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Acheter une FACEL VEGA Facellia et Facel III (1963- )

Didier Lainé le 04/01/2005

Note au lecteur : ce guide ayant été publié le 04/01/2005, les prix indiqués pour les pièces et la côte des véhicules risquent de ne plus refléter l'état du marché actuel.

Construite avec soin, la Facel Vega Facellia n'a cependant pas sacrifié les performances au raffinement.

Initiation à l'espèce

Parfait symbole de l'artisanat français, la Facellia résume toute la maturité du "style" Facel. Un style débarrassé de ces emprunts superflus au design américain dont les "grandes" Facel Vega à moteur V8 se sont accommodées, du pare-brise panoramique aux ailerons prononcés (voir la berline Excellence).

Fondée en 1954, la marque Facel Vega avait vocation à prendre la succession de Talbot et de Delahaye, même si ses premières productions faisaient appel à un puissant V8 Chrysler à la sonorité trop "yankee" pour certains.

Qu'importe : la formule allait faire recette sur le marché international du coupé Grand Tourisme de haut niveau. Suffisamment en tout cas pour inciter Jean Daninos, fondateur de la marque, à envisager sereinement une diversification de sa gamme. En projetant un modèle "d'appel" proche de ses coupés V8 par le style et l'esprit, mais traité à une échelle plus "digérable" pour le marché européen, Daninos pouvait espérer occuper une place enviable parmi les constructeurs de petites voitures de sport (comme MG ou Porsche) dont les ventes connaissaient alors une progression très encourageante. Lancée en 1959, la série Facellia allait conserver toute la saveur artisanale d'une grande Facel mais son prix moitié moins élevé (20 000 NF l'année de son lancement) la destinait à un public beaucoup plus large. L'objectif ? Proposer mieux que MG, Triumph ou Alfa Romeo dans la catégorie des voitures de sport de moins de 2 litres. Sur le papier, la nouvelle Facel Vega avait tout pour réussir : un moteur "double arbre" inédit affichant un rendement élevé, des performances supérieures à la moyenne dans cette catégorie, un agrément de conduite propre à convaincre les plus exigeants et une qualité de construction digne de sa griffe. Ajoutons à ce tableau prometteur un style qu'auraient pu signer les meilleures officines de carrosserie italiennes du moment et vous obtenez en définitive une "création" 100 % originale vouée à une carrière exemplaire.

On connaît la suite : le brillant 4 cylindres de la Facellia étudié un peu à la hâte par la société Pont à Mousson (qui fournissait déjà Facel Vega en transmissions) n'a pas tenu ses promesses à l'usage. Soucieux de préserver l'image et la réputation de sa marque, Jean Daninos se résignera à reprendre systématiquement les moteurs défaillants au titre d'une garantie d'usine aussi généreuse pour le client que ruineuse pour l'entreprise. Dotée d'un moteur quelque peu fiabilisé (mais toujours coûteux à produire), la Facellia F2 aurait pu transformer l'essai, mais la clientèle avait, semble-t-il, perdu confiance dans l'intervalle.

FACEL VEGA Facellia et Facel III (1963- ) FACEL VEGA Facellia et Facel III (1963- )

Fin programmée

Etroitement dérivée de la Facellia, la Facel III apparue au printemps 1963, offrait quant à elle un 4 cylindres Volvo 1800, un peu moins puissant que le Pont à Mousson initial, mais dont la robustesse n'était pas discutable, cette fois. Hélas ! Il était déjà trop tard pour espérer un revirement significatif du marché.

Injuste destin : la Facel III, elle, était tout à fait au point. Son moteur ne souffrait d'aucun vice particulier et l'essentiel était préservé (ou quasiment) au chapitre des performances. Elle se montrait même plus agréable à conduire que la Facellia grâce à ses commandes plus douces (la boîte était elle aussi fournie par Volvo), son servo-frein monté en série et son moteur beaucoup plus souple. Mais il était inscrit quelque part que Facel Vega devait disparaître. La messe sera dite en octobre 1964, 10 ans après les débuts remarqués de la marque...

Moins de 2000 exemplaires de cette "petite" série ont vu le jour entre 1960 et 1964. Soit 2% du score réalisé par la MGA et moins de 10 % de celui enregistré par la Mercedes 190 SL qui valait beaucoup plus cher à l'époque. Autant dire que cette confidentialité a eu des conséquences prévisibles au stade de l'après-vente. Les stocks de pièces se sont logiquement raréfiés au fil des ans et la survie de l'espèce n'a tenu qu'au volontarisme d'une poignée d'amateurs, à l'origine de la création de l'Amicale Facel voici près de 30 ans. Aujourd'hui encore, l'acquisition et la possession d'une Facellia (et même d'une Facel III) demandent un authentique engagement passionnel. En contrepartie de ce relatif sacerdoce, la petite Facel offre largement de quoi faire oublier certains désagréments, côté maintenance. L'Amicale Facel a d'ailleurs contribué activement à remettre de nombreux exemplaires sur la route en s'impliquant dans la refabrication de certaines pièces fort utiles. Et depuis lors, bien des solutions ont été essayées avec succès pour fiabiliser autant que possible ce fameux 4 cylindres Pont à Mousson qui ne demandait qu'à évoluer dans le bon sens. S'agissant de la Facel III, ces réserves ne sont d'ailleurs pas de mise, Volvo assurant encore la fourniture de nombreuses pièces mécaniques. Pour le reste, c'est affaire de chance et de patience. Raison de plus pour sélectionner par principe un exemplaire complet et plutôt sain. Ce qui ne relève pas du voeu pieux aujourd'hui : de nombreuses Facellia et Facel III ont ainsi été soigneusement restaurées durant ces quinze dernières années. L'acquisition d'une épave à reprendre entièrement n'est donc pas une fatalité, mais il faut savoir faire preuve de patience dans ses recherches car les offres sont plutôt rares.

Moteur

S'agissant du 4 cylindres Volvo monté sur la Facel III, la sérénité est de rigueur. En toutes circonstances, on peut compter sur un moteur volontaire et endurant (sinon généreux en puissance) qui fait ce qu'il a à faire, sans brio mais sans paresse, un peu comme le 4 cylindres 1800 de la MG B. En souplesse et en douceur, il entraîne gentiment la Facel III à la lisière des 180 km/h, une vitesse de pointe fort respectable en 1963, à défaut d'être exceptionnelle. Les reprises sont du même ordre : franches sinon époustouflantes ( les mesures d'époque donnaient 34''5 environ au kilomètre départ arrêté ). Le tout servi dans une ambiance sonore assez présente où prédominent les graves et le martellement sympathique des culbuteurs. Correctement entretenu, ce moteur peut tranquillement emmener une Facel III bien au delà des 200 000 kilomètres et même très usé (voir l'état de la segmentation, à toutes fins utiles), il continue de servir tant qu'on lui accorde sa juste ration d'huile. Les pièces mécaniques sont en grande majorité disponibles chez les spécialistes de Volvo anciennes voire dans le réseau (à condition de les commander) et leur prix moyen demeure tout à fait raisonnable.

La situation est tout autre s'agissant du moteur Pont à Mousson dont les premiers types cassaient comme du verre aux alentours des 40 000 kilomètres, les faiblesses de l'embiellage, , des pistons, de la lubrification et du circuit de refroidissement trahissant une mise au point hâtive. Depuis lors, on a appris comment fiabiliser ce groupe à la noble architecture et au rendement élevé. Sur les premières Facellia FA, il faut en passer le plus souvent par un réalésage des passages d'eau dans le bloc et la culasse et un perçage approprié visant à aménager des orifices de dégazage entre les 3ème et 4ème cylindres, entre autres opérations complexes demandant un réel savoir-faire. La rareté des premiers modèles étant ce qu'elle est, mieux vaut ne pas dénaturer une Facellia (FA ou F2) en remplaçant le Pont à Mousson originel par un 4 cylindres Volvo, une transformation souvent pratiquée dans le passé mais déconseillée aujourd'hui . La valeur du modèle y perdrait beaucoup. IL est d'ailleurs à noter que l'Amicale Facel a beaucoup contribué à la remise en route de nombreux moteurs Pont à Mousson et l'on doit admettre que, si les pièces mécaniques essentielles sont toujours difficiles à trouver, les Facellia survivantes fonctionnent aujourd'hui beaucoup mieux qu'il y a 40 ans. CQFD...

Carrosserie, transmission

Carrosserie, structure

La Facellia est avant tout un superbe écrin. Une "sculpture d'acier" dont la finesse et la justesse des proportions révèlent tout le talent du meilleur carrossier français du moment. Jean Daninos avait cette compétence. Un examen méticuleux de la carrosserie révèle en outre une qualité de montage digne d'éloges et un soin tout aussi manifeste apporté à l'ajustage des éléments rapportés. La sanction d'une fabrication façonnée à la main. Contrepartie logique, les pièces de carrosserie sont rarement interchangeables et les stocks sont d'ailleurs déficitaires depuis bien des années. Ce préalable n'a d'autre but que de mettre en garde le profane qui se laisserait tenter par une épave trop bon marché dont l'aspect pourrait laisser augurer une remise en état à bon compte. Une carrosserie et des soubassements à reprendre exigent souvent des centaines d'heures consacrées à refaire des pièces de tôlerie sur mesure et autant d'heures investies en ajustages et remontages minutieux. Les Facellia et Facel III sont certes moins sensibles à la corrosion que certaines de leurs rivales anglaises ou italiennes mais elles se révèlent néanmoins vulnérables en certains points névralgiques particulièrement difficiles à traiter lorsque la gangrène a fait son oeuvre. C'est le cas des fixations de portières, des points d'ancrage des suspensions arrière cet du cric, des bas de caisse, du plancher de coffre et des planchers intérieurs, sans oublier le bac à capote sur le cabriolet (souvent rongé par la corrosion) et les parties internes des ailes arrière, à l'intérieur du coffre. Le chassis apparaît quant à lui solide et tient généralement la distance.

Transmission

Un peu ferme dans ses verrouillages mais parfaitement synchronisée, la boîte Pont à Mousson à 4 rapports montée sur les Facellia FA et F2 ne pose pas de problèmes particuliers à l'usage. Elle est réputée fiable, tout comme le pont Salisbury qui équipe ce modèle.

Même constat pour la boite de la Facel III (à 4 rapports tous synchronisés et Overdrive), elle aussi signée Volvo, qui officie dans le même registre que le moteur : en douceur et sans jamais faiblir. Rarement prise en défaut, cette boîte peut durer autant que le moteur, c'est à dire une éternité si on prend la peine de la manier avec un minimum de respect...

Suspensions, finition

Suspension, freins, direction

Rien à signaler. La conception technique des Facellia et Facel III demeure des plus classiques et qu'il s'agisse des suspensions ou des freins (4 disques avec ou sans servo, selon les versions), la tranquillité d'esprit est au rendez-vous.

Finition, accessoires

Grand amateur de voitures de prestige ( il affectionnait particulièrement les Bentley avant de devenir lui-même constructeur ), Jean Daninos a toujours accordé aux habitacles de ses productions un soin tout particulier, en partant du principe qu'on passe toujours plus de temps à l'intérieur de sa voiture, surtout quand on aime conduire (c'était son cas). La Facellia conserve ce trait de famille. De ses grandes sœurs, elle a hérité (à partir du modèle F2 B) la caractéristique planche de bord symétrique agrémentée de ce superbe revêtement en fausse ronce de noyer peinte à main levée à même la tôle. Un "trompe l'œil" jamais reproduit à l'identique et qui donne à chaque Facel Vega un cachet exclusif. Pour les passagers, c'est là un spectacle permanent qui donne envie de prendre la route, même sans raison valable...

Globalement, l'habitacle des Facellia et Facel III apparaît plutôt soigné quand on le compare à celui de leurs concurrentes vendues au même prix à l'époque. Assemblées avec soin, les matières d'habillage (cuir ou simili selon la version) ne souffrent pas la critique. Si les garnitures intérieures peuvent éventuellement être refaites à l'identique par un bon sellier (en cas de besoin), les pièces d'accastillage sont toutefois très difficiles à retrouver en neuf aujourd'hui. L'Amicale Facel a, certes, fait procéder à la refabrication de certains accessoires mais la pénurie ambiante impose à l'acheteur de rechercher en priorité un exemplaire complet, doté de tous ses accessoires.

Notre avis

Une Facel III conviendra très bien à ceux qui veulent rouler sans souci aucun. Rouler pour le plaisir dans une voiture rare qui fait honneur à la “qualité française" d'époque. Plus typée et beaucoup moins facile à vivre au quotidien, une Facellia FA des origines trouvera tout à fait sa place dans une collection de pièces d'exception et ce sera mieux encore si vous privilégiez l'un des 50 coupés 2+2 produits dans cette série.

Carnet d'adresse

Amicale Facel : tel/fax : 05 59 33 23 69

FACEL VEGA Facellia et Facel III (1963- ) FACEL VEGA Facellia et Facel III (1963- )

Les Facellia et Facel III en chiffres

Chronologie

Septembre 1959 : lancement de la série Facellia, présentée initialement en cabriolet avec moteur 115 ch (2 carbus), 4 phares séparés, bas de caisses en alu strié, sellerie cuir, tableau de bord recouvert de cuir. 180 km/h env.

Mars 1960 : mise en production du modèle définitif (type FA). Moteur à un seul carbu double corps.

Septembre 1960 : nouveaux coupé 2+2 et coupé 4 places. Bas de caisse sans enjoliveurs en alu.

Février 1961 : nouvelle version F2 A avec moteur fiabilisé (120 ch). Modifications de détails, sièges redessinés.

Juin 1961 : nouvelle série F2 B avec optiques Megalux et tableau de bord peint façon bois.

Fin 1962 : nouvelle Facel III avec moteur et boîte Volvo B18 (1800 cm3). 108 ch, 175/180 km/h env. Calandre et "moustaches" redessinées, couvercle de malle arrondie, feux arrières ronds, console centrale, sièges en simili. Uniquement disponible en cabriolet ou coupé 4 places.

Mai 1964 : Lancement de la Facel VI à moteur 6 cylindres Austin 3 litres. 150 ch. Boîte Pont à Mousson. 195 km/h. Partie avant rallongée, bossage de capot plus impôrtant.

Septembre 1964 : fin de production des Facel III et Facel VI.

Prix des pièces (exemples indicatifs)

Joint de culasse (Facellia) : 175 € env.
Amortisseur (pièce) : 150 € (télescopique).
Embrayage : 430 € env.
Plaquettes de freins : 55 € le jeu.
Pièces carrosserie : en occasion uniquement.

Côte 2005
(Exemplaires en excellent état de marche et de présentation et conformes à l'origine) :

-Facellia FA cabriolet : 22000 €
-Facellia FA coupé 2+2 : 23500 €
-Facellia FA coupé 4 places : 17 500 €
-Facellia F2 coupé 2+2 : 24 000 €
-Facellia F2 coupé 4 places : 16 500 €
-Facellia F2 Cabriolet : 25 000 €
-Facel III coupé 4 places : 16 00 €
-Facel III cabriolet : 26 500 €

Avis des propriétaires

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Commentaires

avatar de rinus
rinus a dit le 06-11-2013 à 09:40
Bonjour,j'ai 62 ans et j'ai acheté ma Facellia à 18 ans,aujourd'hui j'ai toujours un grand plaisir à la conduire elle roule comme une voiture neuve quelle bonheur ,quelle tenue de route ,quelle beau son moteur avec ses 2 weber,et sa ligne est toujours aussi belle,Rinus
avatar de Jihel911
Jihel911 a dit le 28-02-2013 à 11:29
Bonjour, J'ai 65 ans et les Facel me font rêver depuis mes 16 ans ; époque à laquelle je m'étais promis d'en conduire une un jour ; hélas ce jour n'est pas encore arrivé ; alors je continu a rêver (en écrasant une petite larme) et à admirer ce pur chef-d'oeuvre de France, digne de la lignée des grands inventeurs et constructeurs automobiles français. En attentant je roule en 911 et ça me va bien. Merci Messieurs pour vos commentaires amoureux des Facel. Cordialement. Janlou Parain
avatar de tabou
tabou a dit le 28-10-2012 à 19:21
la FACELLIA que j'ai conduite pendant 27 ans fut ma passion,j'avais 20ans l'amour de la vitesse !et je pense a tous ceux qui connurent l 'amicale facel . j'ai toujour sa photo dans mon porte feuilles. amitie à tous les facellistes
avatar de AFV1269
AFV1269 a dit le 21-11-2008 à 11:13
Bonjour Narbé, J'avais aussi une Facellia en 1966; elle a été endommagée en 1968, mais je l'ai gardée ! Elle sera restaurée en 2009. Je roule actuellement en Facel. J'habite également dans le Nord à 10 km de Lille. Bien cordialement.