Brussels Retro Festival 2006

Compte rendu

Gilles Bonnafous le 27/10/2006

Jacques Swaters évoque pour nous sa carrière de pilote et de directeur de l'écurie Francorchamps. Il nous parle de sa passion pour Ferrari, qui a occupé toute sa vie.

Jacques Swaters évoque pour nous sa carrière de pilote et de directeur de l'écurie Francorchamps. Il nous parle de sa passion pour Ferrari, qui a occupé toute sa vie. En même temps, cet homme de 80 ans, qui a connu la grande époque des circuits, nous livre son témoignage sur un autre âge du sport automobile.


Motorlegend : Comment vous est venue votre passion pour l'automobile ?

Jacques Swaters : Je n'étais pas prédestiné à l'automobile. Dans ma famille, personne n'était fan de voitures. Mon adolescence s'est déroulée pendant les années de guerre, où l'on parlait plus de bazooka et d'avions de chasse que d'autos. Pourtant, la guerre a sans doute eu une influence sur ma destinée automobile. Adolescent, j'avais été habitué à des scènes de violence, à la mort. Je pense que j'ai recherché naturellement une continuité à la guerre dans le sport automobile, qui était un sport très violent. A l'époque, des pilotes se tuaient tous les dimanches, c'était l'ordinaire. Le lundi, on allait à l'enterrement d'un copain. De nos jours, c'est impensable. La génération actuelle n'a pas du tout la même vision. Le conflit terminé, j'ai repris mes études de droit qui m'ennuyaient profondément. C'est alors que j'ai eu la chance de rencontrer « La Ferrari » en 1948. Ce fut un coup de foudre. J'en suis tombé follement amoureux et ça allait être la passion de ma vie.

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Motorlegend : Quel est l'événement fondateur de cette passion ?

Jacques Swaters : Ça s'est passé aux 24 Heures de Francorchamps de 1948. Je pilotais une petite MG et pendant les entraînements, j'ai été dépassé par un bolide sublime, qui jouait une musique magnifique. C'était la Ferrari 166 MM de Chinetti. J'ai été enthousiasmé par la symphonie de son douze cylindres. A la fin de la séance d'essais, je me suis précipité dans les paddocks pour découvrir la voiture. J'ai été fasciné par la beauté de sa ligne, de son moteur et par sa boîte à cinq vitesses. Par des détails mécaniques également que je n'avais jamais vus, comme les goujons de la culasse qui étaient perforés et reliés par un fil de fer pour éviter qu'ils ne se dévissent. Je me suis juré qu'un jour, je piloterais une Ferrari. Ma vie a basculé. Mais j'étais loin de me douter que Maranello allait devenir toute ma vie. Et que ce ne serait pas une Ferrari que je posséderais, mais 3500 que je vendrais au cours de mon existence.

Motorlegend : Ensuite, comment les choses se sont-elles enchaînées ?

Jacques Swaters : Un jour, Girolamo Gardini, le bras droit d'Enzo Ferrari, m'a téléphoné pour me dire qu'une voiture, qu'il avait vendue en Allemagne, était en panne. Il souhaitait que je la dépanne. Ce que j'ai fait. Un peu plus tard, il m'a rappelé pour me demander de retrouver une autre voiture qu'ils avaient envoyée à Bruxelles pour le salon et qui s'était perdue ! Je l'ai récupérée, elle se trouvait dans un wagon… Il m'a alors demandé de m'occuper du stand du salon. J'étais ravi. J'ai même vendu la voiture à un touriste qui, évidemment, ne connaissait pas la marque. J'ignorais le prix. J'ai appelé Gardini, qui ne savait pas trop non plus ! Enfin, il m'a donné un chiffre… Ensuite, j'en ai vendu une deuxième, puis une troisième, etc. Le mouvement était parti.

Motorlegend : Quand se situe votre première rencontre avec Enzo Ferrari ?

Jacques Swaters : Je l'apercevais quand j'allais à Modène. Un jour, il m'a invité à déjeuner, un autre, dans son bureau, il m'a demandé ce que je pensais du huit et du douze cylindres. Il s'est passé une dizaine d'années avant que nous devenions intimes, à partir du début des années soixante. Il y avait une vingtaine d'hommes qu'il appréciait particulièrement. J'ai la faiblesse de croire que j'en faisais partie. Parmi les importateurs, Chinetti et moi, nous étions ses privilégiés.

Motorlegend : En tant que pilote, quel est votre plus beau souvenir ?

Jacques Swaters : C'est ma victoire en 1953 sur le circuit de l'Avus, à Berlin, au volant de la Ferrari 500 F2. Ce fut un moment de grande émotion. Peu de temps après la guerre, je me suis retrouvé sur le podium avec ma couronne de lauriers et cent mille Allemands au garde-à-vous qui écoutaient la Brabançonne.

Motorlegend : Quel événement vous a le plus marqué comme directeur d'écurie ?

Jacques Swaters : J'ai connu beaucoup de grands moments. Un m'a particulièrement marqué, ce sont les 24 Heures du Mans 1965. Nous étions en tête depuis minuit et à 14 heures, notre voiture possédait un tour d'avance sur la deuxième. La course était gagnée, quand un pneu a déchappé dans la ligne droite des Hunaudières… Nous avons perdu les 24 Heures. Ce n'est pas le meilleur souvenir, mais le plus intense.

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