Essai LAMBORGHINI Urus

Stéphane Schlesinger le 11/03/2019

Près de 25 ans après la disparition du LM002, Lamborghini revient sur le segment des gros 4x4 avec un Urus aux lignes très agressives et moteur surpuissant. Cela suffit-il à en faire le super-SUV que le constructeur prétend avoir inventé ?

Un monstre gentil

Historiquement, un 4x4 Lamborghini n'a rien d'aberrant. On se rappellera l'incroyable LM002, transposition sur le marché d'un projet de véhicule militaire refusé par l'armée américaine. Commercialisé de 1986 à 1993, il a été écoulé à plus de 300 unités, et surtout, s'équipait du fabuleux V12 Bizzarrini. L'Urus, lui, n'a pas droit à un tel raffinement. Présenté en décembre 2017, puis commercialisé en mars 2018, il a été créé pour répondre à la demande du marché mondial, incroyablement friand de SUV, y compris sur le segment du luxe. Propriété d'Audi, Lamborghini a, contrairement à ce qu'il a fait pour l'Aventador, pioché dans la banque d'organes du Groupe VW pour élaborer l'Urus.

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Plus teuton qu'italien

Ainsi, celui-ci reprend non pas le V12 de la supercar mais bien le V8 4,0 l biturbo, déjà vu chez Audi ou Porsche par exemple. Dommage pour la noblesse mais tant mieux pour le couple, car retravaillé par Sant'Agata, ce bloc produit quelque 850 Nm. Il faut dire aussi qu'il y a 2,2 tonnes à emmener ! Car l'Urus ne peut pas faire de miracle : il reprend la plate-forme MLBEvo utilisée dans les tout derniers Audi Q7 et Porsche Cayenne, sans oublier le Bentley Bentayga, autant de véhicules pachydermiques. Cela dit, pourquoi avoir refusé à l'Urus le 12-cylindres monté dans son cousin anglais ? En attendant, le V8 de l'italien propose tout de même la puissance la plus élevée de tous les 4x4 du Groupe VW, avec 650 ch : l'honneur est - presque - sauf, même si le Jeep Cherokee SRT8 le bat avec ses 707 ch... Plus globalement, avec sa vitesse de pointe de 305 km/h, le Lamborghini est le SUV de série le plus rapide du monde. Esthétiquement, l'Urus reprend les grandes lignes du concept éponyme présenté au salon de Pékin... en 2012. Signe que les voitures vieillissent moins vite qu'avant, les lignes semblent très modernes et personnelles, l'ensemble se révélant acéré et dynamique. Et même carrément chargé, mais cela doit plaire à la clientèle de ce genre de véhicule. Dans l'habitacle, ce langage stylistique demeure, ce qui crée une ambiance à la fois originale, exclusive et technologique. Mais la profusion de commandes et d'écrans en tous genres ne profite pas à l'ergonomie, non plus que la forme alambiquée de la commande de boîte. Même l'afficheur TFT situé derrière le petit volant ovoïde comporte trop d'informations pour qu'on puisse les balayer d'un coup d'œil. Heureusement, l'habitabilité est excellente (pour quatre), de même que la position de conduite. Et, malgré les formes un peu torturées du mobilier, l'assemblage ainsi que la qualité des matériaux donnent satisfaction.

Mastodonte agile

Il faut soulever un capuchon pour accéder au bouton de démarrage, que l'on presse. Le moteur s'éveille alors, dans une sonorité quelconque. On compte six modes de conduite, adaptant le véhicule aussi bien au circuit qu'à la neige. Je pars en Strada, le plus adapté à la route. Très confortable, l'Urus paraît docile comme un gros matou, pâtissant de quelques mouvements de caisse désagréables. Ça, une Lambo ? Jamais. Alors je passe en Sport, et immédiatement, tout s'acère, volant, boîte, moteur, sonorité, alors que la suspension pneumatique s'affermit. A ce moment, on peut mener l'Urus comme un ours, et il étonne. Par ses performances : ça accélère et reprend très, très fort, surtout que la boîte ne manque jamais de rapidité ni d'à-propos dans ses changements de rapport. Par l'agilité ensuite : le différentiel à vectorisation de couple et surtout les roues arrière directrices permettent de conduire ce gros SUV comme une compacte sportive sur les petites routes (en faisant attention au gabarit), c'en est même bluffant, tandis que le freinage, comportant à l'avant d'incroyables étriers à dix pistons pinçant d'immenses disques de 440 mm en carbone-céramique, assure des arrêts presque violents. On s'amuse et on oublie qu'on conduit un 4x4. Mais une Lamborghini ? Toujours pas, surtout que le rupteur intervient dès 6 500 tr/mn, alors que la sonorité du V8 s'apparente presque à celle d'un 4-cylindres coursifié. En Corsa, l'Urus devient trop ferme et sonore pour rester agréable sur route, même s'il gagne encore en précision. En tout cas, quoi qu'il arrive, il profite d'une adhérence excellente, même si, quand on le brusque franchement, le poids élevé se rappelle à notre bon souvenir. Seulement, l'Urus en offre-t-il beaucoup plus qu'un Cayenne Turbo, dont il est proche techniquement ? Non, mais cela ne l'empêche pas de bien se vendre, 70 % de sa clientèle étant d'ailleurs nouvelle chez Lamborghini.

À retenir

Si son esthétique est agressive, l'Urus se révèle très doux et facile à conduire. Extrêmement performant et efficace, étonnamment agile et amusant, polyvalent et confortable, il manque pourtant de caractère et de raffinement auditif, compte tenu de son blason. Trop proche par ses prestations d'un Cayenne, il laisse la voie ouverte à un véritable super SUV, qui pourrait arborer un cheval cabré dès l'an prochain...
points fortsPerformances, agilité, confort, polyvalence, look distinctif, qualité générale
points faiblesSonorité moteur, manque de caractère, prix prohibitif, ergonomie
16.3

20
Les chiffres
Prix 2018 : 205715 €
Puissance : 650 ch
0 à 100km/h : 3.6s
Conso mixte : 12.7l/100
Notre avis
Agrément de conduite : 18/20
Sécurité active et passive : 20/20
Confort et vie à bord : 17/20
Budget : 9/20

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