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Essai FERRARI F430 Spider

Jean-François Destin le 14/01/2008

En la traitant de « petite Ferrari » certains la voient comme le seuil de la gamme. Foutaises. Parlez-en aux « ferraristes » de longue date, la F430 perpétue avec brio le mythe de la berlinette.

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Présentation

En la traitant de « petite Ferrari » certains la voient comme le seuil de la gamme, une première marche vers la 599 GTB et la 612 Scaglietti et leur V12. Foutaises. Parlez-en aux tifosis et aux « ferraristes » de longue date, la F430, remplaçante de la Modena en 2004 perpétue avec brio le mythe de la berlinette. Savamment étudié, ce concept biplace autour d'un V8 en position centrale arrière devait même étrenner des dispositifs directement mis au point pour la Formule 1. Après la boite robotisée F1 avec palettes au volant dont était déjà pourvue la Modena, la Ferrari F 430 a reçu en série le différentiel piloté et surtout le fameux « manettino », une commande à 5 programmes permettant de modifier depuis le volant des dispositifs liés au pilotage. La F430 que nous avons essayé en version spider a également eu droit à un nouveau V8 et non à une variante de celui des Maserati. Par rapport à la Modena, le bond est spectaculaire en cylindrée (4.3l contre 3.6l) et en puissance (490 ch contre 400). Inutile donc de comparer les performances culminant aujourd'hui à 310 km/h avec un 0 à 100 km/h couvert en 4,1s.

A peine plus longue et donc pas plus lourde (1440 kg), la Ferrari F 430 arbore une carrosserie voisine mais plus attractive notamment à l'arrière avec des feux à la Enzo et un spectaculaire diffuseur attestant d'un efficace effet de sol. Dans l'habitacle pas vraiment mieux fini que celui de la Modena, on retrouve les mêmes composants un peu « cheap » mais l'accent a été mis sur une sportivité exacerbée. Avec notamment le bouton rouge de démarrage et le manettino sur le volant et, spécifique au spider, un joli compte-tours à fond jaune centré sous la visière. A compter du 1er février, les prix en augmentation de la F430 atteignent 172.535 € pour le coupé et 189.518 € pour le spider mais les freins « carbone/céramique » autrefois en option à 14.000 € sont montés en série.

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Design

La filiation avec la Modena est évidente mais chez Pininfarina, on a su renforcer l'attractivité et l'agressivité d'une berlinette encore plus affûtée en conservant grosso modo le gabarit du modèle précédent. A l'avant, les deux généreuses entrées d'air évoquent le « Shark Nose », ce fameux nez de requin qu'arboraient les Ferrari de F1 au début des années 60. L'arrière plus typé fait référence au niveau des feux à l'Enzo, la « supercar » de la marque, le spectaculaire diffuseur montrant qu'un gros travail de carénage a été effectué sous la voiture pour créer un effet de sol à haute vitesse. A noter encore les autres écopes en avant des ailes arrière pour canaliser l'air vers le compartiment moteur et les freins. Enfin, en série sont montées de superbes jantes en alu à 14 branches au travers desquelles on peut admirer les disques carbone/céramique et les étriers jaunes à 6 pistons.

Pour des questions de poids et de place, le spider fait appel à une capote simple mais entièrement automatisée. Elle se replie et se range sous un capot en une vingtaine de secondes mais il convient d'arrêter la voiture. Enfin entre les deux solides arceaux fixés derrière la tête des occupants est monté un déflecteur en plastique destiné à réduire les courants d'air. Il n'apparaît pas sur notre Spider d'essai, le propriétaire ayant choisi de le retirer pour des questions esthétiques !

Habitacle

Sans doute pour conserver une certaine authenticité et rappeler les Ferrari d'autrefois, la marque italienne s'est toujours refusée à opter pour un habitacle moderne et high-tech. Par la forme, le design et les composants, le poste de conduite de la Ferrari F 430 ne tranche pas vraiment avec ce qui se faisait dans les années 70 ou 80. Bien que les chaînes d'assemblage aient été modernisées, les accostages de la planche de bord, les coutures des sièges, les fixations diverses font penser à un bon travail artisanal, sans plus. Un choix délibéré qui semble convenir à la clientèle même si la 599 GTB, plus récente, marque des progrès sensibles. En s'installant au volant d'un spider F 430, on sent bien qu'on va vivre des instants privilégiés et fort heureusement l'ambiance compétition recherchée n'est pas ternie par la médiocre qualité des boutons, commandes et autres buses de ventilation dignes des Fiat d'antan. Par rapport à celui de la Modena, le volant de la F 430 hérite cette fois d'un gros bouton rouge de démarrage et surtout du « manettino » comme l'appellent les pilotes F1. Avec au choix cinq programmes détaillés plus loin.

Notre spider était équipé d'une boite mécanique à 6 rapports et donc de la fameuse et légendaire grille de sélection en aluminium massif. Un bien bel équipement mais aujourd'hui, les ¾ des acheteurs de F 430 optent pour les modèles équipés de la boite robotisée F1 avec palettes au volant (contre un supplément d'environ 7000 €) permettant des changements de rapports éclair en 150 millisecondes. En tous points parfaits, les sièges baquets de type Racing avec dossier en carbone (+ 3965 €) contribuent au plaisir de pilotage. Pour l'anecdote, signalons la plaque de commémoration des titres constructeurs en F1 apposée à l'extrémité droite de la planche de bord.

Châssis

Face à la Modena, la Ferrari F 430 un peu plus longue (4.512m contre 4.47m) n'accuse que 85 kilos de plus. Tout a été fait pour que l'augmentation de la rigidité de la coque en aluminium (+ 20% en torsion et + 8% en flexion) ne soit pas trop pénalisante sur la bascule. Les trains roulants à partir de triangles superposés à l'avant et à l'arrière sont ceux, à peu de détails près, de la Modena. Mais la suspension en revanche obéit cette fois à plusieurs lois ajustables à partir du manettino qu'il convient d'expliquer. Tout en roulant et sans lâcher le volant, le conducteur peut le caler sur 5 positions. Le symbole du flocon tout en bas est recommandé lorsque la route est très glissante. Il met en état d'alerte maximum l'antipatinage et le contrôle de trajectoire. Le symbole « route glissante » ajuste les paramètres sur le confort afin de réduire la réactivité de la voiture et parer à toute perte d'adhérence. La position « sport » comme son appellation l'indique autorise en revanche les cadences élevées avec un accélérateur plus sensible et des amortisseurs raffermis. Sur « race », tout est calé pour permettre de réaliser les meilleurs chronos sur circuit, le contrôle de trajectoire n'intervenant que très partiellement. Enfin tout en haut le CST barré indique qu'à part l'ABS, plus aucun filet ne rattrapera un pilote parti en vrac. Du sport intégral propre à faire monter l'adrénaline.

Outre la réactivité du V8, de la boite, de l'amortissement et du contrôle de trajectoire, le « manettino » influe aussi sur l'E-Diff, autrement dit le différentiel piloté. Courant en compétition, ce dispositif « intelligent » par ses capacités de blocage ou de glissement ajustables distille en temps réel la puissance sur les roues arrière pour optimiser à la fois la motricité et la stabilité. Ceci dans presque tous les cas de figure, y compris lors des freinages tardifs et bien entendu en courbe. Pour les responsables châssis de Ferrari à Maranello, il faut chercher dans cet équipement l'explication de la fabuleuse tenue de route de la F 430 et de son efficacité en circuit.

Moteur

On l'a dit en préambule, le V8 a été redéfini pour être installé en vitrine à l'arrière. L'occasion d'admirer les couvre-culasses rouges frappés de la célèbre signature. Par rapport à celui de la Modena, ce nouveau 8 cylindres revient à une distribution classique à 4 soupapes par cylindre et les quatre arbres à cames bénéficient d'un calage variable en continu à l'admission et à l'échappement. Outre les 310 km/h possibles, le 0 à 100 km/h est atteint en 4,1 secondes, le 400 mètres en 12,1 secondes et le kilomètre en 21,8 secondes. Plus parlantes sont les vitesses acquises sur chaque rapport en flirtant avec la zone rouge à 8500 t/m. Avec notre boite mécanique à 6 rapports, on relève 75, 115,1 54, 195 et sur un circuit, il est possible de mettre en 6 en frisant les 240 km/h ! Décoiffant. Surtout avec un spider capote ouverte.

Au-delà de son potentiel impossible à exploiter sur routes ouvertes, la magie du V8 Ferrari réside dans son aptitude à s'adapter à toutes les conduites. Il est possible de flâner en ville à très faible allure et dans la foulée de rouler très vite sur autoroute si tant est qu'on se trouve en Allemagne. Il n'est même pas nécessaire dans les embouteillages de surveiller la température de l'eau ou la pression d'huile, ce qui n'a pas toujours été le cas avec les mécaniques italiennes. Enfin, il faut conclure ce chapitre en saluant les efforts déployés par les ingénieurs « moteur » pour ravir nos oreilles surtout au volant du spider. Le concert commence en appuyant sur le bouton « start » et se poursuit à l'accélérateur. Comme avec une baguette de chef d'orchestre, on rassemble les talents pour faire miauler le V8 et transformer son râle au gré des tours. Mieux, en jouant avec le manettino, les intonations se transforment et sonnent la charge. Un grand moment.

Sur la route

Tout commence avec le lancement du V8 et du bruit rauque qui déchire l'atmosphère. Bien calé dans le baquet à dossier carbone, on affine la position de conduite sur la course de la pédale d'embrayage. Il faut aussi composer et décomposer avec la fameuse grille Ferrari interdisant tout passage rapide de rapport. Même après plusieurs heures d'utilisation, je dois rester attentif pour verrouiller le levier au bon étage. Sur des routes quasi désertes menant à la pointe du cap Frehel proche de St Malo, notre galop d'essai se déroule tout d'abord sous un crachin typiquement breton. L'occasion de tester avec succès l'étanchéité d'une capote parfaitement adaptée pour interdire l'intrusion de l'air et de l'eau. De par son dessin étudié en soufflerie, elle ne nuit pas à la magnifique silhouette de l'auto et maintient les bruits aérodynamiques à haute vitesse à un niveau correct. En revanche à ce niveau de prix, on accepte mal la présence d'une vitre en plastique évidemment dépourvue de dégivrage. A la longue, ce matériau s'opacifie et perturbe une vision vers l'arrière déjà très moyenne en raison de la petitesse des rétros latéraux.

Mais l'essentiel n'est pas là. Avec un cheval cabré sur le moyeu du volant et un V8 omniprésent, la Ferrari F 430 invite au voyage mais surtout à une séance de pilotage inoubliable. Capote ouverte pour mieux profiter des quatre échappements, l'envie de chatouiller le compte-tours devient irrésistible. L'asphalte étant encore détrempée, le « manettino » est maintenu sur le symbole « route glissante » censé tempérer les ardeurs de la bête. En réalité, la cavalerie déboule avec une telle hargne que la cadence s'accélère d'elle-même. Pour les besoins de la vidéo se multiplient les passages en ligne droite à haute vitesse, l'occasion de taper les 8000 tours et d'ouvrir les grandes orgues du V8. Un régal d'autant que la stabilité en cap réduit au strict minimum les corrections au volant. La route sèchant, le manettino en position « sport » me rend plus audacieux et les grandes courbes sont avalées avec une aisance stupéfiante. L'approche « compétition » des réglages de l'auto repousse loin les limites du décrochage qu'il n'aurait pas été raisonnable d'aller chercher sur routes ouvertes. Cependant, il est permis de s'extasier sur l'agilité d'un châssis exemplaire de rigidité et d'un comportement routier qui sait aussi ménager le confort des occupants et leur sécurité.

Quant aux très onéreux freins carbone/céramique (aujourd'hui en série), il ont été conçus pour résister aux contraintes des courses en circuit. Autant dire que sur route, les 1500 kilos du spider ne viendront jamais à bout des inusables disques. Enfin, il nous faut revenir sur la facilité de conduite d'un tel engin. Mise à part la contrainte de la très virile commande de boite à proscrire, cette sportive de très haut niveau, beaucoup plus civilisée et agréable que n'importe quelle Lamborghini peut s'utiliser sans problème tous les jours. Une polyvalence à laquelle contribue grandement la très large plage d'utilisation du V8 (de 1500 à 8500 tours/m) et la rigueur du châssis.

À retenir

Rêve absolu, la Ferrari reste un cas à part parmi les sportives à hautes performances. Qu'on soit collectionneur ou simple citoyen amateur de belles automobiles, la griffe de Maranello est incontournable et jamais, Lamborghini, Aston Martin, voire Porsche ou Bentley ne parviendront à contester l'image, la légende et l'aura d'une marque plus que jamais en pointe en F1. Et dont les progrès acquis sur la piste ont toujours profité rapidement à la clientèle. Plus encore que la 599 GTB ou la 612 Scaglietti, la F 430 propose le meilleur de la technologie sportive tout en cultivant (au niveau de l'habitacle) une subtile ambiance rétro. Un cocktail enivrant qui fait tilt même auprès des jeunes générations. Face à la raréfaction du pétrole, aux problèmes d'environnement et à la sévérité accrue des normes anti-pollution, il sera intéressant de voir comment Ferrari (comme les autres marques sportives) va négocier ce virage dangereux. Un défi majeur auxquelles vont être confrontées à terme toutes les disciplines du sport automobile.
points fortsSilhouette, magie du V8, châssis exemplaire, technologie embarquée, agilité, comportement, freinage de course, capote motorisée de qualité.
points faiblescommande de boite mécanique, finition, certains matériaux bon marché dans l'habitacle, petit coffre, prix tout de même élitiste.
13.2

20
Les chiffres
Prix 2005 : 193 483 €
Puissance : 490 ch
0 à 100km/h : 4.1s
Conso mixte : 18.3l/100
Notre avis
Agrément de conduite : 13/20
Sécurité active et passive : 17/20
Confort et vie à bord : 11/20
Budget : 12/20

Avis des propriétaires

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Commentaires

avatar de Funyos
Funyos a dit le 10-02-2016 à 22:43
Vieux motard que jamais. Cette 430 boîte méca :que du bonheur. Un son envoûtant, surtout dans les tunnels, Toujours décapoté même sous le crachin breton, des sièges carbones, éternels regrets de m'en être séparé. Beaucoup plus joueuse que ma 599 hg te actuelle.
avatar de sanlorenzo
sanlorenzo a dit le 06-02-2009 à 09:56
Moteur envoûtant, l'autoradio inutile lorsque l'on monte les régimes et surtout décapoté ... j'ai conduit une jag cabrio, ici on est sur une autre planète. Très facile en utilisation quotidienne ... le mythe est bien perpétré au grand dam des snobs puristes qui dénigraient ce modèle... on est bien au volant d'une vraie Ferrari
avatar de LoïCat
LoïCat a dit le 14-01-2008 à 17:11
Sublime, la 430 en version spider s'approche de la formule idéale. Très facile à conduire, elle se laisse manoeuvrer à basse vitesse sans donner d'à-coups tout en douceur. Et pour peu qu'un bout de route se dégage, il suffit de caresser l'accelerateur pour profiter de la mélodie du V8... et les vitesses de passage deviennent inavouables dans une sécurité absolue, pour peu qu'on ne fasse pas n'importe quoi.