Saga Ford GT40

Tant par son ampleur que par sa signification, l'offensive de Ford aux 24 Heures du Mans dans les années soixante a laissé des traces profondes dans notre inconscient collectif.

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1964 : un an pour apprendre

Didier Lainé le 25/02/2003

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Comme prévu, la Lola GT allait servir de base de développement à la nouvelle équipe. Sa cellule monocoque associée à deux berceaux porteurs sera notamment conservée, de même que les deux "caissons" latéraux servant aux réservoirs d'essence. Les "bâtis" tubulaires avant et arrière seront toutefois simplifiés dans leur dessin. Les suspensions à double triangulation à l'avant et à doubles jambes de force longitudinales à l'arrière feront quant à elle l'objet de nombreux tests de résistance calculés directement par ordinateur. Cette structure faite de tôle d'acier ultra-mince allait recevoir une carrosserie profilée particulièrement basse (ses 40 pouces de hauteur allaient incidemment inspirer sa désignation officielle : "GT 40") constituée de panneaux de fibre de verre laminée. Plus effilée que celle de la Lola GT, cette caisse se distinguera tout particulièrement par ses capots avant et arrière englobant les ailes et basculant d'un seul tenant pour faciliter l'accès des mécaniciens à tous les organes essentiels.

A l'origine, la GT 40 devait être équipée d'optiques avant escamotables. Ce croquis préliminaires es D.R

La première GT 40 dévoilée en avril 1964 présentait cette forme très effilée. Mais l'absence de bequ D.R
Côté mécanique, c'est le V8 4,2 l Ford issu de la série Fairlane mais profondément remanié pour les 500 Miles d' Indianapolis qui sera retenu. Réalisé entièrement en aluminium (le moteur de série étant en fonte), ce "small block" relativement compact trouvera à se "glisser" dans le très étroit compartiment moteur installé entre la cloison pare-feu protégeant l'habitacle et la transmission. Gavé par quatre carburateurs Weber double corps, il fournira 350 chevaux à 7200 t/mn (au lieu de 260 sur la première Shelby-Cobra et la Lola GT), un niveau de puissance tout à fait comparable à celui des V12 Ferrari équipant les 330 P alignées en compétition à la même époque.

Ainsi dotée, la première GT 40 pouvait en théorie franchir le seuil des 320 km/h dans la ligne droite des Hunaudières, condition sine qua non pour lui permettre de tirer son épingle du jeu pendant la course. A ce groupe motopropulseur conçu pour délivrer une puissance "suffisante" (tout en garantissant une bonne robustesse d'ensemble) sera associée un ensemble boîte-pont (à 4 rapports) fourni par le spécialiste italien Colotti.

La GT 40 originelle offrait une très grande pureté esthétique. D.R

C'est aux 1000 km du Nürburgring (en mai 1964) que la GT 40 fera ses débuts officiels en compétition D.R
Deux voitures seront terminées pour les essais préliminaires des 16 et 17 avril 1964. Jo Schlesser et Roy Salvadori les piloteront pour l'occasion. Pas très longtemps : le Français détruira en effet sa voiture lors d'une violente sortie de route et la seconde sera elle aussi endommagée à la suite d'un accrochage. Diagnostic commun : au dessus de 150 km/h, la voiture devenait quasiment inconduisible...Malgré de nombreux tests positifs effectués en soufflerie, le dessin de la carrosserie était bien en cause, notamment la forme très effilée de la proue qui engendrait un soulèvement de l'avant à grande vitesse. L'absence de bequet à l'arrière provoquait également d'inquiétantes pertes d'adhérence du train moteur.
Faute de temps, l'équipe en charge du projet devra s'accommoder de quelques retouches empiriques avant l'épreuve. Un déflecteur inférieur sera ajouté au capot avant et un bequet viendra opportunément modifier la portance sur le train arrière. Cette nouvelle épure de carrosserie pourra être testée "in vivo" lors des 1000 kilomètres du Nürburgring, disputés en mai. L'une des deux voitures accidentées au Mans sera réparée à temps et confiée à Phil Hill et Bruce Mac Laren. Après s'être maintenue longtemps en 2ème position derrière une ferrari 275 P, la Ford bleue et blanche sera cependant retirée de la course suite à une rupture d'un support de suspension.

Trois GT 40 seront finalement préparées pour les 24 Heures du Mans, disputées en juin. Face à elles, huit Ferrari (trois 330 P et cinq 275 LM) pouvaient prétendre à la victoire. Les gens de Ford, conscients de cette infériorité numérique étaient restés modestes quant à leurs chances réelles. Cette première participation avait surtout valeur de test. Les trois équipages sélectionnés par Ford étaient constitués de Phil Hill-Bruce Mac Laren, Richie Ginther-Masten Gregory et Jo Schlesser-Richard Attwood. Malgré la relative impréparation de l'écurie américaine, les trois GT 40 avaient fait forte impression lors des essais officiels et dès le départ, Richie Ginther se placera dans le peloton de tête derrière trois Ferrari qu'il ne tardera pas à sauter pour prendre le commandement de l'épreuve. La GT 40 d'Attwood-Schlesser pointera en dixième position tandis que la troisième connaîtra très tôt de multiples ennuis mécaniques. Vedette incontestée du début de la course, la Ford de Ginther et Gregory se maintiendra résolument en tête, soumettant les Ferrari concurrentes à une cadence effrénée. Mais un problème de boîte la contraindra bientôt à abandonner la partie.

Trois GT 40 seront préparées pour les 24 heures du Mans de juin 1964. D.R

La GT 40 de Phil Hill-Mac Laren pendant les 24 Heures 1964. D.R
A la cinquième heure, c'est la GT 40 d'Attwood-Schlesser qui disparaîtra elle aussi, suite à un incendie provoqué par une rupture de canalisation d'essence. La troisième restera en course jusqu'aux premières heures de la mâtinée du dimanche. Pointée en troisième position, elle établira même un nouveau record du tour avant d'être arrêtée définitivement au stand sur ennui de boîte. Fin du premier acte...

Si la déception était grande dans le camp américain, cette première sortie n'avait cependant pas tourné au désastre. La Ford GT 40 s'était en effet montrée très compétitive en course, au point d'épuiser les Ferrari qui avaient durablement souffert de la cadence imposée. La victoire revenait tout de même à la 275 P de Guichet-Vaccarella (suivie de deux autres Ferrari) mais les rangs de l'écurie rouge s'étaient singulièrement clairsemés pendant l'épreuve. Consolation symbolique, la Cobra-Ford de Gurney et Bondurant remportait tout de même la catégorie Grand Tourisme devant plusieurs Ferrari GTO.

Le Mans 1964 D.R
Trois GT 40 participeront encore aux 12 Heures de Reims, une semaine après Le Mans (sans résultat probant) mais dès la fin des "24 Heures", l'équipe travaillera déjà à préparer la saison 1965. Une deuxième année décisive pour Ford qui était attendu au tournant de son histoire. Dans son ensemble, la presse (majoritairement favorable à Ferrari) ne s'était d'ailleurs pas privée d'ironiser sur la défaite de ce "Goliath" terrassé par "David" (alias le Commandatore) en combat singulier. Le géant américain avait donc été renvoyé dans ses filets. Il lui restait à apporter la preuve que "les dollars pouvaient remplacer l'expérience" (autre cliché abondamment repris dans la presse de l'époque)...

1000 km du Nurbürgring 1964 D.R
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