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Acheter une PEUGEOT 203 (1949- )

Gilles Bonnafous le 03/11/2005

Symbole roulant des années 50, la 203 a apporté sa contribution à la motorisation de masse de la France. Modernité et fiabilité sont les qualités majeures qui caractérisent la voiture et expliquent son succès.

Une voiture moderne

Usines bombardées, outil de fabrication pillé par les Allemands, qui déménagent les machines-outils vers le Reich en décomposition, autant de dommages qui vont peser sur Peugeot au moment de la reprise. Toutefois, au cours de la Seconde Guerre mondiale, la marque a travaillé sur trois projets de véhicules destinés à renouveler sa gamme une fois la paix retrouvée : une 802 à moteur huit cylindres, une 10 CV et une petite 6 CV. Aucun n'aboutira. Ils seront abandonnés en 1944 au profit d'une nouvelle étude, appelée à devenir la 203.

Au printemps 1947, la revue L'Action Automobile révèle la première photographie de la 203 (calandre non définitive). Après qu'un voile a été levé sur la voiture au salon de la même année - sous forme de clichés remis à la presse -, la 203 est présentée pour la première fois au public à l'occasion du Salon de Paris, le 7 octobre 1948.

Commercialisée en janvier 1949, la 203 est une voiture entièrement nouvelle. A ses côtés, la Citroën Traction et la Simca 8 prennent un sacré coup de vieux ! Sans parler de la 202, qui a repris du service en 1945 et qui disparaîtra des chaînes en juillet 1949. Sa ligne américanisée et sa conception moderne valent à la 203 un succès immédiat. Economique, endurante et équipée d'un moteur increvable, la voiture acquiert de suite une excellente réputation. Il est vrai qu'elle est au point dès son introduction sur le marché, ce qui n'est pas le cas à l'époque de toutes les voitures françaises.

En 1949, Sochaux produit cent voitures par jour, un niveau insuffisant pour répondre à la demande. La pénurie d'énergie et de matières premières entraîne pour la clientèle privée de longs délais de livraison, une partie de la production étant réservée aux administrations et à l'exportation.

PEUGEOT 203 (1949- ) PEUGEOT 203 (1949- )

Naissance d'une gamme

Un an après la présentation de la berline, Peugeot donne naissance au Salon de Paris de 1949 à une large gamme 203. Parallèlement à deux nouveautés, la berline découvrable et la familiale, sont lancés plusieurs modèles utilitaires : commerciale (une familiale dépourvue de troisième banquette et déchromée), fourgonnette tôlée, camionnette bâchée, fourgon tôlé, ambulance et châssis cabine. D'une charge utile de 450 kilos à 850 kilos selon le modèle, ces véhicules utilitaires revêtent en ces temps de reconstruction une importance de premier ordre. L'époque est à la pénurie, aux tickets de rationnement d'essence et aux bons pour les pneus. Le constructeur sochalien leur accorde donc toute l'attention qu'ils méritent - comme l'attestent les documents commerciaux qui leur consacrent plus de place qu'à la berline. Ils seront du reste produits à 157 000 exemplaires (non compris la familiale).

Construits sur un empattement allongé à 2,78 mètres, ces véhicules se caractérisent par une finition simplifiée et une suspension renforcée - des ressorts semi-elliptiques remplacent à l'arrière les ressorts hélicoïdaux. Dans la catégorie des véhicules de moyenne gamme (7 CV), Peugeot est alors le seul constructeur français à proposer un ensemble de modèles aussi variés et aussi logeables. Tel n'est pas le cas de Simca avec sa " 8 ", et même avec l'Aronde lancée en 1951.

Un design américanisé

Avec son look de petite Chevrolet, la 203 jouit d'un design des plus réussis. Sa forme bicorps et sa poupe fast back évoquent, en particulier, les séduisantes sedanets américaines de la General Motors. Elle adopte ainsi une ligne plus classique que celle de la génération 02, qui, dans les années trente, s'inspirait de la Chrysler Airflow sous l'appellation " Fuseau Sochaux ".

D'un point de vue technique, la 203 est la première Peugeot dotée d'une carrosserie autoportante. Elle bénéficie par ailleurs d'une spécificité, le toit ouvrant monté en série - sauf pour la berline Affaires à la diffusion confidentielle.

La ligne de la 203 n'évoluera pratiquement pas. La seule modification notable concerne la petite lunette arrière agrandie en octobre 1952 - en même temps que l'apparition de déflecteurs aux portes avant. A cette exception près, la carrosserie demeurera inchangée. Seuls quelques détails cosmétiques particulariseront les millésimes, comme le décor des pare-chocs (en inox à partir de 1952) et diverses variations sur les monogrammes, écussons et enjoliveurs de roues… Au Salon de 1956, des clignotants remplacent (enfin !) les archaïques flèches de direction encastrées jusque-là dans les panneaux de custode. Par contre, les portes avant s'ouvriront dans le mauvais sens jusqu'au terme de la carrière de la voiture. Quant au lion en relief qui trônait depuis dix ans sur le capot, il disparaîtra en 1959 pour se conformer à la nouvelle réglementation afférant aux parties saillantes (et dangereuses) des carrosseries.

Dépouillé, l'habitacle offre un confort assez rustique - il bénéficie cependant d'un chauffage efficace. Cédant à une mode importée des Etats-Unis, le changement de vitesses est placé sur la colonne de direction. Le tableau de bord sera redessiné au salon 1952, après que les sièges avant ont perdu en 1950 leur dossier tubulaire, assez dangereux pour les enfants assis à l'arrière. En 1955, la 203 est la première voiture française produite en série équipée de sièges couchettes.

Un moteur high tech

De conception très moderne, le moteur de la 203 met en œuvre une technologie de pointe pour une voiture de grande diffusion de l'époque. Supercarré (75 x 73 millimètres), ce quatre cylindres en ligne est coiffé d'une culasse hémisphérique en Alpax à soupapes en tête inclinées en V. Avec 42 ch pour 1290 cm3, le potentiel de cette mécanique est loin d'être exploité à fond, le constructeur ayant limité le taux de compression à 6,8 dans un but de fiabilité. Sochaux aurait pu aisément tirer 60 ch de ce moteur bien né, mais qui a été volontairement bridé.

S'il ne fait pas preuve d'une grande nervosité, ce quatre cylindres offre à la voiture une honorable vitesse de pointe de 115 km/h. Au salon de 1952, la puissance passera à 45 ch grâce à un travail sur la distribution (120 km/h). Très raisonnable quant à sa consommation, le moteur de la 203 fera surtout preuve d'une robustesse louée de tous.

Par contre, la boîte de vitesses à quatre rapports constitue le talon d'Achille de la voiture. Elle souffre d'une synchronisation douteuse, qui fait grincer les rapports, sans parler de la première dépourvue de toute synchronisation jusqu'en février 1954. De plus, son mauvais étagement fait apparaître des trous entre le premier et le deuxième rapport, ainsi qu'entre le deuxième et le troisième. La quatrième est une surmultipliée, qui a pour fonction d'abaisser la consommation à " grande " vitesse.

Equipée de roues indépendantes à l'avant, avec un ressort transversal, et d'un essieu arrière rigide, la suspension offre une tenue de route correcte, malgré sa sécheresse et ses fameux " coups de raquette ". Autre exemple du modernisme de la 203, sa direction à crémaillère douce et précise. Le freinage se révèle aussi efficace qu'endurant et, grâce à un rayon de braquage particulièrement faible de 4,90 mètres, la voiture jouit d'une excellente maniabilité.

Mission accomplie

Jusqu'en 1954, la 203 est le seul modèle à représenter la marque au lion. Le lancement de la 403 en avril 1955 marque donc un tournant dans la carrière de la voiture, dont il amorce le déclin. Deux ans plus tard, ne demeure au catalogue que la berline, le cabriolet, la familiale et la commerciale étant remplacés par leurs homologues de la gamme 403.

Le 26 février 1960, la dernière 203 sort des usines de Sochaux. En douze années de production, près de 700 000 voitures ont été produites, dont 157 000 utilitaires. Si le modèle disparaît, son moteur, porté à 54 ch, poursuit sa carrière sous le capot de la 403. En effet, la 203 est remplacée le mois suivant dans la gamme Peugeot par la 403 Sept, version économique de la 403 reconnaissable à sa calandre grillagée.

Véritable symbole roulant des années cinquante aux côtés de la 4 CV et de la 2 CV, la 203 a apporté sa contribution au processus de motorisation de masse de notre pays. Dans la France des premières années de l'après-guerre, elle est même, notamment avec sa structure monocoque, la seule voiture moderne de classe moyenne jusqu'à l'apparition de la Simca Aronde.

Modernité et fiabilité, telles sont les deux qualités majeures qui caractérisent la 203, en même temps qu'elles expliquent son succès. Sa légitime réputation de voiture increvable lui a valu une forte fidélisation de la clientèle, ainsi que le titre de championne de la cote sur le marché de l'occasion.

La berline découvrable

Concept original, la berline découvrable permet de concilier les joies du plein air et l'habitabilité d'une berline familiale. Aujourd'hui disparue, la formule a connu une certaine vogue en Europe de 1928 à la fin des années cinquante.

Possédant la forme de la berline, la découvrable se différencie nettement du cabriolet quatre places, entièrement découvert et généralement moins spacieux, comme du coach décapotable, dont la ligne est celle d'un coupé. Elle s'avère également moins coûteuse que ces versions plus exclusives. Le toit de la berline, dont dérive la découvrable, fait l'objet d'une découpe prolongée jusqu'au bas des panneaux de custode, entraînant ainsi la disparition de la lunette arrière. Le plus souvent, des renforts de carrosserie permettent de compenser cet évidement.

La terre d'élection de la berline découvrable est l'Allemagne, où le genre connut un réel succès des années trente jusqu'à l'après-guerre. Aux Etats-Unis, Ford lança en 1931 une version découvrable de son modèle A, puis une " convertible sedan ", qui demeura au catalogue jusqu'en 1939.

Un an après les débuts de la 203, la berline découvrable voit le jour au Salon de Paris. Commercialisée en finition Luxe, elle bénéficie de sièges en cuir à partir de septembre 1950. Elégante, la voiture n'en aura pas moins une carrière brève, qui s'achèvera dans les derniers mois de 1954. Soit longtemps avant le retrait de la 203 et alors que le cabriolet se maintiendra au catalogue jusqu'en 1956. Malgré cette fin précoce, la 203 n'en restera pas moins la plus diffusée des berlines découvrables françaises avec une production de 11 129 exemplaires. Un chiffre honorable si on le compare aux 25 218 familiales construites. En l'absence de version découvrable de l'Aronde, la 203 s'est trouvée sans réelle concurrence dans sa catégorie. De plus, elle était proposée à un prix raisonnable qui, lors de son lancement, s'établissait à 525 000 francs - contre 490 000 francs pour la berline.

Le cabriolet et le coupé

Esthétiquement très réussi, le cabriolet 203 est intronisé au salon de Paris de 1951. A sa ligne aussi élégante que dépouillée, il ajoute un équipement supérieur à celui de la berline, dont une sellerie cuir à choisir entre trois coloris (noir, bleu ou rouge). En octobre 1954, il prend l'appellation de Grand Luxe, un titre ronflant néanmoins justifié par une finition encore améliorée. La grille de calandre incorpore des phares antibrouillards, tandis que les ailes se voient décorées de sabots chromés. Divers aménagements complètent le tableau : volant spécifique, montre électrique, double pare-soleil, etc. De plus, la voiture est dorénavant chaussée en série de pneus à flancs blancs - une mode très " fifties " originaire d'outre-Atlantique… Au total, le cabriolet 203 sera construit à 2544 exemplaires jusqu'en octobre 1956, où il cède la place à son homologue de la gamme 403.

Un an après l'apparition du cabriolet, soit au salon de 1952, est lancé le coupé, qui achève de compléter la gamme 203. Hélas, sa ligne s'avère peu réussie par la faute d'un pavillon assez maladroitement dessiné, trop haut et trop court. Accueilli fraîchement par la clientèle, il ne répondra pas aux attentes de Sochaux et disparaîtra du catalogue dès le mois d'avril 1954.

Sur la route du Tour

La 203 est très prisée des taxis, notamment par la compagnie parisienne Slota, cliente assidue de la marque et équipée d'une flotte de familiales à la livrée noire et jaune. Peinte aux couleurs de la Gendarmerie Nationale qui en dispose d'un grand nombre, la 203 commerciale ne rappelle pas que de bons souvenirs à certains automobilistes… Plusieurs de ces voitures sont également affectées à la brigade d'intervention canine, une cage pour bergers allemands étant installée à l'arrière du véhicule.

Largement utilisée à des fins publicitaires, la fourgonnette tôlée présente, quant à elle, un visage plus attrayant. Nombreuses sont les grandes entreprises à faire appel à ses services, à l'image de Cinzano, Vicks ou Teepol. Bien sûr, ces fourgonnettes bigarrées se font particulièrement remarquer dans la caravane du Tour de France. Du reste, les organisateurs de la grande boucle cycliste ne sont pas les derniers à recourir à la 203. C'est une commerciale de l'équipe de préparation du Tour qui sillonne la France chaque année pour tracer le parcours de la course. Et outre les 16 cabriolets 203 spécialement réalisés en 1954 et 1956 par l'usine pour les directeurs sportifs des équipes, une flotte de camionnettes d'intendance suit l'épreuve à chaque étape. Chaque équipe dispose d'une voiture transportant son masseur, ainsi que le matériel de rechange, l'outillage et les bagages des coureurs. Et pendant la course, une camionnette assure l'acheminement des pièces de rechange des vélos vers les directeurs sportifs.

Le raid Le Cap-Alger

Pour prouver la fiabilité de la 203, Peugeot se lance en 1950 sur les traces des missions Citroën (avec Haard) et Renault (avec Lestienne et Gradis), qui avaient traversé le Sahara avant la guerre. Mais Sochaux ajoute au programme la traversée de l'Afrique noire en lançant sa voiture sur la distance Le Cap-Alger. L'équipage est constitué de Charles de Cortanze et d'André Mercier. Pilote d'endurance ayant couru les 24 Heures du Mans, le premier a remporté Liège-Rome-Liège cette même année sur une 203, tandis que le second est un habitué des pistes africaines.

La voiture choisie pour mener à bien cet exploit est une commerciale, sur laquelle a été montée une mécanique strictement de série. Seules quelques modifications ont été rendues nécessaires par la spécificité de la tâche à accomplir. La 203 reçoit un radiateur de plus grande capacité et un double réservoir d'essence, alors que les ressorts de suspension se voient renforcés par une lame supplémentaire. Une plaque de protection est disposée sous le moteur, lequel reçoit par ailleurs un filtre à huile. Bourré d'outillage et de pièces de rechange, l'intérieur est aménagé pour permettre aux deux pilotes de se relayer jour et nuit au volant de la voiture. A cette fin, un siège couchette et un rideau de toile (sensé apporter quelque isolation au dormeur) sont installés côté passager. Partis le 26 décembre 1950 du Cap, Mercier et de Cortanze atteignent Alger après 16 jours, 11 heures et 26 minutes de sentiers boueux obstrués par des arbres, de passages à gué et de pistes ensablées. Un avion les emporte alors vers Marseille, d'où ils remontent la N7 jusqu'à Paris. Le 12 janvier 1951, ils font une entrée triomphale à la porte d'Italie. N'ayant connu aucun souci mécanique sur les 15 020 kilomètres du parcours, cette 203 commerciale apparaît bien comme la pionnière de la marque sur les routes africaines.

PEUGEOT 203 (1949- ) PEUGEOT 203 (1949- )

Les 203 Darl'mat et Constantin

Supercarré et doté d'une culasse hémisphérique en Alpax à culbuteurs croisés, le quatre cylindres de la 203 peut supporter des contraintes nettement supérieures à celles du moteur de série. L'apport de chevaux supplémentaires sera l'affaire des préparateurs, comme on ne les appelait pas encore à l'époque, les " sorciers " Darl'mat et Constantin.

Fidèle partenaire sportif de Sochaux, le concessionnaire parisien Darl'mat assure depuis les années trente une présence discrète du Lion sur les circuits - avec la complicité du constructeur. Pour booster la 203 à 50 ch, il joue sur la compression (taux porté à 7,5), ainsi que sur l'alimentation et la respiration du moteur en équipant la voiture de deux carburateurs et d'un échappement spécial. Le reste de la mécanique est inchangé. Les 130 km/h sont ainsi dépassés - la tenue de route suit grâce à des suspensions affermies.

Dans ses ateliers, Darl'mat offre à la 203 un vrai lifting, qui en fait une voiture particulièrement désirable - outre sa mécanique survitaminée. Surbaissée de quatorze centimètres (pas moins !) au niveau du pavillon et de la plate-forme, la belle reçoit un carénage des roues arrière, qui rapproche encore plus la 203 d'une sedanet américaine. Abondamment chromée, elle est gratifiée d'une calandre très inspirée des Cadillac 1950 et d'un petit aileron placé sur la malle de coffre. La sellerie cuir fait partie de l'équipement " de série ". Hélas, tout ceci à un coût et, pour acquérir la plus belle des 203, il faut débourser pratiquement le double du prix d'une berline normale… Sur la même base, Darl'mat propose également un cabriolet, encore plus cher mais esthétiquement moins réussi, dont la diffusion sera confidentielle. De 1949 à 1954, 250 Darl'mat seront commercialisées. Un must pour les collectionneurs !

Constructeur du célèbre compresseur portant son nom, Constantin réalise des dérivés sportifs de la 203 à partir de 1951. Extrapolé de la berline, son coach, abaissé de quinze centimètres, est construit sur une plate-forme renforcée. La carrosserie est transformée par Darl'mat, d'où la calandre empruntée à la voiture du concessionnaire Peugeot.

Côté mécanique, la mutation s'avère nettement plus méchante que chez Darl'mat. Réalésé à 1425 cm3, le moteur, " soufflé " par un compresseur maison, développe 90 ch à 5000 tr/mn - soit le double de la voiture de série. Les performances sont au rendez-vous avec plus de 160 km/h et 37 secondes au kilomètre départ arrêté. Mais quand le compresseur souffle, la pompe à essence débite fort ! D'où une consommation qui peut aller jusqu'à 25 litres aux cent kilomètres.

Constantin engage sa voiture au Tour de Corse, aux Mille Milles et aux 24 Heures du Mans. Il construit même une jolie barquette conçue spécialement pour l'épreuve mancelle. Les 203 Constantin seront présentes sur le circuit de la Sarthe de 1952 à 1954 (trois abandons et une 25ème place en 1953).

Avis des propriétaires

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