BMW X5M / Mercedes ML63 AMG

David Lamboley le 28/01/2010

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Présentation


Jean-François Destin

David Lamboley
Les Américains sont les précurseurs de ce que l’on appelle les « muscle cars », autrement dit des voitures de grande série propulsées par un gros moteur bourré de chevaux. En Europe, Mercedes est devenu au fil des décennies un des spécialistes du genre, en proposant notamment une déclinaison AMG dans chaque gamme, de la berline moyenne Classe C au gros SUV ML, en passant par les coupés ou les limousines. Chez BMW, la griffe Motorsport, ou M, est également synonyme de performances et de sportivité. Mais hormis les fameuses M3, M5, M6 ou Z3 M, le reste de la gamme restait en dehors de ce cercle fermé…jusqu’à aujourd’hui.

C’est effectivement une première, la griffe Motorsport est enfin déclinée sur les SUV X6 et X5. Pour les têtes pensantes de Motorsport, l’idée même d’un SUV ultra sportif paraissait il y a encore quelques mois, incongrue. Mais la concurrence, notamment Porsche et Mercedes, a poussé BMW à investir cette niche. Cela offrait aussi au département Motorsport un défi intéressant à relever. Finalement, SUV ne signifie-t-il pas Sport Utility Vehicle ?

David Lamboley

Jean-François Destin
Le BMW X5 M, donc, affiche la bagatelle de 555 ch grâce à son V8 doublement suralimenté, la puissance d’une GT de haute volée ! Un peu plus bas dans l’échelle, on trouve un autre monstre, le Mercedes ML 63 AMG, mais cette fois gavé par un V8 « big block » atmosphérique cubant 6,2 litre. Même architecture, donc, mais la méthode est différente.

Contrairement au BMW X5 M d’aspect relativement discret, le Mercedes affiche un style un peu plus extravagant, à l’image de la mécanique. Le fameux bloc 100% AMG, déjà présent sur les Classe C, Classe E, S, CL ou SL, parmi d’autres, affiche effectivement une très importante cylindrée qui compense l’absence de suralimentation. Avec 45 ch de moins que son concurrent, le ML 63 AMG revendique pourtant un 0 à 100 km/h en 5 secondes. Pas mal pour un engin de plus de 2,3 tonnes. Nous voilà donc en présence de la crème des SUV.

Design extérieur et intérieur


Jean-François Destin

Jean-François Destin
Chez BMW, les produits M restent relativement discrets malgré une bonne dose de muscles et quelques appendices aérodynamiques. Le X5 M ne déroge pas à cette règle et paraîtra presque sage, notamment lorsqu’il s’habille de teintes foncées. Les plus observateurs remarqueront toutefois les boucliers spécifiques et les grosses entrées d’air à l’avant, communes à toutes les M, les ouïes latérales, les fins élargisseurs d’arches de roues et les quatre tuyères d’échappement. N’oublions pas les « grosses galettes » de 20 pouces sévèrement chaussées, 275 de large à l’avant et 315 à l’arrière ! L’habitacle, lui, ne s’éloigne pas trop des versions plus sages hormis des sièges spécifiques surpiqués, le sigle M dispersé sur les seuils de portes, le volant ou le levier de commande de boîte automatique, sans oublier les instruments spécifiques, avec un tachymètre gradué jusqu’à…300 km/h ! Pour le reste, rien ne manque, de la clim auto bi-zone au GPS en passant par les réglages électriques en pagaille, et on ne parle pas des options comme l’affichage tête haute, la grosse hi-fi ou les xénons. Bref, c’est une –lourde- façon d’envisager le sport…

David Lamboley

David Lamboley
Chez Mercedes, même scénario dans l’habitacle, hormis l’absence de certains équipements ultra-modernes tels l’affichage tête haute ou les « settings » de suspension et de transmission intégrale. Pour le look extérieur, le ML 63 AMG est du genre extraverti. La face avant, très massive, semble vouloir avaler tout ce qui passe à sa portée, les ailes hypertrophiées cachent des roues de 21 pouces, alors que la partie arrière annonce clairement la couleur avec sa quadruple sortie d’échappement. Provocateur, il verse dans le « bling-bling » avec ses pseudo sabots protecteurs chromés et ses imposantes signatures « 6.3 litre » sur les ailes avant. En tous cas, l’engin impose son style. Sur le chapitre modernité et fonctionnalités, le BMW l’emporte haut la main, alors que le Mercedes supplante son rival en termes de look.

Mécanique, châssis


BMW

Mercedes
Le BMW X5 M, donc, place la barre très haut en affichant 555 ch. Le nouveau V8 biturbo, cubant 4,4 litre, dispose d’une architecture atypique puisque les turbines à double entrée sont positionnées au centre du V, et le collecteur d’échappement est commun aux deux bancs de cylindres. BMW annonce une gestion de la suralimentation privilégiant la spontanéité et la constance, on peut le croire avec 680 Nm disponibles dès 1500 tr/mn ! Ce V8, de fait, donne au X5 M le titre de SUV de série le plus puissant du monde, battant même sur ce chapitre le Porsche Cayenne Turbo S « plafonné » à 550 ch ! Point commun partagé par le BMW et le Porsche, la présence de V8 suralimentés.

Le récent V8 entièrement conçu par AMG cube 6208 cm3 mais se nomme 6.3 litre en hommage à la fameuse 300 SEL 6.3 litre (6332 cm3) de 1968, première « super saloon » conjuguant un très gros moteur dans une caisse de berline. Ou, pour résumer, il s’agit d’une des premières véritables muscle-cars européennes.

David Lamboley

Jean-François Destin
C’est en 2005 que ce premier V8 tout aluminium entièrement conçu et réalisé par AMG, sans l’aide d’un quelconque bloc existant chez Mercedes, commence à équiper, au fur et à mesure, quasiment toutes les strates de la gamme Mercedes AMG. Le ML, pour sa part, a reçu ce bloc exceptionnel courant 2006. Ici, point de suralimentation, mais une véritable noblesse architecturale et une méthode de fabrication artisanale : grosse cylindrée supercarrée (102,2 mm d’alésage pour 94,6 mm de course) favorisant les hauts régimes, chemises des cylindres dotées d’un revêtement anti-friction, culasse à quatre soupapes par cylindres, distribution à calage variable, admission à flux piloté à tubulure en magnésium… de la véritable haute couture. Avec ici 510 ch à 6800 tr/mn et 630 Nm à 5200 tr/mn, le match tourne à la faveur du V8 BMW. Côté boîte, on retrouve dans un cas comme dans l’autre une boîte automatique sophistiquée à plusieurs modes.

Côté châssis, le BMW est doté d’un tarage variable des amortisseurs, d’un antiroulis actif, d’un correcteur d’assiette et d’une foule de fonctionnalités liées à la transmission intégrale, résumée sous l’appellation « Dynamic Performance Control », et qui permet une répartition du couple variable. On retiendra aussi le mode « Power Sport » qui optimise les réglages les plus sportifs pour tirer toute la quintessence de la bête. Bref, le X5 M apparaît nettement plus sophistiqué que le ML 63 AMG sur ce plan, et s’avère plus apte à être mené sportivement avec une efficacité rarement atteinte par un SUV.

Sur la route


BMW

BMW
Même avec 555 ch sous la semelle droite, le BMW X5 M se conduit avec une grande facilité, et ce jusqu’à un rythme très élevé, quasiment sans effets de roulis, de cabrage et de plongée. La magie d’un châssis et d’une transmission entièrement gérés par l’électronique, couplés aux réglages affinés par rapport au X5 « de base », en font un des SUV, ou peut–être le SUV de série le plus dynamique qui soit, et ce malgré une masse à vide excédant les 2,3 tonnes ! Et pourtant, contre toute attente, la bête est du genre civilisée. La relative douceur de suspension, les sièges confortables et l’insonorisation remarquable ont tôt fait de transformer ce monstre de puissance et de performance en véritable vaisseau amiral au long cours. On regrette presque l’absence d’effet turbo, puisque les accélérations, impressionnantes sur le papier (0 à 100 km/h en 4,7 secondes), paraissent beaucoup moins « velues » derrière le volant. Efficacité, efficacité...

Mercedes

Mercedes
Concernant le ML 63 AMG, c’est plus ou moins le contraire : tout d’abord, passé un certain rythme, le châssis perd de sa consistance, affiche un roulis notable, plonge au freinage, bref, il est dépassé par les capacités de la mécanique. Côté confort en revanche, il se positionne au dessus du X5 M. Pour profiter pleinement de ce gros SUV Mercedes surpuissant, mieux vaut donc privilégier les grands rubans d’asphalte rapides, et non les routes sinueuses. Voilà sa plus grande différence par rapport au BMW. Au chapitre mécanique, en revanche, le V8 atmo Mercedes supplante, pour nous, le V8 suralimenté BMW. Nettement plus brillant en termes de caractère, moins linéaire, grimpant les cimes du compte-tours comme un alpiniste sous anabolisants, il s’érige comme un des V8 les plus sensationnels de la planète. Sauf qu’ici, bien sûr, il doit mouvoir un engin pas vraiment conçu pour la performance. Pour résumer, le BMW X5 M gagne ce match dans l’absolu si l’on réagit froidement, mais notre coup de cœur se nomme Mercedes ML 63 AMG…

Notre avis


Jean-François Destin
Même si le Mercedes ML 63 AMG ne pourra jamais donner toute sa mesure sur route ouverte –ni même sur route fermée, d’ailleurs !-, il reste un des SUV les plus sensationnels du moment, un exercice de style flamboyant. Mais face au tout jeune BMW X5 M, il marque le pas en termes d’efficacité pure…
Face au panache du ML 63 AMG, le nouveau SUV griffé Motorsport oppose un caractère nettement plus froid, mais diablement efficace au point d’en faire la nouvelle référence du segment en termes dynamiques. Mais pas en termes de sensations.

David Lamboley
Mercedes ML 63 AMG

Points forts
Mécanique sensationnelle, performances de haute volée, équipement pléthorique, excellent confort et…look suggestif

Points faibles
Moteur trop performant pour le châssis, roulis marqué, appétit mesuré pour le hors piste mais consommation gargantuesque, physique athlétique mais très –trop ?- ostentatoire.

BMW X5 M

Points forts
Mécanique, transmission et suspension sophistiquées, confort relatif malgré l’absence de roulis, consommation maîtrisée en conduite « normale », performances pures exceptionnelles.

Points faibles
Caractère mécanique manquant de relief, pléthore de réglages peu intuitifs, peu de sensations au volant pour un engin de 555 ch.

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