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Essai ROLLS-ROYCE Phantom Drophead Coupé

Vincent Desmonts le 12/07/2015

Avec ses 5,61 mètres de long, ses 2,6 tonnes à vide et son tarif avoisinant le demi-million d'euros, la Rolls-Royce Phantom Drophead Coupé fait de la démesure un style de vie. Simple snobisme ou véritable œuvre d'art ?

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Sur un nuage

Ce matin, j'hésite devant le miroir. Quelle tenue sied pour conduire une Rolls-Royce ? Un costume trois-pièces ? Trop strict. Un ensemble jean-chemisette ? Trop vulgaire. Après moult hésitations, j'opte pour un blazer bleu marine sur une chemise azur à manches longues, associés à un jean d'un style vaguement formel. En plus de quinze années de carrière dans le journalisme automobile, c'est la première fois que je me pose une telle question avant d'aller chercher une voiture ! Il faut dire que c'est aussi la première fois que je vais essayer une Rolls-Royce : l'impatience est grande. Je suis curieux de savoir si cette Lady d'une folle distinction va réellement sortir du lot des centaines (pour ne pas dire des milliers) de voitures que j'ai conduites jusqu'alors. La Phantom Drophead Coupé cru 2015 est-elle à la hauteur du mythe Rolls-Royce, de ce long héritage d'autos emblématiques choisies par les rois, empereurs et maharadjas ? Est-elle la digne descendante de la fameuse Silver Ghost, que le magazine Autocar qualifia en 1907 (déjà!) de « meilleure voiture du monde » ? C'est ce qu'on va voir !

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Salon anglais

Le premier contact est intimidant. Il faut dire que la Phantom en impose, avec ses dimensions hors-normes : 5,61 m de long et 1,99 m de large. Le rayon de braquage ? À peine meilleur que celui d'un porte-avions. J'appréhende déjà les manœuvres dans mon parking étroit ! Je ne résiste pas au plaisir de faire un premier tour du propriétaire pour découvrir ses détails. La peinture « blanc Carrare » (l'une des 44 000 teintes disponibles au catalogue!) est d'une profondeur et d'un brillant incroyable. Les chromes sont omniprésents. La calandre façon Parthénon aux fines barrettes est un objet d'une délicatesse extrême. La jolie statuette du Spirit of Ecstasy s'érige automatiquement au bout du capot dès que l'on déverrouille l'auto. Quant aux fins liserés ornant les flancs, ils sont carrément peints à la main, au pinceau, par un ouvrier à l'impressionnante dextérité. Les portières s'ouvrent vers l'arrière et semblent peser une tonne tant elles sont épaisses. On « monte » ensuite littéralement à bord, car les fauteuils sont haut perchés. La sellerie cuir est entièrement cousue à la main, un travail qui réclame à lui seul plus de deux semaines. La matière est aussi douce que de la soie au toucher. Les pieds s'enfoncent dans d'épais tapis en laine de mouton, tandis que les yeux admirent le soin apporté à la finition. Point d'éléments issus de la grande série dans cet habitacle : tout est réalisé spécifiquement pour la Phantom… sauf quelques connecteurs USB dissimulés dans l'accoudoir central, issus du stock BMW. Là encore, le choix de teintes et de décorations est immense. Notre modèle dispose par exemple d'inserts en nacre véritable, une option à... 8 100 €. À l'arrière, l'habitabilité est bonne, mais pas exceptionnelle eu égard aux dimensions titanesques de l'engin. La capote doublée, entièrement électrique, ne se manipule qu'à l'arrêt. Et c'est dommage, car la manœuvre est plutôt longuette (comptez une demi-minute).

Horlogerie

Les premiers kilomètres réclament une concentration particulière, tant la Phantom Drophead Coupé semble occuper toute la route ! D'un autre côté, cette Rolls vous facilite la tâche, ses commandes étant d'une douceur extrême. Direction, accélérateur, frein, tout est d'une grande progressivité ce qui permet de conduire de façon coulée, sans brusquer ses passagers. La Phantom donne l'impression de vous prendre par la main pour vous rassurer et vous mettre à l'aise. En ville, on s'imaginerait presque aux commandes d'une voiture électrique, tant l'insonorisation poussée et l'incroyable douceur de la boîte automatique vous font oublier tout le travail de l'obscure et complexe mécanique qui se cache dans les entrailles de la bête. Complexe, c'est le mot : le V12 6,75 litres conçu par BMW est une impressionnante pièce d'horlogerie, dotée de 48 soupapes et d'une injection directe. Il développe 460 ch, mais surtout 720 Nm de couple, dont une bonne partie semble disponible dès le régime de ralenti ! La transmission automatique compte huit rapports qu'il est impossible de compter, s'égrénant sans le moindre à-coup et dans un silence religieux. En matière de douceur, seule la suspension semble en mesure de rivaliser : ses ressorts à air gomment les ralentisseurs et aplanissent littéralement la route, donnant l'impression d'être assis sur un tapis volant.

Un cigare de 0 à 100 km/h

Tout ceci invite à une conduite relaxée, un coude posé sur la portière, l'autre sur l'accoudoir central, les doigts effleurant le grand volant à jante fine. Et si la technologie est bien présente (le GPS est emprunté à une BMW Série 7, comme le Bluetooth ou la molette de l'iDrive, camouflée entre les sièges, et une caméra à 360° est disponible en option), elle se fait oublier. Pas de palettes de changement de vitesses au volant, pas boutons inutiles ou de commandes complexes : la Phantom Drophead Coupé dissimule sa technologie derrière un délicieux parfum de voiture classique. La Rolls fait même l'impasse sur le compte-tours, jugé inutile. À la place, une jauge de « réserve de puissance », graduée de 0 à 100 %. En conduite normale, il est rarissime de descendre sous les 80 %. Mais si vous écrasez la pédale de droite, vous n'aurez aucun mal à rivaliser avec un conducteur de sportive au feu vert : tandis que vous tapoterez négligemment la cendre de votre cigare sur fond de musique classique distillée par la superbe chaîne Hi-Fi, il devra transpirer en jouant du levier de vitesses pour égaler votre 0 à 100 km/h en 5,8 secondes. La vitesse maxi est quant à elle électroniquement bridée à 150 miles à l'heure, soit 240 de nos kilomètres-heure. Si vous persistez à adopter un train plus rapide que celui d'un sénateur à la retraite, vous serez probablement surpris par le comportement routier de ce mastodonte de 2,6 tonnes. Certes, l'inertie est bien présente et la Phantom n'aime pas les brusques changements d'appui. Mais adoptez des trajectoires plus tendues et vous serez étonné de l'aisance avec laquelle cette Rolls-Royce peut dévorer les routes nationales. Quant à la direction, elle est très démultipliée et d'une grande douceur, mais reste précise et facilite le placement de l'engin sur la route. Il faut dire que notre modèle d'essai disposait du « Dynamic Package ». Non, il ne s'agit pas d'un set de clubs de golf avec le pantalon en jersey assorti, mais bien de suspensions et barres antiroulis légèrement raffermies, offertes sans supplément, pour ceux qui veulent conduire eux-mêmes leur Rolls.

À retenir

Un tel cabriolet à un tel prix, est-ce bien raisonnable ? Évidemment non. La Phantom Drophead Coupé est objectivement trop grosse, trop lourde et trop filtrée. Mais c'est justement ce côté décalé, cet art de vivre empreint de douceur, de luxe et de touches nostalgiques qui fait tout le charme de cette Rolls-Royce. Et si son tarif la rend inaccessible, il est aussi le reflet d'une fabrication artisanale et d'un savoir-faire devenus rarissimes dans l'univers automobile.
points fortsConfort suprême, douceur absolue du V12 et de la boîte automatique, présentation ultra-luxueuse, qualité de fabrication, détails de finition, insonorisation poussée, comportement routier étonnant.
points faiblesCapote électrique lente et ne fonctionnant qu'à l'arrêt, poids démesuré, dimensions imposantes, tarif hyper-élitiste.
16.9

20
Les chiffres
Prix 2012 : 474 360 €
Puissance : 460 ch
0 à 100km/h : 5.8s
Conso mixte : 14.8l/100
Notre avis
Agrément de conduite : 16/20
Sécurité active et passive : 15/20
Confort et vie à bord : 17/20
Budget : 11/20
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Avis des propriétaires

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Commentaires

avatar de Rayarpino
Rayarpino a dit le 13-07-2015 à 20:44
Les Rolls, c'est comme les gens, plus la marque vieillit, plus elles s'alourdissent et s'enlaidissent. Cette masse prétentieuse, ringarde et asociale a un défaut suprême: elle n'a aucune classe. C'est lourd, moche, clinquant et vulgaire,comme Hermann Göring, qu'on imaginerait très bien avoir confié un cahier des charges dans ce sens aux bureaux d'études d'Albert Speer. Je suppose que l'acheteur a le droit de la garer gratuitement Unter den Linden, que l'échappement émet un très feutré Deutschland über alles et que,le Klaxon joue les Walkyries. Nein danke, das ist nicht für mich. 'P.S. Dommage car les carrossiers allemands ont eu des merveilles à leur actif. Schüss.