Saga OSCA

En 1947, les frères Maserati créent leur seconde marque, OSCA. Comme les Maserati du temps où ils étaient aux commandes de la marque, les OSCA seront des voitures de compétition.

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Histoire : Historique OSCA

Gilles Bonnafous le 04/06/2008

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Singulier destin que celui des frères Maserati, par deux fois créateurs d’une marque automobile et qui, par deux fois, la perdront. Si ces personnalités attachantes ont brillé par leurs talents d’ingénieurs, on ne peut en dire autant de leurs qualités de gestionnaires et d’hommes d’affaires.

La marque Maserati a toujours été confrontée à des problèmes financiers. Après avoir été renflouée en 1936 par un mécène, Gino Revere, elle passe un an plus tard aux mains de la famille Orsi, de riches industriels de Modène. L’accord stipule que frères Maserati resteront maîtres des orientations techniques de l’entreprise pendant dix ans. En réalité, ils seront rapidement mis sur la touche. En 1939, la direction technique est confiée à des hommes de la famille Orsi. Adolfo Orsi devient président de la société et l’usine est transférée à Modène.

Gilles Bonnafous

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Au lendemain de la guerre, Bindo, Ettore et Ernesto Maserati quittent une marque qui n’est plus la leur pour retourner à Bologne, leur ville natale, où ils fondent, en 1947, OSCA, un acronyme signifiant Officine Specializate per la Costruzione di Automobili. Les frères ne sont plus tout jeunes, Bindo a 64 ans, Ettore 53 et Ernesto 49. Dans les conditions économiques difficiles de l’après-guerre, les moyens financiers sont modestes et les ambitions technologiques raisonnables.

Toutefois, quand on s’appelle Maserati, lorsqu’on porte un nom aussi prestigieux, on ne se contente pas de gonfler des mécaniques préexistantes. La fratrie crée ex nihilo un châssis et un moteur double arbre, signature de passionnés qui ont brillé dans les Grands Prix de l’entre-deux-guerres. Comme les Maserati du temps où ils étaient aux commandes de la marque, les OSCA seront des voitures de compétition. Il n’y a que la course qui intéresse et qui a toujours intéressé les frères Maserati. C’est leur jardin d’Eden, et ils y excellent.

Nombreuses sont les épreuves locales et régionales en cette période de l’après-guerre. Avec sa première voiture, la MT4 engagée en catégorie Sport, la jeune firme va rapidement glaner de multiples lauriers dans la classe que l’on appelait « voiturettes » avant la guerre. Dans cette catégorie de petites cylindrées, la concurrence s’appelle Stanguellini, Nardi et Cisitalia, qui tous construisent des machines sur base et moteurs Fiat. L’OSCA est la plus sophistiquée, et de loin. Et le quatre cylindres grandira pour aller jusqu’à 1500 cm3.

Gilles Bonnafous

Gilles Bonnafous

Après la victoire de la MT4 au Grand Prix de Naples de 1948, les frères vont retomber dans leur travers, aller toujours plus loin sans trop se soucier de la réalité économique. Ils tentent l’aventure en F2 avec une MT4 modifiée. Mais les résultats ne seront pas probants. Ils reviennent à la F2 en 1952 avec un six cylindres double arbre de deux litres. Développant 170 ch à 6500 tr/mn, cette mécanique est également montée sur une barquette 2000 S.

Autre rêve, le moteur V12. En 1951, à la demande d’Amédée Gordini, qu’Alfieri avait connu jadis chez Isotta Fraschini, OSCA construit un V12 de 4,5 litres à carter sec et quatre arbres à cames en tête entraînés par engrenages. Si ce groupe de 330 ch ne sera jamais utilisé par Gordini, il est installé dans la Maserati 4 CLT du prince Bira, qui court à son volant à Goodwood où il s’impose.

Cette mécanique prestigieuse est montée sur une nouvelle Formule 1 OSCA. Pilotée par Franco Rol, la Tipo G (pour Gordini) ne se classe que neuvième à Monza au Grand Prix d’Italie. La F1 constitue un morceau beaucoup trop gros pour une petite marque et, après des participations sporadiques au cours des années suivantes, notamment avec une deux litres, les frères Maserati renonceront à cette discipline. L’éphémère F1 V12 sera plus tard recarrossée en barquette par un pilote amateur français, Luc Descollanges, qui l’alignera en courses de côte (notamment sur le Mont Ventoux).
OSCA S 187
OSCA S 187 Gilles Bonnafous

Gilles Bonnafous
Nombreuses sont les gloires de la course automobile qui pilotent des OSCA. En premier lieu, les amis des frères Maserati que sont Luigi Villoresi et Luigi Fagioli (pilote Maserati dès 1928, avant de passer chez Alfa Romeo, Mercedes et Auto Union), mais aussi Stirling Moss, Raymond Sommer, Louis Chiron, le marquis Alfonso de Portago, Luigi Musso, Ludovico Scarfiotti, sans oublier les Mexicains Pedro et Ricardo Rodriguez. De même, des pilotes OSCA fonderont ultérieurement leur marque, à l’image d’Alejandro de Tomaso et plus tard d’Enzo Osella, ainsi que des Américains Briggs Cunningham, Carroll Shelby et Jim Hall, créateur de Chaparral.

Pour gagner de l’argent, OSCA se frottera à la série en motorisant les cabriolets Fiat 1500 et 1600 S et en lançant une petite Grand Tourisme, la 1600 GT. Mais le succès commercial ne sera guère au rendez-vous. Bindo, Ettore et Ernesto finiront par passer la main en 1962. Ils vendront leur marque au comte Agusta, le célèbre industriel constructeur d’hélicoptères et de motos, les fameuses MV. Les OSCA seront alors construites à Casina Costa chez MV. La société disparaîtra en 1967. Pour la seconde fois, les frères Maserati auront perdu une marque qu’ils avaient créée. Ces grands artistes de la mécanique n’étaient décidément pas faits pour le business et son univers impitoyable…
La Type S 1000 cm3
La Type S 1000 cm3 Loïc Bailliard
Berlinette Vignale
Berlinette Vignale Gilles Bonnafous
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