La Carrosserie Bertone

Doyen des carrossiers italiens encore en activité, Bertone a fêté en 2003 ses 90 ans. Une performance exceptionnelle dans l'univers de la carrosserie automobile.

sommaire :

Les concept cars Bertone

Gilles Bonnafous le 29/03/2002

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BAT 5 (1953), BAT 7 (1954) et BAT 9 (1955) D.R
Bienvenue dans l'univers merveilleux des prototypes et concept cars Bertone, un monde où souffle l'innovation et l'audace. Avant-gardiste jusqu'à la provocation, le style radical de la maison traduit également l'indépendance d'esprit de son patron. Il s'oppose en cela au classicisme de Pininfarina, l'autre grande carrosserie transalpine jusqu'à la création d'Italdesign.

Mais au-delà de simples exercices de style, les concept cars Bertone témoignent d'authentiques recherches conceptuelles. Ils apparaissent ainsi comme de véritables laboratoires d'idées. Nombre d'entre eux inspireront ou donneront naissance à des véhicules de production, après avoir été amendés pour prendre en compte les nécessaires contraintes de l'industrialisation.

Lamborghini Genesis D.R

Porsche 911 Spider D.R
Les plus grands créateurs du design automobile de la seconde moitié du XXème siècle se sont succédé à la direction du style de la carrosserie Bertone : Franco Scaglione d'abord, puis Giorgetto Giugiaro, qui, en 1965, cédera la place à Marcello Gandini pour fonder trois ans plus tard Italdesign. Artiste d'exception au caractère individualiste, Marcello Gandini se sentira mal à l'aise dans un bureau d'études. Il partira en 1979, remplacé par le Français Marc Deschamps, un ancien de chez Ligier.

Si la carrosserie Bertone a proposé son interprétation de modèles existants, parfois sans postérité - Maserati 3500 GT, Ferrari 250 GT, Porsche 911 Spider -, elle a su nouer des rapports d'étroite collaboration, voire de complicité, avec deux constructeurs italiens, Alfa Romeo et Lamborghini.

ZER D.R

Stratos Zero D.R
Le travail mené en commun avec Alfa Romeo a trouvé son expression la plus spectaculaire avec la série des BAT (Berlinetta Aerodinamica Tecnica) : BAT 5 (1953), BAT 7 (1954) et BAT 9 (1955). Ces véhicules expérimentaux illustrent les recherches aérodynamiques chères à Franco Scaglione, dont témoigne également l'Abarth de record de 1956. Expressions des exubérances futuristes et des fantasmes aéronautiques en vogue à l'époque, les BAT sont les versions européennes des Firebirds de la General Motors. Moins excentriques, mais plus intéressantes et plus fécondes, apparaissent les Alfa Romeo Sportiva, Canguro, Carabo et Navajo.

Avec Lamborghini, Bertone a tissé des liens très privilégiés débouchant sur de véritables partenariats. Certains concept cars Bertone sont ainsi apparus comme les préfigurations de futurs modèles Lamborghini - qu'ils aient été construits ou non. A l'image des Marzal, Countach, Bravo, Athon ou Genesis.


Alfa Romeo Sportiva (1954) D.R

Alfa Romeo Sportiva (1954) D.R
Alfa Romeo Sportiva (1954)

A partir du prototype Sportiva réalisé en 1954, Alfa Romeo souhaitait construire une petite série de voitures destinées à courir en catégorie Sport. Franco Scaglione a signé une ligne dynamique emprunte de classicisme, dont la lunette arrière panoramique du coupé sera reprise (en moins développé) sur l'Alfa Romeo Giulietta Sprint de série. D'une cylindrée de deux litres, le quatre cylindres double arbre à chambres de combustion hémisphériques développait 138 ch. Mais la Sportiva ne dépassera pas le stade expérimental. Quatre exemplaires, deux coupés et deux spiders, seront néanmoins construits.

Ferrari 250 GT (1962) D.R

Alfa Romeo Canguro (1964) D.R
Ferrari 250 GT (1962)

Cette superbe Ferrari 250 GT au profil très élancé est un exemplaire unique réalisé en 1962 pour Nuccio Bertone. Sa face avant s'inspire de la proue - caractérisée par un long nez à double entrée - des monoplaces Ferrari, qui, aux mains de Phil Hill et de Wolfgang von Trips, s'illustraient sur les circuits de Formule 1 au début des années 60.

Alfa Romeo Canguro (1964)

L'Alfa Romeo Canguro témoigne que, chez Bertone, le travail du styliste s'accompagne également d'une recherche sur les matériaux nouveaux. La voiture est habillée de plaques collées sur la structure à l'aide d'un mastic mis au point pour l'industrie aérospatiale. De même, le pare-brise et les vitres sont collés directement sur la carrosserie, une solution utilisée aujourd'hui par tous les constructeurs sur leurs chaînes.


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Lamborghini Marzal (1967)

Etudiée en partenariat par Lamborghini et Bertone, la Lamborghini Marzal constitue, avec l'Alfa Romeo Carabo, le sommet des concept cars dessinés par Marcello Gandini pour Bertone. Véhicule futuriste, elle propose un concept nouveau, celui d'une Grand Tourisme offrant quatre vraies places à l'image d'une berline - et l'accessibilité qui va avec.

Si le design de la voiture paraît audacieux, il l'est moins par le traitement des volumes que par celui des surfaces. La Marzal offre un habitacle baigné de lumière grâce à l'exceptionnelle ampleur de ses surfaces transparentes. L'accès aux quatre places se fait par deux larges portes papillon entièrement vitrées, tandis que le toit est entièrement translucide. Habillé de cuir argenté, l'intérieur est décoré de motifs hexagonaux récurrents, qui colonisent la planche de bord et la console, tout comme les jalousies, qui font office de lunette arrière.

La Marzal est motorisée par la moitié du V12 de la Miura placé transversalement en léger porte-à-faux arrière - afin de dégager l'espace habitable. Il s'agit donc d'un six cylindres de deux litres développant 175 ch - il se trouve ainsi dans la même classe que la Ferrari Dino 206 GT. La transmission est également empruntée à la Miura.

Extraordinaire vitrine du génie de Bertone comme de celui de Lamborghini, la Marzal sera abondamment présentée dans de nombreux salons et manifestations. Elle fera notamment l'ouverture du Grand Prix de Monaco le 7 mai 1967 avec le couple princier à bord - et Rainier au volant. Une fois prises en compte les contraintes de production, la Lamborghini Marzal donnera naissance à l'Espada. Recentrée vers le haut de gamme, celle-ci recevra le V12 placé à l'avant.

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Alfa Romeo Carabo (1968)

Construite sur la base d'une Alfa Romeo 33/2 et équipée du V8 de 2 litres de 230 ch en position centrale arrière, la Carabo fait sensation au salon de Paris de 1968. Chef-d'œuvre esthétique, la voiture apparaît également comme une création d'avant-garde d'une importance historique décisive (millésime 68 oblige…). Avec la Carabo, Marcello Gandini impose un style nerveux, au profil en coin et à arêtes vives, qui sera repris par tous les carrossiers au cours des années 70. A l'image de la Marzal, elle offre un traitement original de la lunette arrière. Chez Bertone, la Carabo annonce également la Lamborghini Countach.

Alfa Romeo Carabo (1968) D.R

Alfa Romeo Carabo (1968) D.R
Stratos HF (1970)
Création majeure de Marcello Gandini, à qui Bertone a laissé carte blanche, la Stratos est un chef-d'œuvre de sculpture. Objet étrange venu d'ailleurs - d'où son nom de Stratos -, cette berlinette biplace à moteur central atterrit au salon de Turin de 1970, où elle fait l'effet d'une bombe. De conception entièrement nouvelle, elle affiche un design radical, la carrosserie englobant en un volume unique le capot, l'habitacle et le compartiment moteur. La seule référence connue est son moteur emprunté à la Lancia Fulvia 1600 HF. Un an plus tard, la voiture donnera naissance, mais dans une définition très édulcorée, au prototype de la Lancia Stratos.

Stratos HF (1970) D.R

Stratos HF (1970) D.R



Lamborghini Bravo (1974)

Dévoilée au salon de Turin de 1974, la Bravo est également le fruit d'une étroite collaboration entre Lamborghini et Bertone. Présentée comme une possible remplaçante de l'Urraco, elle n'apparaît pas seulement comme une étude de style. Sa mécanique originale, un V8 de trois litres de 300 ch, est placée en position centrale transversale. Par rapport à l'Urraco, le gabarit a été réduit, ce qui en fait un coupé compact évoquant la Stratos. Œuvre méconnue de Marcello Gandini, la Bravo se caractérise également par l'importance de ses surfaces vitrées...

Lamborghini Bravo (1974) D.R

Lamborghini Bravo (1974) D.R
Lamborghini Athon (1980)

Basée sur la mécanique de l'Urraco, un V8 de 3 litres et 260 ch en position centrale transversale, la Lamborghini Athon propose un retour nostalgique à la carrosserie spider. Présentée au salon de Turin de 1980, la voiture est l'un des premiers dessins réalisés par Marc Deschamps après son arrivée chez Bertone. Création originale d'un artiste de talent, mais parfaitement intégrée dans le style de la maison, l'Athon témoigne du rôle éminent tenu par Nuccio Bertone.
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