Angleterre et sans pare-brise. Renseignements pris, ils arrivent du Royaume-Uni via…l’Espagne ! Ils auront parcouru 2700 kilomètres en une semaine avec des Seven : les nouveaux Spartiates sont britanniques.
Au milieu des tentes, une Aston Martin V8 Vantage...
Au milieu des tentes, une Aston Martin V8 Vantage... Loïc Bailliard
...et à quelques mètres plus loin, une Jaguar Type E et une Type E lightweight...rarissime !
...et à quelques mètres plus loin, une Jaguar Type E et une Type E lightweight...rarissime ! Loïc Bailliard
Là-bas, une figure connue du camping fait une nouvelle fois forte sensation : ce groupe vient tous les ans avec une authentique tour de contrôle de campagne, une sorte de remorque équipée d’une terrasse et tirée par un camion. Ceux qui n’ont pas autant de moyens ont tout de même des échafaudages d’une dizaine de mètres de haut afin de voir au-dessus des grillages.

Dans les allées, on retrouve la quasi-totalité de la production TVR et Triumph depuis la création des marques, en plus de quelques raretés : Nissan Skyline GT-R, Jaguar Type E Lightweight, Noble M12 GTO…

Les gens se mélangent et échangent les anecdotes. Assis au fond d’un coffre ouvert dans les embouteillages entre deux points du circuit, on échange volontiers une cigarette contre une canette avec les passagers d’une Porsche et on trinque, en anglais évidemment. On croise l’inconditionnel de la course qui, à 70 ans, sillonne toujours le tracé, l’appareil photo en bandoulière, le tabouret portable sur l’épaule. Mais on peut voir également la superstar de la musique Jamiroquai qui discute sous la tente avec des copains.

Pendant ce temps, la course n’est qu’un prétexte, une toile de fond. Les odeurs d’essence sont masquées par les odeurs de barbecue et la musique de la fête foraine couvrirait presque le bruit des moteurs.
Aston Martin DB7... Impossible de me souvenir de la marque de la caravane...
Aston Martin DB7... Impossible de me souvenir de la marque de la caravane... Loïc Bailliard
Jamiroquai vend des millions d'albums et remplit des stades, pourtant, il est là, au milieu du camping... C'est ça l'esprit British
Jamiroquai vend des millions d'albums et remplit des stades, pourtant, il est là, au milieu du camping... C'est ça l'esprit British Loïc Bailliard
Lorsque la nuit tombe, on déambule le long de la piste jusqu’à ce que l’on trouve un endroit dégagé, que l’on s’installe pour attendre et voir les heures avancer. Plus tard, allongés par terre, emmitouflés dans des sacs de couchage, certains dorment sans que le bruit pourtant assourdissant ne les dérange. Sur la butte au « Tertre rouge », un autre lutte vaillamment contre le sommeil, sombrant toutes les trente secondes et se réveillant en sursaut pour prendre une photo…Il se rendort immédiatement sous le regard de jeunes hilares qui font tout pour le réveiller à nouveau.

À 6 heures du matin, couche-tard et lève-tôt se croisent pour regarder ensemble le soleil se lever sur la plus belle des courses, sur l’un des derniers monuments de l’automobile populaire et conviviale. La nuit sera courte et les courbatures douloureuses, mais peu importe la fatigue, la météo ou même les résultats, les 24 Heures c’est un « pack » complet, la course n’en est qu’une partie. On repartira, regarder les voitures, déambuler et discuter avec tout le monde. Les Anglais feront encore la fête ce soir : une Aston Martin a gagné.

Alors oui, on vient au Mans pour la course, pour les duels, les exploits humains, sportifs et technologiques. Mais on vient aussi au Mans pour les 24 Heures, on vient au Mans par passion, on y vient car il faut tout simplement l’avoir fait une fois dans sa vie. Et on y retourne. Car une fois qu’on y a goûté, c’est une drogue dont on ne peut plus se passer.
La traditionnelle grande roue, populaire malgré la pluie
La traditionnelle grande roue, populaire malgré la pluie Loïc Bailliard
C'est pour ça que l'on a tenu toute la nuit : le jour se lève sur un circuit endormi... magique.
C'est pour ça que l'on a tenu toute la nuit : le jour se lève sur un circuit endormi... magique. Loïc Bailliard
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