BUGATTI EB 218

Gilles Bonnafous le 01/01/2000

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Faire revivre la marque Bugatti fait partie des phantasmes de nombreux passionnés de l’automobile. Une première tentative pour la relancer après la guerre est l’œuvre de Roland Bugatti, frère cadet de Jean. Mais le type 101, un modèle indigne de la marque présenté en 1951, se solde par un échec, tout comme la voiture de course type 251 de 1956.

Quarante ans plus tard, c’est un financier originaire du Sud Tyrol, Romano Artioli, qui ressuscite la firme de Molsheim dans le pays qui vit naître Ettore Bugatti. Dévoilée en septembre 1991, la nouvelle Bugatti EB 110 est lancée lors d’une campagne promotionnelle aussi fastueuse que dispendieuse. La voiture est produite à Modène dans une magnifique et coûteuse usine laboratoire— dont certains se sont interrogés sur l’origine du financement.
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Conçue par Materrazzi et Gandini, précédemment responsables du projet de la Ferrari F 40, l’EB 110 ne fait ni dans le rétro, ni dans la nostalgie. Si sa ligne est ratée, elle fait appel à une technologie de pointe et aux matériaux les plus modernes, châssis en fibre de carbone et carrosserie en aluminium. Voiture des superlatifs, elle est motorisée par un superbe V 12 de 3,5 litres à 60 soupapes suralimenté par quatre turbos. Et chaque cylindre est équipé de sa propre bobine ! Résultat : 560 ch à 8000 tr/mn avec quatre roues motrices en permanence pour faire passer la cavalerie. Comme cela ne suffisait pas, une version encore plus sportive est présentée au salon de Genève de 1992, l’EB 110 S : 600 ch et des performances tout à fait exceptionnelles pour une voiture de route : 350 km/h et de 0 à 100 km/h en 3,4 secondes… Mais l’EB 110 n’est pas qu’une bombe. Elle jouit d’un comportement routier à la hauteur de ses chronos et elle est du reste alignée aux 24 Heures du Mans où elle figure honorablement.

Toujours sous la baguette prolixe de Romano Artioli, Bugatti expose au salon de Genève de 1993 un magnifique prototype dessiné par Giugiaro et réalisée par Italdesign, l’EB 112. C’est une berline, dont le design s’offre des clins d’œil au passé à travers quelques références stylistiques aux Bugatti de jadis. Toujours à transmission intégrale, elle est dotée d’un V 12 de 6 litres développant 460 ch (290 km/h). Mais la folle aventure prend fin en 1995 par la faillite de l’entreprise, après que 139 voitures ont été construites sur quatre années.

Trois ans plus tard, le groupe Volkswagen rachète les droits de la marque - mais pas l’usine. La firme allemande ne chôme pas. Dès le salon de Paris de 1998, Italdesign expose sur son stand la Bugatti EB 118, un coupé aux lignes proches de l’EB 112. Fruit de la collaboration entre Giorgetto Giugiaro et Volkswagen, qui a réalisé le moteur, la voiture apparaît tout à fait digne du nom prestigieux qu’elle porte. L’exceptionnel et le hors norme sont au rendez-vous, à l’image de celui qui est à origine de sa création, Ferdinand Piëch, le patron de VAG, connu pour une certaine tendance à la mégalomanie.

Ce dernier n’a pas fait les choses à moitié : 18 cylindres en W (d’où son appellation) avec trois rangées de six cylindres alimentés par injection directe, 72 soupapes et 6,3 litres de cylindrée. La bilan est éloquent : 550 ch à 6800 tr/mn et un couple énorme de 650 Nm à 4000 tr/mn. Transmission intégrale, boîte automatique à cinq rapports et blocage électronique de différentiel sont chargés de faire passer la puissance.
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Présentée au salon de Genève de 1999, l’EB 218 est une berline quatre portes qui, sa mécanique mis à part, s’inscrit dans le droit fil de l’EB 112 dont elle reprend globalement le design. Construite sur une structure en aluminium et équipée du moteur de l’EB 118, l’EB 218 reçoit un somptueux habitacle.

Cuirs et bois précieux le disputent en élégance à la planche de bord ornée de cadrans blancs et d’instruments de forme ovale. Les roues de 18 pouces sont en magnésium et la sophistication de l’équipement va jusqu’à un plateau automatique de chargement équipant le coffre à bagages.

Avec la Bugatti EB 218, manifestement appelée à entrer en production, Ferdinand Piëch paraît armé pour concurrencer la Maybach, la berline de très haut de gamme prochainement lancée par DaimlerChrysler. Nous voilà repartis pour une bataille de titans, comme aux temps héroïques des joutes qui opposaient Auto Union et Mercedes sur les circuits des années trente…
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