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Essai LOTUS Evora S

Vincent Desmonts le 31/01/2011

Souvent critiquée pour son manque de punch, la Lotus Evora adopte un compresseur et voit sa puissance grimper à 350 chevaux. Suffisant pour effrayer la Porsche Cayman ?

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Présentation

Lotus continue de décliner la gamme Evora : voici maintenant la version S, dotée d'une version suralimentée du V6 3,5 litres d'origine Toyota. Disposant désormais de 350 chevaux, ce bloc à compresseur se distingue par son énergie et sa plage d'utilisation extrêmement large. Les performances sont flatteuses, comme la sonorité mécanique. Hélas, le punch seul ne suffit pas. Cet ensemble moteur-boîte fait malheureusement preuve de rugosité, en infligeant des à-coups à bas régimes et une commande de boîte revêche. Et puis, en dépit d'une conception originale, avec un châssis en aluminium recouvert d'une carrosserie en composites, la Lotus Evora S n'affiche pas un poids-plume, avec tout de même 1 437 kg à vide. Un embonpoint surprenant, qui entrave quelque peu l'agilité de l'anglaise.

Si la direction précise et directe conjuguée à un train avant réactif réjouit le conducteur, les vitesses de passage en virage n'ont rien d'exceptionnel vu l'architecture de l'auto. Le style extérieur ne manque pas d'allure et la présentation intérieure est originale, avec une planche de bord empruntant peu d'éléments à la grande série. Malheureusement, la qualité d'assemblage apparaît médiocre, ce qui augure mal de la tenue dans le temps de l'ensemble. Ce qui n'empêche pas la Lotus Evora S de s'afficher à des tarifs élevés : à 70 350 €, elle est plus chère que toutes ses rivales, Porsche Cayman S comprise. Gare au péché d'orgueil !

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Design extérieur et intérieur

En trois jours passés au volant de l'Evora S, impossible de compter le nombre de têtes dévissées ou de pouces levés sur notre passage. Autant le dire tout de suite : dans cette teinte « Solar Yellow » un rien voyante, la Lotus a la cote ! Large et basse (1,22 m de hauteur seulement), dotée de lignes élégantes et sportives sans être agressives, l'Evora S réalise un sans-faute sur le plan du style. Les fans de l'Elise seront ravis par la partie arrière, en forme de clin d'oeil à la « petite soeur ». Quant au pare-brise panoramique, il ravira les nostalgiques de la... Lancia Stratos ! Voilà de bien belles références. La très légère portière s'ouvre sans effort (merci la carrosserie en composites) et dévoile un habitacle peu facile d'accès. Comme sur une Elise, le châssis implique la présence d'imposants marchepieds qui compliquent l'installation à bord. Grabataires s'abstenir !

Une fois installé au poste de commandes, le conducteur devra encore s'accommoder d'une position de conduite imparfaite, avec un pédalier décalé vers la droite et sans aucun repose-pied. Heureusement, les sièges baquet Recaro offrent un excellent maintien. Notre version était une « 2+0 », c'est à dire une stricte deux places, par opposition aux versions « 2+2 » qui logent deux sièges d'appoint dans le minuscule espace situé entre les places avant et le compartiment moteur. Les passagers ont sous les yeux une planche de bord d'allure élégante et exclusive, même si les commodo et quelques boutons sont repris de la grande série. Le cuir est omniprésent, mais la qualité laisse à désirer. En la matière, l'Evora reste loin des standards imposés par Porsche (Cayman S) ou Audi (TT RS). Le toucher des commandes manque de franchise, les assemblages sont plutôt légers. Sur notre modèle d'essai, le cuir habillant la planche de bord face au passager se décollait, tandis que la baie de pare-brise émettait des bruits à partir de 90 km/h. Pas très sérieux tout ça... !

Mécanique et châssis

Côté conception, l'Evora porte la signature Lotus. En combinant châssis en aluminium riveté et carrosserie en matériaux composites, elle se veut conforme à l'esprit « light is right » cher au fondateur de la marque, Colin Chapman. Pourtant, surprise au moment de passer la belle sur la balance : malgré son régime Weight Watchers, l'Evora S affiche 1 437 kg à vide. Un poids correct dans l'absolu ? Voire : la Porsche Cayman S pèse 87 kilos de moins. Quant à l'Audi TT RS, que les aficionados de Lotus considéreront sans doute comme une « enclume », avec ses quatre roues motrices et sa coque mêlant acier et aluminium, elle ne pèse que... 13 kilos de plus que la Lotus. Mais où se cache donc tout ce poids ? Peut-être dans le « gros » moteur V6 d'origine Toyota. Habituellement monté dans les berlines Camry américaines (entre autres), ce 3,5 litres implanté en position centrale reçoit ici l'appoint d'un compresseur Harrop. Grâce à cette soufflante, la puissance passe de 280 à 350 chevaux, tandis que le couple grimpe de 350 à 400 Nm. La boîte 6, également d'origine Toyota, reçoit un embrayage renforcé.

Côté suspensions, les cales sont rigidifiées, l'angle de châsse a été augmenté, tandis que la barre antiroulis arrière a été grossie. Et si les ressorts sont inchangés, les amortisseurs ont été revus pour prendre en compte la cinquantaine de kilos supplémentaires de cette version. L'objectif de ces ajustements était d'affiner le comportement routier sans compromettre le confort de roulement. Notons enfin qu'un mode « Sport » fait son apparition : celui-ci retarde les interventions de l'ESP, modifie la réponse à l'accélérateur et va même jusqu'à repousser le rupteur de 6 800 à 7 200 tr/min.

Sur la route

Assis au ras du bitume, bien calé dans un habitacle au format de poche, le conducteur s'attend à vivre des sensations de conduite pures et raffinées. Autant le dire tout de suite : il risque d'être déçu. Il y a bien entendu du positif, à commencer par le punch remarquable du V6 à compresseur, qui dispose d'une plage d'utilisation extra-large. Sa sonorité est également réjouissante, tant dans l'habitacle qu'à l'extérieur. Les suspensions préservent un étonnant confort, tandis que la direction très directe dicte ses quatre volontés à un train avant qui réagit au quart de tour.

Mais ces qualités pèsent peu face à un certain manque de raffinement global. Premièrement, mieux vaut éviter de se retrouver coincé dans le trafic : la pédale d'embrayage s'y révèle alors très dure, la commande de boîte accroche et le V6 ratatouille et impose de méchants à-coups à la moindre pression sur l'accélérateur. Lorsque la route se dégage et que le rythme s'accélère, le moteur s'éclaircit la voix et crache sa rage, mais la boîte se révèle mal guidée et peu adaptée à des changements de vitesse à la volée. Quant à l'amortissement, il se révèle alors trop souple, ce qui, conjugué à la direction ultra directe et aux gros pneus avant, rend la tenue de cap hasardeuse à haute vitesse sur routes un tant soit peu ondulées. Enfin, malgré le centre de gravité très bas et le moteur en position centrale, gages d'efficacité, les vitesses de passage en virage n'impressionnent pas.

À retenir

Lotus voit très grand pour les prochaines années, avec une gamme revue de fond en comble, destinée à s'attaquer aux références sportives que sont Porsche et Ferrari. À en juger par cette Evora S bien imparfaite, les femmes et les hommes de Hethel vont devoir redoubler d'efforts s'ils ne veulent pas se casser les dents sur ce gros gibier. Chère, d'une qualité médiocre et manquant de raffinement mécanique, la Lotus Evora S est à court d'arguments face à sa grande rivale, la Porsche Cayman S. Et pensez qu'une Nissan 370Z, pas franchement réputée pour sa mollesse, s'affiche à presque moitié prix ! Pour séduire au-delà du cercle des fans de la marque, l'Evora S devra peaufiner sa copie...
points fortsPerformances, allonge et sonorité du V6 compresseur, position de conduite typée « course », direction directe et précise, confort préservé, styles intérieur et extérieur réussis, conception originale.
points faiblesRugosité mécanique, commandes dures ou peu agréables, amortissement perfectible, poids finalement élevé, finition et assemblage manquant de sérieux, tarif exagéré.
14.2

20
Les chiffres
Prix 2010 : 70 350 €
Puissance : 350 ch
0 à 100km/h : 4.8s
Conso mixte : 10l/100
Notre avis
Agrément de conduite : 15/20
Sécurité active et passive : 15/20
Confort et vie à bord : 11/20
Budget : 11/20

Avis des propriétaires

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Commentaires

avatar de LoïCat
LoïCat a dit le 11-02-2011 à 02:06
@jabert : "budget serré" ne signifie pas forcement ne pas avoir un rond, juste qu'il s'agit souvent de gens ayant économisé quelques milliers d'euros (car oui, une Exige Cup 260 coute + de 70kE) dans un but bien précis, et préférant mettre moins d'argent dans la nuit d'hotel pour investir dans des yoko en gomme tendre. C'est cette philosophie que je trouve agréable chez les "chapmaniens". Pour la comparaison avec l'Audi 1.8T, c'est exactement ce que je pense, c'est qu'on achete la voiture en dépit de toutes ses faiblesse, car c'est une véritable Lotus. Ma crainte c'est que les qualités que l'on cherche sur une Lotus vont disparaitre et ne pas être retrouvées sur la nouvelle gamme, et du coup le surcout face à une concurrence n'ayant pas plus de caractère sera fatal. On a en tout cas hate d'essayer cette nouvelle gamme pour se faire un avis plus argumenté :)
avatar de LoïCat
LoïCat a dit le 10-02-2011 à 15:45
@Patrick : de toute façon, avec les pontons, on ne peut pas espérer sortir dignement d'une Lotus. Ça rend toute arrivée dans un lieu chic plutôt difficile :) Mais pour rouler moi-même en Seven, les proprios de Lotus ont un côté familial et abordable que n'ont pas la plupart des proprios d'autres marques (quoi que les porschistes pré-996 et 20% des modernes). Comme partout, il y a des gens plus ou moins faciles et plus ou moins respectueux, mais disons qu'une majorité est véritablement passionnée d'automobile, et pas du statut social qu'une sportive permet d'afficher. // @jalbert : pour le style c'est une histoire de goût je suppose. Je préfère le côté mignon méchant d'une Exige à la nouvelle Elan. Je ne suis pas fan de la nouvelle bouche carrée des concepts, que je trouve d'une façon générale trop "asiatiques" (j'ai le même reproche pour les ferrari de l'ère Donato Coco - la California notamment)
avatar de jalbert355
jalbert355 a dit le 09-02-2011 à 12:01
La nouvelle gamme arrivera bien plus tard, l'Esprit doit déjà arriver depuis 2 ans....En revanche, l'Evora va bien évoluer d'ici là, le lifting prévu pour 2012 en atteste ainsi que la volonté de monter en qualité par le biais de CSI. Sinon, de mémoire, la Lotus Esprit n'était pas une auto très légère par rapport à la concurrence et reste une icône donc il faut relativiser cette nouvelle gamme. J'attends avec impatience l'Elan qui en fait rêver plus d'un. La future Elise sera effectivement plus lourde d'environ 150kg. Au niveau des châssis plus lourd, je constate souvent que les autos en aluminium et composite sont plus lourdes que les Porsche en quasiment tout acier....Allez comprendre...
avatar de LoïCat
LoïCat a dit le 08-02-2011 à 14:15
Pour ajouter mon grain de sel, il ne faut quand même pas oublier qu'un essai est la retranscription du sentiment d'un essayeur par rapport à une voiture. On ne peut pas prétendre à l'objectivité, et ce serait d'ailleurs idiot de le croire (heureusement d'ailleurs, sinon quelle serait l'utilité d'avoir plusieurs concurrents sur un même domaine ?). Nous avons tous nos biais, nos goûts, nos envies et nos exigences. La qualité des matériaux, l'assemblage, le confort etc peuvent être comparés objectivement, les ressentis au volant et autres sensations de conduite passent forcement à travers nos "lunettes" personnelles (pour reprendre ce que Bourdieu disait sur le sujet). Même les modèles en eux-même peuvent nous diviser : je sais d'ailleurs que Vincent/Racoon, David et moi-même n'avons pas du tout le même avis sur la future gamme de Lotus. Pour l'Evora, ne l'ayant pas conduite, je ne me prononce pas. Dommage, parce que quoi qu'en dise Vincent ça me tente :)
avatar de patrickduc
patrickduc a dit le 03-02-2011 à 17:41
Mouais, si c'est ça la nouvelle conception Lotus des voitures de sport, ben je garde mon Exige...