Essai CATERHAM Seven 275R BV6

Vincent Desmonts le 02/05/2016

Les sportives modernes sont toujours plus performantes... mais pas forcément plus amusantes pour autant. Et si on revenait aux fondamentaux ?

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Drogue dure

À l'heure où j'écris ces lignes, elle m'attend sagement au garage. Elle hante mes pensées, et je dois faire preuve d'un self-control à toute épreuve pour ne pas refermer l'ordinateur, prendre les clés et partir en balade avec ! Je lui ai même donné un petit nom : Kermit, comme la grenouille du Muppet Show. Avec son vert Kawasaki et ses phares globuleux, ça tombait sous le sens. Même moi, le journaliste automobile forcément un peu blasé à force d'enchaîner les voitures d'essai, il ne m'a fallu que 24 heures pour tomber sous le charme de la bête. Car quand on commence à donner un surnom à sa voiture, c'est que l'on est amoureux, non ? La Caterham Seven 275R est comme ça, c'est une machine diabolique qui rend accro tous ceux qui s'installent à son volant. Les fanatiques du modèle ont même inventé un adage à ce sujet : « t'y fous le c…, t'es foutu ! » Je crois que je suis fait comme un rat.

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Jean moulant

Pourtant, Kermit et moi, ça n'a pas été le coup de foudre immédiat. Certes, elle m'a fait de l'œil avec ses décalcomanies noires et sa couleur flashy, mais il m'a fallu m'habituer aux contorsions nécessaires pour s'installer à bord, ou à la manipulation de la capote. Avec un petit peu de pratique, celle-ci s'installe en moins de dix minutes. Des minutes qui paraîtront bien longues en cas de soudaine averse. Mais, tel un Sioux des grandes plaines, le pilote de Caterham apprend à lire les nuages et à anticiper les caprices du climat. Et si, comme moi, il mesure plus d'un mètre soixante-quinze, il suivra également des cours particuliers avec un contorsionniste du Cirque de Pékin afin d'apprendre à se faufiler à travers l'étroite ouverture laissée par la dite capote lorsqu'elle est installée (source inépuisable de fous rires!). Enfin, il s'habituera vite à choisir avec attention ses chaussures : lassé d'appuyer sur toutes les pédales à la fois, j'ai vite troqué mes grosses baskets contre de fines bottines Sparco. Car on ne s'installe pas à bord d'une Caterham : on l'enfile à la manière d'un jean moulant. Les hanches sont calées entre la carrosserie et le tunnel de transmission, les coudes trouvent tout naturellement leur place de part et d'autre, et la cave à pieds est juste assez large pour y glisser deux jambes et trois pédales. Pas de repose-pieds, donc : lors des longs trajets autoroutiers, les initiés soulagent leur mollet gauche en glissant leur peton derrière la pédale d'embrayage. Pour le bruit, les plus sensibles opteront pour des bouchons d'oreille. Sous les yeux, la « planche » de bord n'a jamais aussi bien porté son nom… si ce n'est que sur cette version R, elle est réalisée en carbone. L'instrumentation est assez complète, quoique pas très lisible (les « shift lights » à 325 € sont franchement recommandées pour éviter de taper le rupteur en conduite sportive), mais l'ergonomie totalement absente. La tirette du chauffage est au niveau du genou gauche, le Neiman se cache sous les compteurs, et vous chercherez longtemps le comodo des clignotants : il est ici remplacé par un commutateur à droite du volant. Bref, la Seven impose un mode de vie à part. Ce n'est pas le genre de voiture dans laquelle on saute prestement pour aussitôt sortir du garage et boucler sa ceinture au premier feu rouge. La « Cat » dicte son petit cérémonial, et c'est aussi ce qui fait son charme.

Déluge de sensations

Ces petites contraintes sont les conditions d'un plaisir ultime, intense et authentique. Compacte (seulement 3,10 m de long soit presque un mètre de moins qu'une Renault Clio!) et étroite (1,57 m), elle est à son aise partout, y compris sur les routes les plus minuscules. Quant à son équipement réduit au strict minimum (pare-brise dégivrant et prise 12 V!), il permet de contenir le poids à 540 kg… soit moitié moins que la Clio susnommée. Et ça change tout. Ça transforme même un banal 4 cylindres Ford Sigma - le 1.6 qui fut un temps installé sous le capot des Fiesta et Focus - en furie grondante, vibrante et hurlante. Accouplé à la transmission à 6 rapports (une option à 1 740 €), il catapulte la Seven 275R de 0 à 100 km/h en 5 s tout rond… mais jusqu'à 196 km/h seulement, la boîte tirant très, très court. Mais ce n'est pas grave : le plaisir d'une Caterham n'est pas dans sa vitesse de pointe, mais dans la vivacité de ses accélérations, le guidage précis et rapide de sa boîte, la tactilité incroyable de son minuscule volant... et bien sûr le déluge de sensations qui s'abat sur le conducteur et son passager. On hume les odeurs entêtantes du colza et de l'herbe coupée, on se fait refaire le brushing par les courants d'air, on est assourdi par le sifflement du différentiel autobloquant et la rage du moteur à l'approche des 7 000 tr/min. Pas question de s'assoupir au volant, et ça tombe bien, car la direction est si incisive que la moindre flexion du poignet vous fera changer de file !

Agile comme une guêpe

Avec son poids-plume et son centre de gravité au ras des pâquerettes, la Seven 275R a l'agilité d'une guêpe et passe fort en courbe. Quasiment assis sur le train arrière, le conducteur sent les moindres réactions de celui-ci, rendant la conduite intuitive. L'amortissement est plutôt bon, même s'il y a un léger déphasage entre les deux essieux. En effet, si les géométries avant à doubles triangles travaillent à merveille (on peut d'ailleurs observer le mouvement des roues depuis le poste de conduite!), le pont arrière, un antique De Dion, a tendance à sautiller sur les bosses. Quant au freinage, il réclame un mollet d'acier pour espérer obtenir une décélération digne de ce nom. Mais tout ceci reste bien peu de chose à côté du plaisir procuré par cette machine rageuse, virulente, fascinante. D'ailleurs, j'ai besoin d'une nouvelle dose : je vous laisse, j'y retourne !

À retenir

Sportive sans filtre et généreuse en sensations, la Seven 275R est un vrai bol d'air frais… au propre comme au figuré ! Follement amusante sur petites routes, dotée d'un moteur rageur et de performances élevées, la Caterham est tout simplement irrésistible. Le genre d'engin qui vous donne envie de prendre la route… pour aller nulle part, simplement pour le plaisir de conduire ! Mais c'est aussi un joujou très exclusif de par sa radicalité… et nettement plus agréable par grand soleil que sous la pluie.
points fortsPerformances élevées, agilité épatante, direction ultra-incisive, sensations fortes, caractère moteur, commande de boîte précise et rapide.
points faiblesFreins manquant de mordant, essieu arrière sautillant, confort sommaire, accessibilité capote en place.
18.1

20
Les chiffres
Prix 2015 : 37 685 €
Puissance : 135 ch
0 à 100km/h : 5s
Conso mixte : 6.3l/100
Notre avis
Agrément de conduite : 19/20
Sécurité active et passive : 10/20
Confort et vie à bord : 10/20
Budget : 17/20
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Avis des propriétaires

Commentaires

avatar de lecteur
lecteur a dit le 08-05-2016 à 08:52
La Westfield me semble effectivement supérieure à la Caterham, à la lecture de sa fiche tecnique, et moins chère.
avatar de tc50
tc50 a dit le 03-05-2016 à 23:19
Je viens de vendre ma Westfield fw300 ,utilisée depuis 4 ans,et sur le Bugatti,je n'ai jamais été doublé par la concurence,c'est vraiment une auto hyper efficace,le poids/puissance,il n'y a que cela de vrai!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
avatar de bicquet
bicquet a dit le 03-05-2016 à 21:14
UNE AUTO POUR LES PURES ET DURES , PAS UN SUV , TRUFFE D'ELECTRONIQUE !! MERCI L'ANGLETERRE